Vif débat en Pologne sur l’abattage rituel le Musulman et Juif dans le méme camp

Vif débat en Pologne sur l’abattage rituel le Musulman et Juif dans le méme camp

L’abattage rituel, en passe d’être interdit le 1er janvier en Pologne, donne lieu à une bataille acharnée opposant les défenseurs des animaux aux petites communautés juive et musulmane, ainsi qu’aux producteurs spécialisés dans l’abattage halal et kasher, qui exportent leur viande à travers le monde.

Fin novembre, les organisations de protection des animaux, soutenues par la gauche, ont réussi à invalider devant la Cour constitutionnelle une disposition ministérielle de 2004 autorisant l’abattage rituel.

La Cour l’a jugée contraire à la loi sur la protection des animaux de 1997 qui interdit l’abattage sans un étourdissement préalable.

La situation légale est cependant loin d’être claire, puisque la décision de la Cour doit entrer en vigueur le 1er janvier, en même temps qu’une directive européenne autorisant l’abattage rituel.

« L’abattage rituel est inhumain, les animaux souffrent », affirme à l’AFP Robert Biedron, député du Mouvement de Palikot (gauche). « Nous vivons au XXIe siècle et on devrait interdire ce genre de pratiques, même si cela est autorisé par la tradition religieuse », déclare-t-il.

Selon les estimations, les communautés juive et musulmane comptent chacune de 20.000 à 30.000 personnes en Pologne.

Interdire l’abattage rituel, c’est « une question sérieuse, même si quelques centaines de familles seulement respectent le rite kasher », déclare à l’AFP Piotr Kadlcik, chef de la communauté juive.

« La loi polonaise nous garantit le droit à l’abattage rituel », affirme-t-il en déplorant les propos antisémites abondamment parus à cette occasion sur internet en Pologne.

L’Association juive européenne (EJA) a dénoncé elle aussi la décision de la Cour constitutionnelle et son « effet dévastateur pour le bien-être de la communauté juive et pour la liberté de religion », dans une lettre adressée au président polonais Bronislaw Komorowski.

« Il a été scientifiquement prouvé que l’abattage kasher ne fait pas souffrir les animaux », a insisté EJA.

« L’interdiction n’est pas encore entrée en vigueur et nous espérons qu’elle n’entrera pas en vigueur. Sinon, ce sera une atteinte importante à nos libertés religieuses », déclare à l’AFP Bronislaw Talkowski, président de la communauté musulmane tatare de Kruszyniany, dans l’est de la Pologne, pour qui les revendications des défenseurs des animaux « ne sont qu’un jeu ».

Outre son aspect religieux, l’abattage rituel constitue un important enjeu économique.

En quelques années, la Pologne est devenue un important exportateur de la viande halal et kasher. Elle exporte environ 100.000 têtes de bétail abattu rituellement par an, dans une vingtaine de pays dont la Turquie, Israël, l’Allemagne ou la France, selon les estimations du ministère de l’Agriculture.

La valeur de ces exportations s’élèverait à 250-350 millions d’euros par un. Au total, une vingtaine d’abattoirs en Pologne sont spécialisés dans la production de viande halal et kasher.

« Nous voulons que l’abattage rituel reste autorisé », indique à l’AFP Wieslaw Rozanski, président de l’Union des producteurs et patrons de l’industrie de viande (UPEMI). « Sinon, nous allons perdre les marchés que nous avons conquis. Il sera beaucoup plus difficile d’y retourner par la suite ».

« Si nous perdons ces marchés, plusieurs abattoirs seront ruinés et des milliers de gens se retrouveront sans emploi », ajoute-t-il.

Selon les estimations du ministère de l’Agriculture, 6.000 emplois sont concernés.

La Pologne exporte plus de deux tiers de sa production de viande bovine et la perte des marchés serait une catastrophe pour l’ensemble du secteur en Pologne, estiment les producteurs.

Conscient des enjeux à la fois culturels et économiques, le Premier ministre Donald Tusk a promis d’étudier en profondeur la question avant le 1er janvier.

« Une proposition de loi autorisant l’abattage rituel est déjà prête pour être soumise au Parlement », a indiqué vendredi le ministre de l’Agriculture Stanislaw Kalemba.

« L’abattage rituel est autorisé dans une vingtaine de pays européens et la Pologne devrait également l’autoriser », a-t-il insisté.

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France

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