Vidéos, sexe et politique…

Vidéos, sexe et politique…
0 commentaires, 06/12/2012, Par , Dans Chroniques

Les Marocains aiment le sexe. Parce que c’est agréable et parce que, aussi, il s’agit d’un instinct tout à fait naturel. Ils sont donc comme les autres peuples de la terre, et ne diffèrent d’eux en rien. Dieu nous a ainsi créés. Les Marocains aiment également épier l’intimité des autres et, en cela non plus, ils ne dérogent pas à la règle universelle humaine. Ils apprécient les scandales lorsqu’ils touchent les autres et ne les concernent pas, les maintenant en position de spectateurs assidus. Et si ces scandales portent sur des faits se rapportant à leurs compatriotes, ils trouvent cela meilleur et plus exquis.

Mais ce qui caractérise particulièrement les Marocains, c’est qu’ils peuvent aimer une chose, mais s’en défendre publiquement avec la dernière énergie ; ils critiquent le fait, le maudissent même, mais bavent quand même devant les photos et les nudités les plus absolues. Les Marocains sont donc ainsi : ils se rincent l’œil jusqu’à n’en plus pouvoir, et quand ils n’en peuvent plus, ils trouvent alors le temps d’évoquer le scandale, mais s’en tenant soigneusement à l’écart et en condamnant les agissements de ceux dont ils se sont régalés en regardant les scènes intimes.

Une autre particularité locale, mais qui ne concerne qu’une partie seulement de nos compatriotes : ils pensent que le sexe n’a existé que quand ils l’ont vu, en photos ou en vidéos. Ces gens-là estiment que nous n’avions pas de vie sexuelle avant l’invention des Smartphones et de leurs caméras high tech et « high précision » aussi, et avant l’apparition de youtube et du net de manière plus générale. Avant, il n’y avait donc rien, ni scandale ni abus, et c’est normal car personne n’immortalisait de telles scènes érotiques ou plus. Mais avec l’arrivée des nouvelles technologies, nous avons subitement découvert que nous, nous aussi, nous avions de telles pratiques sous nos cieux, qu’on fait l’amour, qu’on se met en tenues d’Adam, que les filles et les garçons se bécotent à bouche que veux-tu, qu’ils font l’amour et se touchent et se caressent mutuellement à qui mieux mieux…

Dans le passé, à leur avis, rien de tout cela n’existait… avant l’image, les Marocains étaient vertueux, ascètes et totalement désintéressés par l’exercice de toutes activités sexuelles. Personne n’en ressentait le besoin. Mais sitot les découvertes découvertes, les scandales se sont multipliés… Rien n’est cependant plus faux car ce qu’on fait maintenant, on l’a toujours fait, ce que l’on considère aujourd’hui comme un scandale a toujours été et sera pour l’éternité, sauf qu’on l’ignorait, parce qu’il n’était ni photographié, ni filmé, ni publié sur cette chose qui s’appelle facebook.

Il s’agit là de la vie privée des gens dans laquelle nous, journalistes et gens des médias, nous engouffrons pour satisfaire à ce besoin des lecteurs ou internautes pour le scandale et le voyeurisme… Par ce comportement et ces pratiques, nous dévoilons les intimités des personnes, nous entamons leurs secrets, en révélant leurs images au monde, pour la seule raison de répondre à la demande de nos lecteurs et visiteurs et d’en augmenter le nombre le plus possible.

Dernièrement, nous avons mis en ligne sur notre site goud.ma les photos de filles de Marrakech, de la vidéo de Fès et d’autres femmes marocaines sur facebook. Et bien entendu, ces images ont attiré le plus grand monde et ont été scrutées par un plus grand nombre encore, des chiffres record… Mais, sans le savoir, nous avons porté préjudice à tous ces gens dont nous avons dévoilé l’intimité, et nous nous sommes rendus complices de ces malades qui ont pris les photos et les ont publiées, de ces milliers de personnes qui considèrent que personne n’entretient de relations sexuelles dans notre splendide Maroc, de tous ceux qui se rincent l’œil puis vont râler et vitupérer… Et les filles sont toujours les coupables car elles sont seules à être concernées par les images diffusées.

Le monde a changé et chacun de nous peut être exposé, un jour, à ce que des photos de lui soient prises dans une situation privée et/ou intime, puis mise en ligne. Il n’existe plus de séparation ni de frontière entre les sphères privées et publiques. S’en prendre à l’intimité des gens est devenu une liberté, et parfois même relève du droit à s’exprimer. Les légions d’internautes ont alors pris le pouvoir, controlent le contenu de la presse à travers leurs demandes, dominent la pensée par les leurs, et déterminent ce qui doit être publié et ce qui ne doit pas l’être.

Les personnels politiques ont bien remarqué la chose, et certains en ont profité pour rehausser leur image auprès des populations, comme ces ministres qui voyagent en train, avec le « peuple », se laissant volontiers prendre en photo par les Smartphones de leurs voisins ; certains autres ministres mangent de la « bissara », se tiennent accroupis dans une gargote, embarquent dans des véhicules branlants, sachant pertinemment que ces images contribueront à augmenter leurs popularités. Mais d’autres hommes politiques n’ont pas vu le changement venir et ne prêtent aucune attention aux nouvelles techniques de communication et d’information… un ministre en particulier ; et alors, les gens se sont mis à le critiquer, voire à le condamner, du fait de photos ou d’enregistrements pris à son insu et le montrant parler du président « Obama el babah » ou « du directeur et sa copine »… Avec ces vidéos, nous avons entrepris de juger son action de ministre, certains d’entre nous réclamant même son départ, comme si la photo ou la vidéo prises en catimini remplaçaient la réalité, et comme si une gaffe lancée dans une discussion à bâtons rompus et exprimant un enthousiasme débordant et un désir de paraître s’était retournée contre son auteur, et l’avait relégué au rang d’un indésirable dont il faut bien vite se débarrasser, en oubliant totalement ce que cet homme avait pu accomplir de bien, ou ce qu’il se préparait à faire, d’aussi bien.

Il n’y a donc plus de distinction entre public et privé dans le monde où nous vivons… alors que la censure et la répression s’exerçaient hier par la rétention d’information, aujourd’hui c’est l’inverse qui se produit, le dévoilement et le scandale. En plus du pouvoir, un autre censeur et répresseur est apparu : le public qui, dans une société où la modernité se réduit à la technologie, considère que le fait pour lui de posséder un appareil d’enregistrement le fait entrer de plain-pied dans son époque. Or, la réalité est que tout cela est un indicateur de notre sous-développement, montre à quel point notre société est malade et à quel point ses membres ont besoin d’être éduqués afin de mieux respecter les autres, afin d’éviter qu’à intervalles réguliers, quelqu’un se présente et nous dise que l’amour et les rencontres entre jeunes sont de récente création car liés à l’apparition de facebook, des caméras digitales et des autres inventions, alors que ces comportements existent depuis que l’homme est homme, depuis que la femme lui tient compagnie, et que cela restera ainsi jusqu’à la fin des temps.

Mots Clefs:
Maroc

À propos IBERGAG

Auteurs Anonyme contribuant a l'actualité sur le site communautaire http://ibergag.com

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *