USA : Une chaîne de vêtements intérdit le port du foulard islamique chez ses vendeuses

USA : Une chaîne de vêtements intérdit le port du foulard islamique chez ses vendeuses

La Cour suprême des Etats-Unis fait mercredi une entrée inédite dans le monde du prêt-à-porter branché pour décider si l’enseigne Abercrombie est coupable de discrimination religieuse en refusant le port du foulard islamique chez ses vendeuses.

La plus haute juridiction du pays, réputée pour défendre bec et ongles le monde des affaires comme la liberté de religion, devra « trancher dans une affaire qui oppose les revendications de l’un aux exigences de l’autre », observe Vivian Berger, experte de la Columbia Law School.

Ses neuf juges examineront la plainte de l’Agence fédérale pour l’égalité devant l’emploi (EEOC) contre la chaîne de vêtements très prisés des adolescents, Abercrombie & Fitch (A&F).

Les sages devront arbitrer entre un employeur, qui exige le strict respect de sa politique vestimentaire pour son personnel, et un candidat à une offre d’emploi, dont les convictions religieuses empêchaient de s’y plier.

En 2008, Samantha Elauf, alors âgée de 17 ans, s’était ainsi vu refuser un poste de vendeuse chez Abercrombie, au motif qu’elle portait un foulard lors de l’entretien de recrutement. Cela violait la politique vestimentaire de l’enseigne de prêt-à-porter.

A l’instar de New York, les magasins d’A&F sont réputés pour leurs mannequins aux torses sculpturaux et aux jeans taille basse, appâtant le client à l’entrée, et pour ses vendeuses aux tailles de guêpe et aux décolletés généreux, revêtues de jupes courtes et de liquettes ajourées.

C’est dans un magasin pour enfants de Tulsa, en Oklahoma (sud), que la jeune femme voilée a postulé, sans mentionner sa confession ni demander explicitement d’aménagement du règlement.

« Les modèles », c’est ainsi qu’Abercrombie qualifie ses vendeurs, « sont tenus de présenter le style Abercrombie aux clients », souligne l’entreprise dans son argumentaire à la Cour.

Le foulard ainsi que toute sorte de « chapeaux » sont interdits à tout le personnel de magasin qui doit afficher « le style du lycéen classique de la côte Est ». Déroger au règlement expose à des sanctions disciplinaires, allant jusqu’au licenciement.

Car l’enseigne est convaincue que toute exception vestimentaire aurait un impact négatif sur son image, sa marque et ses ventes.

« Mme Elauf savait que le magasin d’Abercrombie avait une politique en matière d’apparence qui interdit les vêtements noirs et exige des modèles qu’ils portent des styles de vêtements similaires à ceux qui sont vendus dans le magasin », argue Abercrombie, en précisant n’avoir jamais eu connaissance d’un « quelconque différend religieux ».

La jeune femme est soutenue par une coalition d’organisations religieuses et par le gouvernement de Barack Obama, qui via l’EEOC a en fait lui-même déposé le recours devant la Cour suprême.

Car après avoir obtenu 20.000 dollars de dommages et intérêts en première instance, la jeune musulmane a été déboutée en appel.

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