Une «mosquée» ouverte aux homosexuels près de Paris

Une «mosquée» ouverte aux homosexuels près de Paris

L’association des Homosexuels musulmans de France ouvre une salle de prière pour tous. Une première en Europe.

Homosexuels, transgenres et transsexuels y sont les bienvenus, les femmes y sont invitées à mener la prière. Vendredi soir s’ouvre la première «mosquée gay friendly» et féministe, dans une salle prêtée par un moine bouddhiste, dans le Val-de-Marne. L’initiative vient de Ludovic-Mohammed Zahed, un Franco-Algérien qui a créé l’association Homosexuels musulmans de France (HM2F) en 2010. Il affirme vouloir un islam ouvert à ceux qui se sentent mal à l’aise dans les salles traditionnelles. «Ici, clame-t-il au Parisien , les gens pourront venir comme ils sont, mais ce n’est pas une mosquée pour gays et nous ne célébrerons pas de mariages homosexuels…»

Vendredi, il attend 20 fidèles. Mais le doctorant en anthropologie et psychologie s’attend à ce que ce nombre augmente vite. Au commencement, son association comptait six personnes, aujourd’hui elle est forte de 325 membres. Marié à un Sud-Africain depuis 2010, Zahed déclare dans Libération: «Les musulmans ne doivent pas se sentir honteux. L’homosexualité n’est condamnée nulle part, ni dans le Coran ni dans la sunna. Si le prophète Mahomet était vivant, il marierait des couples d’homosexuels». Il rêve d’un islam «apaisé, réformé, inclusif» qui accepterait le blasphème car «la pensée critique est essentielle pour le développement spirituel».

«La religion ça n’est pas ça»

Si Zahed se montre confiant, son projet est loin de faire l’unanimité. L’événement de vendredi, posté sur la page Facebook du HM2F, a du être retiré car il attirait des critiques trop virulentes. Pour plus de sécurité, le lieu exact de la prière a été gardé secret.

Nombreux sont ceux qui s’insurgent devant une telle initiative. Pour certains imams et personnalités de l’islam de France, elle va dans le sens contraire de la religion. «Il y a des musulmans homosexuels, ça existe, mais ouvrir une mosquée c’est une aberration, parce que la religion ça n’est pas ça», estime Abdallah Zekri, président de l’Observatoire des actes islamophobes, sous l’autorité du Conseil français du culte musulman (CFCM). Dans une interview au Parisien Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris dément que l’homosexualité ne soit pas condamnée par l’islam: «Ces pratiques sont formellement rejetées par l’islam, en contradiction totale avec la lettre du Coran», déclare-t-il. Selon lui, cette mosquée ne saurait être reconnue. «C’est quelque chose d’extracommunautaire», affirme-t-il.

Beaucoup de fidèles de la Grande Mosquée de Paris partagent ce sentiment. «L’homosexualité est interdite dans toutes les religions, le Coran dit que c’est interdit, c’est même grave», clame Khaled, Algérien de passage à Paris. Samia, doctorante en économie, et son mari Soufiene, informaticien, jugent la démarche saugrenue. «La prière, c’est un rituel, on ne peut pas la faire comme on veut, il faut la faire comme Allah attend qu’on la fasse», estime Soufiene. «Ça ne sera pas une mosquée musulmane, ça sera autre chose», avance de son coté Samia.

Si cette «mosquée inclusive» est la première du genre en Europe, il en existe déjà ailleurs: en Afrique du Sud, aux Etats-Unis et au Canada… L’association «Les musulmans pour les valeurs progressistes», lancée en 2007 aux Etats-Unis, a recensé une dizaine de lieux de culte similaires en Amérique du Nord. Même s’il se défend d’avoir pour objectif de «convaincre tout le monde de devenir homophile», Ludovic-Mohamed Zahed se félicite de commencer à recevoir, outre les menaces, des emails d’encouragements et de questionnements: «Quelque chose est en train de frémir», conclut-il.

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France

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