Une diplomatie tricéphale

Une diplomatie tricéphale
0 commentaires, 31/12/2012, Par , Dans Chroniques

La stratégie diplomatique de Mohammed VI n’aura pas été bouleversée de fond en comble mais force est de reconnaître qu’après plus d’une décennie, elle a changé. De fait, si au début du règne, nous avions entendu et parfaitement saisi le sens du credo du palais à travers la formule « Taza avant Gaza », nous avons aussi vu, voici quelques semaines de cela, que le roi avait été le premier et le seul chef d’Etat à visiter le camp Zaâtari des réfugiés syriens, en Jordanie, dans le cadre d’une grande tournée diplomatique qui l’avait conduit dans moult pays du Golfe persique. Cela nous conduit à penser qu’aujourd’hui, la formule d’hier a évolué pour devenir « Taza et Gaza ». Et même avec cette importante évolution, les choses ne pourraient jamais être pareilles à ce qu’elle étaient du temps d’Hassan II dont on pourrait dire sans risque d’erreur qu’il appliquait, lui, le concept de « Gaza avant Taza » ; le roi défunt se sentait directement concerné par le conflit israélo-palestinien du fait que le tiers de la population de l’Etat hébreu était d’origine marocaine.

Nous pouvons dire, globalement, que la diplomatie marocaine bouge… Le Maroc a en effet été élu membre non permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, qu’il préside ce mois-ci. De la même manière, la vitrine de notre diplomatie donne l’image d’un Maroc changeant dans un contexte de révolutions arabes ; Saâdeddine el Othmani est reçu partout dans le monde en sa qualité de ministre des Affaires étrangères d’une monarchie arabe, mais issu d’une majorité élue. Par ailleurs, le Maroc était bel et bien présent dans les grands bouleversements qu’a connu la région, ayant été en première ligne de la coalition rassemblée contre le régime de Kaddhafi, contrairement à l’Algérie qui avait eu tout faux dans ce dossier… et puis, dans le même ordre d’idées, le Maroc a reçu le plus grand groupement des amis de la Syrie chez lui, à Marrakech, en début de ce mois.

Et puis, malgré notre absence dans l’Union africaine, et suite aux évolutions qui surviennent dans la région du Sahel, et essentiellement la lutte opposant l’Azawadau gouvernement du Mali, le Maroc a pu s’impliquer dans les grandes décisions prises pour cette question malienne particulièrement stratégique, en ce sens qu’il a participé aux réunions des pays de l’Oust africain qui ont étudié la possibilité de récupération entière du Mali au lieu d’en laisser le soin à l’Union africaine, en l’absence du Maroc. Et, enfin, la décision d’intervention militaire au Mali a été prise par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, sous la présidence du Maroc.

On peut également dire que nos alliances sont restées équilibrées… Ainsi, et bien que le président Hollande ait consacré à l’Algérie sa première visite au Maghreb, il n’en demeure pas moins que l’Elysée a apporté le plus grand soin et fait montre de la plus grande vigilance pour respecter la sensibilité marocaine ; le roi Mohammed VI fut en effet le premier chef d’Etat à avoir été reçu à l’Elysée après l’élection de François Hollande. C’était le 24 mai dernier… Notons aussi que le Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, se trouvait au Maroc quelques jours avant la visite de Hollande au pays de Bouteflika. Et même à Alger, le président français a tenu à préciser clairement et sans aucune équivoque, en présence de son homologue algérien, que « la France soutenait un accord concerté et accepté par toutes les parties » impliquées dans le dossier du Sahara. Quant à l’Espagne, qui était ce caillou placé dans la chaussure marocaine et qui, à l’ère du gouvernement Aznar de sinistre mémoire, avait failli conduire à la première guerre entre les royaumes de Mohammed VI et de Juan Carlos, elle est devenue particulièrement reconnaissante à Rabat après l’offre généreuse du roi du Maroc à apporter son aide à l’Espagne et la soutenir en ces moments difficiles de crise économique.

Concernant la question du Sahara, cette question autour de laquelle est construite la diplomatie nationale, et en dépit de l’apparente confusion née du retrait de la confiance de Rabatà l’Envoyéspécial du Secrétaire général de l’ONU, il est apparu finalement que cette action a obtenu des résultats tangibles : en effet, Ross a changé sa manière de voir les choses, a décidé de remplacer les longues visites de négociations en navettes plus brèves, et le plan marocain d’autonomie est revenu sur le devant de la scène, après qu’il eut été quelque peu escamoté par les révolutions arabes et les questions épineuses des droits de l’homme, un temps soulevées par Christopher Ross.

Ce qui précède est la moitié pleine du verre de la diplomatie marocaine… Venons-en maintenant à la moitié vide de ce même verre. Nous avons une diplomatie tricéphale conduite par le titulaire de la fonction, le ministre des Affaires étrangères Saâdeddine el Othmani, secondé par l’homme de confiance Youssef Amrani, repeint à l’occasion d’un « rose Istiqlal » pour accéder au gouvernement politique, et le troisième chef de notre diplomatie – qui garde encore en mains nombre de dossiers – est l’ancien ministre des Affaires étrangères et actuel conseiller du roi, Taïeb Fassi Fihri. Imaginons donc ce merveilleux attelage et considérons son impact sur le fonctionnement de la diplomatie, alors qu’il aurait simplement fallu que le ministre en poste gère les affaires sans en être étranger, en coordination étroite avec le roi, qui tient les rênes des stratégies diplomatiques.

La machine des Affaires étrangères, par ailleurs, est en déliquescence, ramollie. Certes, nous disposons bien de fonctionnaires et diplomates habiles, à l’esprit agile et au comportement honnête, efficace et utile, mais on peut dire que globalement, c’est encore le clientélisme, la paresse, le farniente, les intérêts, la vanité et une grande faillite consulaire qui règnent encore en maître sur la diplomatie. L’auteur de ces lignes se trouvait dans deux pays, et avait découvert que les diplomates marocains en fonction dans ces pays n’en parlaient pas la langue ! Et glissons sur les conflits et l’affairisme en vigueur un peu partout…

Une diplomatie tricéphale et une machine branlante ne peuvent aboutir qu’à une diplomatie pantelante, chancelante, titubante. Les bons résultats décrits plus haut et les acquis obtenus ne sont donc le fruit que d’une combinaison d’un peu d’action et de beaucoup de « baraka » qui maintiennent ce pays sur les rails et lui évitent de sortir du chemin qu’il doit suivre, avec toutes les catastrophes que cela peut induire.

Nous pouvons très bien nous affranchir de la tutelle française, nous libérer de l’arrogance de cet ambassadeur de France qui s’immisce volontiers dans les affaires de notre diplomatie, et nous pouvons, comme nous devons éviter ces ententes et marchés creux et vides qui nous prennent plus, beaucoup plus qu’ils nous donnent. Nous sommes en mesure de diversifier nos partenaires sans peur et sans appréhensions aucunes. Il nous appartient d’aller vers l’Afrique, au lieu de rester à tourner en rond autour de quelques amis qui se comptent sur les doigts d’une main. Il est de notre devoir d’agir avec plus de détermination en direction des pays arabes au lieu de nous maintenir dans cette expectative qui ouvre une autoroute aux adversaires de notre intégrité territoriale, qu’ils empruntent bien volontiers, et avec quelle efficacité ! En effet, nous constatons aujourd’hui que le Polisario est très actif en Tunisie, en Egypte et au Liban, entre autres pays, et voilà que pour la première fois, les périodiques « al Hayat » et « al Ahram » se sont mis à parler très ouvertement de l’Etat sahraoui et du peuple sahraoui, et ce ne sont là que quelques exemples loin d’être exhaustifs…

Le monde autour de nous change, et change vite, pendant que nous nous évertuons à nous occuper et de nous préoccuper des faits de Chabat et des gestes de Lachgar, quand ce n’est pas du grand méchant Benkirane.

Y a-t-il un pilote dans l’avion de cette diplomatie ?

Mots Clefs:
Maroc

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