Une catastrophe nommée « équipe nationale »

Une catastrophe nommée « équipe nationale »
0 commentaires, 30/01/2013, Par , Dans Chroniques, Couverture

Si la Fédération royale marocaine de football avait un minimum de respect pour l’esprit de la constitution, la première chose qu’elle ferait aujourd’hui serait de déposer sa démission.

Quant au chef du gouvernement, il lui appartiendrait d’ouvrir une enquête pour déterminer les causes et les circonstances de l’échec de notre sélection à passer au second tour de la CAN ; ce faisant, il satisferait au principe de la corrélation entre responsabilité et reddition des comptes.

Le budget de l’équipe dépasse les 100 milliards de centimes, avec les dépenses diverses, les préparatifs, les concentrations, les transports en première classe, les résidences cinq étoiles, les primes par paquets de millions de DH… Aussi, ce que devrait faire notre ministre rieur de la Jeunesse et des Sports serait d’abord de cesser de rire puis, ensuite, d’expliquer aux contribuables où sont passés tous ces milliards et comment une nation de 34 millions d’âmes trébuche, au moment où un archipel de 500.000 personnes, le Cap-Vert, parvient à accéder au second tour.

Demander des comptes aux responsables de cette tragédie nationale appelée « sélection » n’est plus une question sportive seulement, mais est devenue une affaire éminemment politique. Le niveau de jeu affligeant qu’a montré cette équipe, en plus des déclarations scandaleuses du sélectionneur national – « les joueurs m’ont trahi », « ils ne se sont pas conduits en hommes » – ont réussi à saper le moral des populations, et à nourrir dans leur esprit ce sentiment de « manque de confiance » en soi et d’assurance que la défaite, les déconvenues et les revers sont désormais notre lot.

Et puis, si on devait vraiment respecter la constitution, lettre et esprit, et appliquer le principe de la corrélation entre responsabilité et reddition des comptes, alors il faudrait demander des explications à Ali Fassi Fihri, le président de la Fédération, non seulement pour cette CAN, mais aussi sur ces deux milliards qui lui ont servi à acquérir deux appartements parisiens… une affaire qui aurait dû révolter bien plus que la défaite en Afrique du Sud. Mais le parlement, et principalement l’opposition, ont considéré qu’il valait mieux regarder ailleurs.

En réalité, le drame de l’équipe nationale a été expliqué par l’ancien sélectionneur Henri Michel, voici longtemps déjà, quand il avait mis le doigt sur les véritables tares qui rongent la Fédération et le foot de l’intérieur.

Le Français avait eu le courage de dire que le gouvernement ne disposait pas d’une vision globale ni d’une politique sportive claire. Mais aussitot après cette déclaration, le ministre de la Communication d’alors avait sorti un communiqué vitupérant contre Henri Michel qui, disait le communiqué, n’avait pas qualité pour s’entretenir de la politique gouvernementale du Maroc. Et quelques heures après, Michel avait été révoqué.

Aussi, ce n’était pas à cause de ses résultats lamentables que le Français avait été viré, pas plus que ce n’était pour son comportement méprisant envers les joueurs et les journalistes, ni même les confortables indemnités et primes qu’il touchait, non, c’est uniquement sa langue bien pendue qui avait été cause de son limogeage, lequel limogeage avait coûté 135 millions de centimes… Et avant lui, Philippe Troussier avait lui aussi été viré, après seulement un mois passé à son poste de sélectionneur, contre la coquette somme de 400 millions, et lui aussi parce qu’il parlait trop. Et la dernière révocation en date, qui aura coûté bonbon au contribuable, est celle d’Eric Gerets, une décision qui aura eu un prix qui relève du secret d’Etat…

Et ainsi donc, voilà que notre équipe nationale de football prend l’allure d’un autocar en panne, au bord de la route ; et au lieu de remplacer les pièces défectueuses, voire même définitivement hors-service, on se contente de changer le chauffeur et puis, dans leur imbécilité, ou dans leur habitude de considérer que le peuple est idiot, « ils » attendent qu’après avoir changé le chauffeur, le car redémarrera.

Mais la seule chose de bien que pourrait offrir la Fédération d’Ali Fassi Fihri au public, c’est de se retenir de participer à l’avenir à toutes compétitions continentales et mondiales car ces gens du Bureau fédéral ne font que ruiner encore plus la réputation du pays en traînant son maillot dans la boue… surtout quand ils allèchent les joueurs avec tous ces millions qu’ils toucheraient en cas de victoire en finale – 200 millions par tête de pipe pour être précis – comme si le seul moteur de ces jeunes était le fric et non l’honneur et le bonheur de défendre les couleurs de leur pays.

Le plus dangereux dans ces défaites et déconvenues qui se répètent et se ressemblent est cette « rage » qu’ils suscitent chez les supporters, sachant que ce sentiment véhicule avec lui celui du mépris ressenti envers soi, un mépris contre lequel Ali Fassi Fihri semble immunisé. « Y a pas de raison d’avoir honte », pourrait se dire ce personnage…

En fait, ceux qui minimisent de ce qui arrive aujourd’hui au football marocain et à sa sélection nationale ignorent l’immense impact psychologique du football sur la psyché des peuples. Les équipes nationales de foot sont ce qui matérialise et véhicule le plus les sentiments d’appartenances nationales des peuples, ainsi que les attachements aux nations et à leurs valeurs.

Il existe tant de choses que la politique seule ne saurait résoudre mais que le sport en général et le football en particulier arrivent à solutionner. Et ceux que cela intéresse de voir comment le foot peut rejaillir sur la politique n’auront qu’à visionner le film Invictus de Clint Eastwood qui explique comment Nelson Mandela avait réussi à souder les Blancs et les Noirs, détruisant les derniers vestiges de l’apartheid, par la grâce du football. Tous les Sud-Africains étaient là, saluant un seul et même drapeau, encourageant une seule et même équipe, entonnant un seul et même hymne et développant leur sentiment d’appartenance à une seule et même nation.

Et donc, au Maroc et ailleurs, le football reste ce sport collectif qui exerce un véritable envoûtement sur les peuples. Ce sport réduit à un terrain de foot les aspirations de gloire des peuples, et le foot exprime les valeurs de la force, de la compétition, du courage et de la fierté. Et c’est pour cela qu’une équipe qui perd en permanence détruit durablement ces valeurs et ces principes qui sont intimement liés au football, ce qui crée dans l’inconscient collectif des populations du défaitisme et du mépris de soi, ces sentiments négatifs que tous les systèmes politiques du monde tentent de contrer.

Et aujourd’hui, plus que jamais auparavant, les Marocains ont besoin de ces sentiments et de cette estime de soi, et ils ont besoin aussi d’une équipe de football conquérante et triomphante qui restituerait un tant soit peu cet esprit de grandeur et de fierté à un peuple qui en est assoiffé et qui, de ce fait, romprait avec les désillusions et les défaites. Le Maroc d’aujourd’hui est un pays dépassé par les autres, un pays qui est devenu la risée des autres peuples de la terre sur les terrains.

Il semble donc que le gouvernement, que l’Etat et que, plus généralement, ceux qui sont en charge du sport au Maroc n’ont pas vraiment saisi que l’effondrement du niveau du sport, essentiellement du football, participe grandement au recul du sentiment national des Marocains. En effet, nos compatriotes, nous-mêmes, n’avons plus à la bouche que ce goût de déception, de défaite et de honte, après chaque déconvenue sportive. Et pour qui veut voir et comprendre à sa juste mesure ce que font les Etats du monde, en déversant des fortunes sur leurs équipes pour qu’elles ramènent les trophées, celui-là saisira alors que ce ne sont pas tant ces trophées qui importent, mais tous ces sentiments et ces valeurs qui prédominent derrière les coupes et les victoires, l’amour de la nation, le respect du pays et de soi… car sinon, quelle serait la signification d’un vainqueur faisant le tour d’un stade, son drapeau à la main, défiant les adversaires ? Quelle serait la signification de ce profond recueillement d’un athlète écoutant religieusement l’hymne de son pays retentir dans l’enceinte d’un stade ? Je peux même dire que les revers des années précédentes, depuis le Mondial 1998 en France, après la défaite au Mali, la disqualification au Ghana, la déception à Pékin, la raclée au Gabon et, aujourd’hui, la piteuse performance en Afrique du Sud, je peux dire que tout cela a fortement contribué à l’affaiblissement du sentiment national des Marocains.

La sélection nationale doit refléter sur un terrain cet esprit combattif que tout Marocain déploie face à un adversaire. Et bien évidemment, cette combativité, cette hargne que nous avons pu voir chez les sélections africaines et chez les Egyptiens et les Tunisiens, par exemple, n’existent pas, plus, chez les notres… Pourquoi donc ?

La réponse est toute simple. La sélection nationale est peuplée de jeunes joueurs ayant des origines marocaines, des professionnels qui évoluent dans les clubs d’ailleurs, dans leurs pays d’accueil ou de naissance, et ces jeunes ont des engagements avec ces clubs qui engloutissent des milliards pour les préparer à lutter sur les pelouses, au mieux de leurs formes. C’est pour cela que ces footballeurs considèrent les appels du sélectionneur marocain comme relevant d’un devoir national lourd et contraignant, et font ce qu’on leur demande en traînant les pieds.

Rien d’étonnant alors à voir ces joueurs évoluer sur les terrains sans cette combativité, sans cette envie qu’il nous avait été donné de voir chez nos footballeurs des années 80, tous ou presque tous issus de quartiers populaires, qui avaient usé leurs semelles, égratigné leurs genoux dans les championnats nationaux avant que d’être sélectionnés pour aller rugir avec les Lions. Leurs résultats obtenus sont là pour prouver cela…

Aussi, il ne faut pas s’étonner non plus de voir que le changement du chauffeur en laissant en place les pièces défectueuses nous bloquera indéfiniment la route du Mondial ; l’autocar fera du surplace, et usera encore plus ses pièces. Mais pour que le véhicule s’ébranle, roule et prenne de la vitesse, il faut absolument oter les pièces qui ont pourri à leurs places et les remplacer par de nouvelles, judicieusement (et démocratiquement) choisies.

Mots Clefs:
Maroc

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