Un scandale marocain qui agit sans que personne ne réagisse…

Un scandale marocain qui agit sans que personne ne réagisse…
0 commentaires, 23/07/2012, Par , Dans Chroniques

Voilà environ une semaine, le ministre espagnol de l’Intérieur, Jorge Fernandez Diaz, s’était infiltré en notre ville de Melilla et avait visité le lieu où s’était déroulée la bataille d’Anoual, rendant un hommage particulier aux soldats espagnols qui étaient venus mourir ici, en 1921, suite à une très humiliante défaite de leur armée.

Le ministre espagnol de l’Intérieur a entrepris là une action que n’importe quel autre responsable de son pays aurait pu entreprendre également, décidant de se rappeler de ces militaires qui ont mené une des plus féroces batailles de l’histoire, une bataille qui s’était soldée par une débâcle de l’armée espagnole, obligeant Madrid à quémander l’appui international pour affronter la résistance du nord du Maroc.

Les Espagnols se remémorent Anoual, cette bataille qu’ils avaient perdu, alors que nous, qui en étions sortis auréolés d’une immense victoire, nous l’avons complètement oubliée. Les nations qui veulent se réconcilier avec leur histoire, qui veulent placer leur présent dans la continuité de leur passé se rappellent même de leurs grosses crises… quant aux peuples qui tiennent vraiment à créer une rupture entre leur histoire et leur présent, ils oublient ou négligent jusque leurs victoires et leur actes de gloire.

Il n’existe rien qui, dans les lieux où s’était produite la glorieuse bataille d’Anoual, indiquerait que cet endroit avait été le témoin d’un affrontement homérique… Pas de stèle commémorative, ni musée, ni tombe du Soldat inconnu qui célèbreraient nos valeureux et intrépides soldats qui ont écrasé, avili, maté l’une des plus puissantes armées de l’époque… Nous sommes un pays qui se projette dans l’avenir pour mieux oublier son passé, alors que les autres nations se remémorent leur passé, même quand il s’agit d’échecs aussi cuisants que celui-ci.

Nous sommes un peuple qui se mortifie lui-même et qui se maintient détaché de ses racines, alors que les autres peuples restent attachés à leur passé, quel qu’il fut. Cherchons donc dans nos manuels scolaires le nom de la bataille d’Anoual, ou d’une quelconque autre épopée héroïque, triomphe ou débâcle soit-elle… il est certain que nous y trouverions les grands noms, les grandes dates et les grands moments du monde entier, mais rien sur notre histoire à nous.

En fait, ce qu’il faudrait dire est que l’on ne doit pas tenir rigueur au ministre espagnol car il a fait exactement ce qu’il avait à faire et qu’aurait fait tout autre ministre de tout autre pays qui reconnaît et glorifie son passé, de quelque nature qu’il ait été. Alors, si nous devons en vouloir à quelqu’un, ce serait à nous-mêmes qui sommes une nation sans mémoire ni histoire, et aussi sans responsables ni dirigeants qui connaissent la valeur des victoires et de la gloire.

Le ministre espagnol a visité le théâtre de la bataille d’Anoual et s’est rappelé de soldats dont personne n’a retenu ni les noms ni les traits… mais nous, nous avons l’un des plus grands héros de l’histoire de l’humanité, un homme qui a conduit et remporté une victoire éternelle, un homme qui aujourd’hui est enterré quelque part au Caire, comme si notre si vaste Maroc a échoué à lui trouver un coin où reposerait sa sépulture.

L’Espagne, dont des milliers de soldats sont tombés lors d’une guerre coloniale injuste, se les rappelle aujourd’hui et va se recueillir sur la terre où ils sont tombés… mais le Maroc, dont les enfants sont morts en héros dans un affrontement juste et noble, a vite fait d’enterrer et ses soldats et les souvenirs qui les ont accompagnés, un peu comme si ces valeureux combattants était des fantomes. Et le plus curieux, étrange, et affligeant, c’est que lorsque, après Anoual, la coalition européenne avait réussi à défaire les Marocains, d’autres Marocains s’étaient joints à eux pour fêter la destruction de la résistance.

Nous devons remercier le ministre européen pour son geste et non nous en irriter ou nous en offusquer… en effet, ce voyage de Jorge Fernandez Diaz nous aura asséné une immense gifle qui nous ferait reprendre nos esprits et nous rappeler que nous sommes une nation sans mémoire, que nous avions un véritable héros qui portait le nom de Mohamed Abdelkrim Khattabi auquel nous n’avons même pas pu fournir une tombe digne de son rang, dans son pays, sur son sol, et que notre histoire a été marquée de glorieuses épopées que nous avons préféré oublier et escamoter.

Nous avons décidé d’oublier, donc, la bataille d’Anoual, mais aussi toutes ses conséquences. En effet, après 1921, les Espagnols s’étaient alliés aux Français et les armées des deux pays avaient répandu sur le Rif des quantités phénoménales de gaz chimiques, qui ont tout exterminé sur leur passage… et aujourd’hui, 60% des cancéreux marocains viennent précisément du Rif alors que, bien évidemment, la région ne compte pas un seul centre d’oncologie digne de ce nom…

Nous devrions et serions bien inspirés de remercier le ministre espagnol car, du fait de sa visite, les Marocains se sont rappelés, finalement, qu’avec les attaques aux gaz chimiques conduites de 1921 à 1927, l’Espagne avait failli tuer, puis empêcher, toute vie ultérieure dans ces régions. Et voilà que, enfin, le ministre marocain des Affaires étrangères demande à l’Espagne d’ouvrir ce dossier.

Mais n’est-il pas cruellement ironique et tristement risible qu’un pays dont une région a été si dangereusement agressée à l’arme chimique en 1921, ne demande l’ouverture d’une enquête sur le sujet qu’en 2012 ?…

Un scandale marocain qui agit sans que personne ne réagisse…

par Abdallah Damoune

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Maroc

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