Un an après les élections… quels changements ?

Un an après les élections… quels changements ?
0 commentaires, 27/11/2012, Par , Dans Chroniques, Couverture

Le changement au Maroc est chose fort complexe… Des paroles à profusion, des promesses qui pleuvent et des intentions sans doute excellentes, mais en réalité c’est la logique de la continuité qui prime et qui domine ; et même dans le cas où des velléités de changement apparaissent ici et là, elles sont inscrites dans le moule général de la continuité, car les bastions de la résistance restent forts, car la culture conservatrice a la peau dure, car les craintes face à toute réforme sont aussi grandes que tenaces… au point que des chercheurs français en sont arrivés à la conclusion qu’au Maroc, tout change pour que rien ne change.

Hier, donc, une année se sera écoulée depuis les élections du 25 novembre 2011, des élections qui se sont tenues dans un contexte particulier et qui ont représenté, en plus de la constitution, la réponse marocaine au printemps arabe, sans guerre déclarée ni sang versé et sans le slogan « dégage », mais avec une promesse sérieuse de conduire une rupture avec le passé, une rupture qui soit au niveau des revendications du mouvement du 20 février, avec tout ce à quoi elles aspirent comme nouveau souffle et pratiques nouvelles. Des élections qui ont porté le PJD en pole position, mais sans pour autant le faire bénéficier d’une majorité claire. Des élections plus transparentes que les précédentes, mais qui ont été cependant conduites à l’ancienne, avec un mode de scrutin, un découpage électoral et un controle qui empêchent toute mauvaise surprise ultérieure.

Il y aura eu une avancée nette en matière d’impact des résultats du vote sur la formation du gouvernement, en cela que le roi a appliqué à la lettre les termes de la constitution qui confèrent au parti arrivé premier le droit de former le gouvernement, en dépit de toutes les réserves qui pèsent sur Benkirane et sur son parti. Mais quand les tractations et concertations ont commencé pour dégager une majorité, les anciens réflexes de la constitution non écrite ont repris le dessus, avec des technocrates qui se sont maintenus à la tête de départements sensibles, comme l’Intérieur, les Affaires islamiques, la défense, le Secrétariat général et l’Agriculture… sans compter les autres ministères qui ont été confiés à des personnalités politiques, des gens qui sont davantage animés par leur adhésion à la logique makhzénienne qu’à celle de la rue qui a voté pour le changement lors des élections. Nous sommes là encore face à la particularité marocaine qui ne s’oppose pas au changement, mais qui l’apprivoise, le contient et compose avec lui… tantot c’est le makhzen qui accepte quelques concessions, tantot il incite la partie en face à en concéder, le résultat étant que le pays continue à tourner en rond en faisant du surplace et en repassant continuellement par le point de départ.

Le gouvernement a été constitué dans une logique consensuelle, de ce type de consensus qui ne règle rien… Benkirane a remporté quelques victoires en se préservant certains départements comme celui de la Justice, confié à Ramid sur lequel pesait pourtant un puissant veto mais, en revanche, le chef du gouvernement a dû lâcher du lest en abandonnant d’autres portefeuilles, chose qui lui a coûté le manque de cohésion de son équipe, ce qui justifie le manque d’harmonie du gouvernement actuel.

Une année est donc passée, et les gens attendent toujours ces grandes décisions et ces non moins grands projets qui changeraient leurs vies. Le gouvernement répond qu’il a besoin de temps, et cela est de son droit le plus entier, mais il est certaines choses qui ne nécessitent pas tant de temps que de courage, comme par exemple cesser d’user de brutalité envers les manifestants pour la seule raison qu’ils expriment leurs opinions et exposent leurs revendications… comme rompre avec la pratique de tortures au sein des établissements pénitentiaires, ainsi que l’a récemment reconnu un organisme on ne peut plus officiel, le Conseil national des droits de l’Homme… comme accélérer l’organisation des élections communales pour sortir les villes de l’état de stagnation institutionnelle qu’elles vivent aujourd’hui et pour mettre un terme aux errements de la Chambre des Conseillers qui est devenue une véritable farce aux yeux de tous… comme réformer la télévision et en faire une vitrine de la société et non plus de l’autorité, ou libérer les populations du paiement de la redevance pour cette télé et les laisser s’en aller chercher ailleurs l’information, le divertissement et la culture…

Le taux de croissance n’excède plus guère 2,8 %, le déficit public dépasse les 6 %, et le chomage des jeunes instruits excède les 30%… autant de combustibles potentiels pour un grand incendie… Mais les Marocains de modeste condition continuent d’espérer voir enfin le changement tant promis et sans cesse repoussé, eux qui savent que l’héritage qu’a reçu ce gouvernement est lourd, que les conditions sont rudes… Mais jusqu’à quand la population trouvera-t-elle encore des excuses au gouvernement, surtout lorsqu’elle voit comment ce même gouvernement néglige le respect des termes et de l’esprit de la constitution, s’en détourne même parfois par volonté, simple et seule volonté de se maintenir aux affaires ?… Jusqu’à quand le peuple supportera-t-il ce qu’il supporte, alors qu’il voit bien à quel point le gouvernement manque de compétences, d’esprit d’innovation et d’imagination pour résoudre les problèmes.

La patience n’est pas infinie, et l’espoir a des limites…

Mots Clefs:
Maroc

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