Tu es quelqu’un d’important… mets donc un macaron sur le pare-brise de ta voiture

Tu es quelqu’un d’important… mets donc un macaron sur le pare-brise de ta voiture
0 commentaires, 23/10/2012, Par , Dans Chroniques, Couverture

Sur une avenue donnée, une voiture est garée, arborant sur son pare-brise un macaron frappé des deux couleurs rouge et verte, avec en évidence cette mention : « Association des enseignants chercheurs ». Personne ne comprend pourquoi les gens éprouvent ce besoin d’afficher sur leurs voitures leur profession ou la nature de leur activité, mais de toute évidence, la chose a de plus en plus cours chez nous, au point que l’on craint un jour de voir un autocollant précisant la chose suivante : « Employé dans l’usine de Haj Allal »…

Sur les voitures donc, et plus précisément contre leur pare-brise, on trouve tout plein de macarons – tous en rouge et vert – et disant, en vrac : Ordre des Avocats, Ordre des Magistrats, Ordre des Médecins. Et puisque les professions sont en nombre illimité, il se trouvera toujours quelqu’un qui collera quelque chose sur le pare-brise de son véhicule… Parfois même, ils oublient de coller la vignette fiscale, mais jamais le macaron, jamais ces merveilleux autocollants…

Les plus étranges de ces choses qu’on colle contre sa vitre sont ceux-là qui disent, toujours donc en rouge et vert, que le propriétaire de la voiture appartient au « corps des Chérifs de telle ou telle maison », et ces gens, souvent, rangent avec les documents de leurs véhicules un document, acheté pour la modique somme de 1.000 DH, une attestation adressée à quide droit, lui demandant de « faciliter les démarches des titulaires de cette carte ». Nul ne sait de quelle démarche il s’agit au juste, et si cela s’applique au fait d’apporter aide et assistance au dit « chérif » quand il grille un feu rouge, ou à celui d’offrir son concours à un « chérif dealer » lorsque, d’aventure, il est surpris avec une tonne de hachich dans son coffre…

Et puis nous avons les caducées de médecins… enfin, de docteurs. Or, dans le passé, un docteur était généralement et presque toujours médecin, et nous comprenons et admettons volontiers qu’en voyage, un médecin puisse coller son caducée sur son pare-brise car, en cas de sinistre, ses services sont toujours bienvenus. Mais aujourd’hui, un spécialiste de la couture d’une tunique fassie peut passer un doctorat dans sa discipline, puis coller un macaron qui vante son nouveau statut social de « docteur »…

Ceux qui agissent ainsi en ornant leurs pare-brises ont plusieurs objectifs, et c’est pour cette raison que les fameuses couleurs rouge et verte, les couleurs nationales, sont toujours là, sachant que ces deux couleurs sont également celles arborées par les services de sécurité.

Ce phénomène devrait faire l’objet de débats télévisés qui, à n’en point douter, seraient passionnants, surtout si l’on pense à inviter sur les plateaux des psy et des sociologues qui viendraient nous éclairer sur les besoins que ressentent ces avocats, journalistes, médecins, juges, profs, douaniers, « chérifs », parlementaires et autres sécuritaires de coller de tels macarons sur leurs véhicules. Il est plus que probable que l’objectif premier recherché à travers ce comportement est de terrifier les agents de la circulation qui devront alors réfléchir plus d’une fois avant de verbaliser des véhicules frappés du rouge et du vert. Etranges comportements, situation maladives…

Voici quelques semaines, une information avait circulé sur un policier qui circulait en la bonne ville de Tanger et qui avait commis une infraction. La contravention avait été dressée et notre policier avait dû s’acquitter de la somme de 700 DH et voilà ! Si l’info était parvenue à ceux-là qui persistent à coller des macarons, les plus sages d’entre eux auraient vite fait de les retirer de leurs pare-brises car ils auraient compris que puisque même un agent de police dans une voiture de police a dû payer le montant de la contravention, ce n’étaient pas des macarons pitoyables qui les sauveraient des foudres de la loi contre les contrevenants.

Si nous faisons le décompte de ces gens-là, les amateurs et autres inconditionnels du macaron nous arriverions à des centaines de milliers, une véritable société humaine de ceux qui aiment l’être et le paraître, de ceux qui aspirent à transcender les lois et de ceux que leurs conjoints exhortent à coller le fameux macaron afin que nul n’ignore leur condition sociale particulière.

Ce comportement dénote d’une habitude bien répandue parmi les populations de ce merveilleux pays, car même ceux qui ne disposent pas de macarons ont leurs méthodes pour faire savoir qui ils sont ; et ainsi, tout le monde dispose, dans le répertoire de son téléphone, d’une longue liste de numéros à appeler les heures difficiles… Un quidam entre dans un hopital public et ressent immédiatement le besoin d’appeler quelqu’un qui lui assurerait une bonne qualité de soins… puis un autre entre dans un tribunal, et appelle ; et dans une administration, et il appelle encore ; et quand un accrochage survient entre deux véhicules, les deux conducteurs se mettent aussitot à appeler, ne se disant pas que, peut-être, ils appellent le même correspondant. Un citoyen lambda souhaite obtenir son passeport ou sa carte d’identité, et lui aussi appelle afin d’éviter d’avoir à se ranger dans la file d’attente. Et l’habitude s’ancre, se renforce, s’allonge avec ses adeptes, jusqu’à devenir aussi étouffante qu’un boa constrictor.

Et tout cela ne signifie qu’une seule chose en réalité, et qui est que la société est atteinte d’une étrange et très grave maladie qui est que la loi est définitivement morte et officiellement enterrée dans ce beau pays qui est le notre.

Mots Clefs:
Tanger

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