Soyez des hommes !

Soyez des hommes !
0 commentaires, 04/02/2013, Par , Dans Chroniques, Couverture

Le Maroc connaît des revers en tout, et jamais rien ne se passe. Mais quand le Maroc perd en football, c’est alors la tempête qui se déclenche ; nous avons ainsi entendu plusieurs fois cette expression « soyez des hommes », du moins ces derniers jours, lorsque la sélection nationale se battait pour « sauver l’honneur de la nation ».

Lors de cette phase finale de la CAN, le Maroc a disputé trois rencontres… Il a fait match nul à la première et le sélectionneur a dit qu’il allait gagner la seconde ; il a fait match nul à la seconde et le sélectionneur a dit qu’il allait gagner la troisième. Mais comme il n’y a jamais deux sans trois, ou si rarement, la troisième fois, la sélection du Maroc a encore fait match nul puis et monté… non pas au niveau supérieur de la compétition, mais à bord de l’avion du retour au bercail.

Le grand problème chez les Marocains est qu’on accorde toute notre attention au foot et on oublie que l’image du pays s’attache à d’autres choses, de nombreuses choses ; mais nous persistons à lier la dignité du pays au succès de son football, bien que ce sport ne nourrit pas un affamé, ni ne désaltère ceux qui ont soif, pas plus qu’il ne procure un quelconque enseignement à un analphabète ou qu’il ne construit des routes, ou aide un nécessiteux ou guérit un souffrant, ou assiste une personne âgée, rend justice à celui qui a été victime d’une injustice, restitue les fortunes dérobées, et englouties. Le football est un sport, donc un divertissement, et rien d’autre, mais nous, nous voulons en faire tout, dans un pays où il n’y a rien.

Dans les nations civilisées, le football est devenu un élément du tissu social et un puissant vecteur de développement et de progrès. Même dans les pays au passé plutot dictatorial, comme l’Espagne de Franco par exemple, où les gens ne vivaient pas nécessairement dans l’opulence, le football agit aujourd’hui comme un instrument de croissance, d’épanouissement et de prospérité ; nous, nous essayons toujours, entretemps, de faire en sorte que le football soit un tout qui fasse oublier tout le reste… Nous voulons le foot pour oublier l’injustice, nous voulons le foot pour oublier l’analphabétisme, nous voulons le foot pour oublier le chomage, pour oublier la maladie, les maladies, la corruption… Nous ne voulons des hommes que dans le football, mais nous ne demandons pas aux parlementaires, aux ministres, aux juges, aux gens d’affaires, à tous les responsables qu’ils soient aussi des hommes et qu’ils luttent avec hargne et acharnement à rehausser la réputation du pays parmi ses pairs ! Pourquoi donc seraient-ce les seuls joueurs de foot qui devraient faire preuve de virilité et d’agressivité, pour l’image de la nation ?

Depuis l’indépendance, nous avons perdu des combats fondamentaux, cruciaux. Mais c’est tout, rien ne s’est produit après. Nous n’avons vu la démission de personne, pas plus que nous n’avons demandé la tête des responsables de ces échecs, ni des joueurs qui avaient failli. Nous nous sommes contentés de nous taire et d’attendre des jours meilleurs.

Notre plus grand revers est celui de l’éducation. Et voilà que les résultats apparaissent aujourd’hui à travers les millions d’analphabètes qui n’ont pas trouvé, et donc eu, la chance d’aller à l’école… et les ravages apparaissent également dans ces autres millions d’autres illettrés qui pensent avoir le savoir, ce qui est plus dangereux.

Nous avons aussi perdu, sévèrement, le match contre la santé, avec des hopitaux qui ressemblent à de véritables porcheries et des gens qui vont dans ces endroits et qui se demandent depuis 60 ans si le protectorat était finalement une si mauvaise chose.

Nous avons perdu dans l’emploi, laissant des centaines de milliers de nos jeunes aller servir de repas aux poissons du Détroit et d’ailleurs. Et en parallèle, les portes ont été grandes ouvertes à de parfaits ignorants, de sombres imbéciles et des gens d’influence(s) pour investir les postes de responsabilité… une terrible défaite, oui.

Nous avons subi un cuisant revers dans le combat pour le développement, chutant lourdement vers les dernières places des classements mondiaux et des pays qui, jusqu’à une période récente, nous moquions, nous dépassent aujourd’hui dans bien des domaines économiques.

Nous avons perdu des points dans le match de la démocratie. Notre parlement s’est vu peuplé de voleurs, de dealers, de vendeurs de mauvaises liqueurs, et de toute une faune de prédateurs de l’argent public. Perdre la démocratie, c’est la défaite la plus grave qui puisse être, mais cela ne nous a pas pour autant conduit à demander aux responsables de cette défaite de se conduire comme des hommes.

Nous sommes aussi la seule nation qui glorifie la défaite, et c’est pour cette raison qu’après le dernier échec de notre sélection nationale de football, ils ont été nombreux à dire que la disqualification était, quand même, honorable. Et en 2004, on s’en souvient, après la défaite en finale contre la Tunisie, les gens étaient sortis dans les rues crier leur joie… Leur joie, oui, mais de quoi ? D’avoir perdu, bien sûr, mais avec les honneurs. Nous sommes dans une situation étrange, celle d’être peinés et irrités par une chose que nous nous empressons aussitot après d’encenser.

Et c’est cette culture de glorification de la défaite qui fait que nous resterons toujours au fond du puits, sans même essayer ni avoir la volonté de remonter… car nous avons trouvé notre confort là-bas, tout en bas. Nous nous vautrons dans notre sous-développement et nos échecs… et pas seulement dans le foot, mais dans tout.

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Maroc

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