Scandale du pédophile gracié : Les habitant de Kénitra les plus touchés sous le choc

Scandale du pédophile gracié : Les habitant de Kénitra les plus touchés sous le choc

« On ne comprend toujours pas les dessous de cette affaire », lance Fatima Imelouane, institutrice à Kénitra, la ville marocaine où a vécu le pédophile espagnol qui avait été gracié par le roi.

Sur la grande place au coeur du boulevard principal de Kénitra, ville située à moins de 50 km au nord de la capitale Rabat, des centaines de personnes se sont rassemblées dimanche soir après la rupture du jeûne, « pour exprimer le désarroi de toute une ville », selon les mots Mme Imelouane.

Coïncidence, quelques instants auparavant, le Palais royal, confronté depuis des jours à un mouvement d’indignation dans l’ensemble du pays, avait annoncé l’annulation de la grâce de Daniel Galvan, une décision qualifiée d' »exceptionnelle ».

A quelques encablures de la côte atlantique, Kénitra est la ville où cet homme, condamné en 2011 à 30 ans de prison pour des viols sur 11 mineurs, a vécu pendant près de huit ans. Il y « possède deux propriétés », précise Me Hamid Kraïri, l’avocat des victimes.

« Il y a vécu de 2003 à 2011 en toute impunité. La plupart de ses victimes étaient originaires de la périphérie de la ville », poursuit-il.

Chez les habitants, l’indignation se mêle à l’envie de « comprendre ».

« Je me sens comme beaucoup d’habitants de Kénitra: humiliée. On a envie de savoir, de comprendre ce qui s’est passé », déclare Oumaima Haïtouf, une jeune étudiante de 22 ans.

« Dès que j’ai appris via Facebook la tenue de ce sit-in, je suis venue spontanément, je n’ai même pas pris mon sac. J’ai à peine mis mes sandales », ajoute-t-elle sur un ton ému.

« Pourquoi cette grâce? Pourquoi l’annulation de cette grâce? Qui est responsable? Que fait le gouvernement? Et le ministre de la Justice? Il y a beaucoup d’ambiguïté dans tout ça… », renchérit Mme Imelouane, accompagnée de sa fille.

La libération de Daniel Galvan est intervenue dans le cadre d’une grâce royale accordée à 48 prisonniers espagnols au nom –selon les médias officiels– de l’excellence des relations bilatérales, quelques jours après une visite du roi Juan Carlos.

Samedi soir, dans une première réaction, le roi Mohammed VI avait annoncé l’ouverture d’une « enquête approfondie » pour déterminer les responsabilités, et assuré qu’il n’était pas au courant des « crimes abjects » commis par l’intéressé.

Désormais, avec l’annulation de la grâce, les manifestants de Kénitra ont exprimé le souhait que l’homme, qui aurait déjà quitté le Maroc, soit rapidement de nouveau arrêté et réincarcéré.

Dans son communiqué de dimanche soir, le Palais royal note que le ministre marocain de la Justice, Mustapha Ramid, devra « examiner avec son homologue espagnol les suites à donner à l’annulation de cette grâce ».

Pour Me Kraïri, la décision du roi est une « victoire » et un « soulagement », mais des questions restent en suspens alors que la condamnation du pédophile à 30 ans de prison avait été vécue à l’époque comme une grande victoire judiciaire.

« Les gens d’ici veulent des réponses sur les circonstances de cette grâce », insiste cet avocat qui avait été à l’origine de l’arrestation de Daniel Galvan en 2011, en dévoilant des photos du pédophile avec ses victimes.

« Sa condamnation à 30 ans (…) avait fait date », confirme-t-il.

« Pour la dignité de nos enfants », « Les habitants de Kénitra veulent que la grâce dégage », « Nous voulons l’indépendance de la justice »… ont été les slogans scandés par les participants, parmi lesquels des femmes, des enfants et des personnes âgées.

Encadré par une forte présence policière, ce rassemblement s’est déroulé dans le calme, jusqu’à sa dispersion dans le calme aux environs de minuit.

Des sit-in restent prévus mardi soir à Casablanca, la capitale économique, et mercredi à Rabat.

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KénitraMaroc

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