Reportage. Game (not) over

Reportage. Game (not) over

Le week-end du 29 au 30 septembre, au Technopark de Casablanca, c’était la grand-messe des amateurs de jeux vidéo rétros. TelQuel est allé à la rencontre de ces joueurs très nostal-geeks.

Samedi 29 septembre. La pluie cogne contre les fenêtres de la salle du Boultek. Un temps parfait pour se plonger dans l’univers des rétro-gamers. Au bout d’un couloir, une porte s’ouvre sur une salle obscure que seuls des néons bleu et violet éclairent. Celle-ci est bondée : une majorité d’hommes aux airs d’adolescents, mais aussi des mamans accompagnées de leurs fistons et quelques jeunes femmes qui s’affairent autour d’une vingtaine de consoles de jeux reliées à des télévisions. Les joueurs, manettes en mains, semblent ultra concentrés. Autour d’eux, ceux qui ne jouent pas regardent attentivement en attendant leur tour, sourire aux lèvres et yeux brillants. Sega Megadrive, NES, Super Nintendo, Master System, Atari ST… tous les jeux sont réunis, prêts à l’emploi. Et comme par enchantement, un retour dans le passé s’opère, où on se prend à regretter le temps des jeux vidéo en 2D et des salles d’arcade.

 

Vintage 2.0

Les organisateurs de l’évènement appartiennent à la communauté marocaine des rétro-gamers (MRG), un collectif composé d’une quinzaine de membres, ayant en moyenne entre 20 et 30 ans. Parmi eux, Yassine Arif, 23 ans, un Maroco-philippin qui travaille à Ubisoft, 3ème éditeur mondial de jeux vidéo : “On a organisé ce week-end pour permettre à tout le monde d’explorer la culture du rétro-gaming à travers des tournois de jeux, une exposition de vieilles consoles et des projections de docus sur le rétro-gaming”. Pour ceux qui ne connaissent pas le retro gaming, il s’agit des jeux vidéo appartenant aux quatre premières générations de consoles électroniques, c’est-à-dire des années 1970 jusqu’à la fin des années 1990. Une part de pizza et un verre de soda à la main, Yassine et sa bande de potes sont au taquet pour réussir leur événement : accueil des visiteurs, préparation d’un quizz et vérification du matériel, etc. C’est qu’ils se sentent investis d’une vraie mission, à savoir la sauvegarde et la transmission du patrimoine culturel de la génération Y, c’est-à-dire des individus nés entre 1980 et 1990. “Pour nos parents c’était le rock, pour nous ce sont les jeux vidéo, ça fait partie de notre histoire”, affirme le jeune homme. Leur autre objectif est de mettre en place une plate-forme indépendante pour développer des jeux vidéo : “Les MRG proposent des réunions tous les samedis afin que chacun puisse présenter son projet de jeu. Le but étant de créer un marché indépendant”. Enfin, en organisant ce type de rencontres, le collectif aspire à se faire connaître des professionnels afin que, peu à peu, des formations dédiées à la conception de jeux vidéo soient créées. “Au Maroc, il n’existe aucune école où on apprend à concevoir des jeux vidéo. Ubisoft avait lancé une formation en 2008, mais elle a fermé ses portes au bout de deux ans”, regrette ce passionné.

 

Pour l’amour du jeu

Pour les Moroccan Retro Gamers, tout a commencé en 2009. A cette époque, Rachid Lansari, game designer à Marshmallow Digital, est un amateur de jeux vidéo rétros et pense être le seul. Jusqu’au jour où il décide d’organiser un tournoi : “J’ai lancé des invitations sur Facebook et on s’est tous retrouvés dans un vieux cabanon sans électricité à Bouznika. On avait alors utilisé un groupe électrogène pour pouvoir jouer”. A peine quatre mois plus tard, Rachid organise une deuxième rencontre. Ensuite, les tournois s’enchaînent et comptent de plus en plus de joueurs. “Pour la 5ème édition, on a décidé de créer un collectif, The Moroccan Retro Gamerz”. Celui-ci regroupe lui-même plusieurs organisations. “Yassine et moi sommes fondateurs de l’Association marocaine du jeu vidéo, il y a aussi des gars d’Animaroc (Association du film d’animation au Maroc) et de Brain Oil Factory (Art Digital)”, explique Rachid, concentré sur son Mac. Mais attention, en dehors des jeux vidéo, ces passionnés ont tous un métier : “Il y a des graphistes, des développeurs mais aussi des banquiers, des artistes ou de simples passionnés”. Cet amour des jeux rétros, les MRG sont bien décidés à le faire partager aux autres. “On a dépensé toutes nos économies pour organiser ce week-end, mais dès qu’on en aura à nouveau les moyens, nous allons réitérer ce genre d’évènement. Le top ce serait de le faire régulièrement, tous les quatre ou six mois”. Pour obtenir des aides financières et des relais de communication, le collectif a décidé de se constituer en association à but non lucratif et a d’ores et déjà entamé des démarches administratives dans ce sens.

 

Zelda is not dead

Du coté du public, les retours sont positifs. Karim El Bouazizi, un fin connaisseur des jeux vidéo, regarde une cartouche de jeu tel le Saint Graal : “C’est une édition gold de Zelda. Il y a des pièces très rares ici !” Entre eux, les visiteurs échangent à propos de leurs références et de leurs jeux de prédilection. Pas facile de se mettre d’accord, mais celles qui reviennent le plus souvent sont : Galaga (1981), Street Fighter (1987), Prince of Persia (1989), Sonic The Hedgehog (1991), The Legend of Zelda (1986) et, bien sûr, le légendaire plombier italien Mario (1981). “La 2D utilisait des graphismes originaux, qui laissaient plus de place à l’imagination que la 3D. Les manettes étaient simples à utiliser et les intrigues plus audacieuses”, soutient Karim qui, en véritable game lover, a de nombreuses anecdotes à raconter sur le sujet. “À l’époque, les développeurs de jeux étaient des passionnés. Ils disposaient d’une grande liberté, mais l’essor de cette industrie l’a étouffée”, se désole-t-il. Nostal-geek, le Karim ? “Oui ! Le rétro gaming, c’est la nostalgie d’une époque, celle où l’on passait des heures dans sa chambre ou dans des salles d’arcades avec les copains pour terminer un jeu”. Et les souvenirs de ces joueurs sont d’autant plus forts que, dans les années 1980/90, rares étaient ceux qui possédaient une console. Celles-ci étaient souvent trop chères, puisqu’elles coûtaient en moyenne 4000 dirhams. Donc les fans de jeux se rendaient dans les salles d’arcades ou demandaient aux cousins MRE de leur en apporter. Heureusement, depuis, le souk de Derb Ghallef est devenu La Mecque de l’électronique, où on peut tout trouver désormais, à des prix défiant toute concurrence. Pour le plus grand plaisir de la play-histoire !

 

Encadré

Créativité. Des dessinateurs pas BOF

Les Brain Oil Factory (BOF), duo d’artistes constitué de Hicham Habchi, alias Pyroow, et de Mehdi Yassire, alias Koman, se sont fait connaître en dessinant des personnages de jeux vidéo, notamment à travers leur bande dessinée Ramadan Hardcore (2012), éditée sur le Web et diffusée via leur page Facebook. Et durant ce week-end au Technopark, les BOF ont dessiné en live des personnages de jeux vidéo, pour le plus grand plaisir des Moroccan Retro Gamers. Ils ont également réalisé du pixel art et des illustrations sur ordinateur pour l’occasion. Leur coup de crayon est époustouflant et leur univers n’est pas sans rappeler celui de l’illustre réalisateur de films japonais, Hayao Miyazaki. Le tout  agrémenté d’une Moroccan Touch. Justement, le dada du duo c’est ça : montrer que le Maroc a la capacité de créer ses propres personnages et de ne pas se contenter de faire du Fan Art, le fait de reproduire ou de s’inspirer d’un personnage ou d’une scène tirée d’une œuvre déjà existante.

 

Mots Clefs:
Maroc

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