Qui défend aujourd’hui le système de valeurs ?

Qui défend aujourd’hui le système de valeurs ?
0 commentaires, 29/03/2013, Par , Dans Chroniques, Couverture

Il s’est produit dans les derniers jours trois évènements similaires rapprochés dans le temps et se rapportant tous les trois à l’exploitation de mineures, volontaires ou non, dans des viols ou des activités de prostitution. Les faits ont été relatés dans nombre de journaux ou de sites mais, malheureusement, le traitement médiatique s’est contenté d’exposer les faits sans aller jusqu’à l’analyse du phénomène et de ses conséquences.

Ainsi, à Marrakech, les services de police ont démantelé un gang qui s’était fait une spécialité dans le rapt de jeunes filles forcées ensuite à se livrer à la prostitution ; à el Jadida, un autre groupe a été neutralisé alors qu’il attirait des jeunes filles pour les proposer comme prostituées dans le cadre d’un réseau tentaculaire. Et enfin, à Casablanca, d’autres personnes ont été appréhendées pour avoir proposé, sur internet et par sms, les services payants de filles dans un appartement au Maârif… et ainsi de suite, ces comportements sont de plus en plus nombreux dans notre société.

Face à ces arrestations qui se suivent à un rythme soutenu, on ne peut bien évidemment que saluer l’efficacité de la police avec ses différents services à affronter les proxénètes et autres trafiquants d’êtres humains et de mineures, et cela confirme également le respect par le Maroc de ses engagements internationaux liés à ces affaires. Mais cette efficacité policière ne signifie pas pour autant et nécessairement l’existence d’une action pour répondre aux travers sociétaux qui donnent naissance à ces actes répréhensibles. Aussi, le simple fait d’avoir démantelé trois ou quatre gangs organisés et œuvrant dans le proxénétisme et/ou la traite des mineures montre bien à quel point lasociété dans son ensemble avance à contresens du système de valeurs défini par la nation pour elle-même ainsi que de tous les engagements juridiques signés et ratifiés par le Maroc. Et cela aboutit in fine à ce que l’approche sécuritaire, avec tous ses moyens, parvient à démanteler quelques groupes ici et là, sévissant dans les zones où la concentration policière est la meilleure et la plus efficace, mais que, dans le même temps, plusieurs autres gangs prospèrent dans les mêmes activités ; et cela se poursuivra tant que les autres approches éducatives, culturelles, religieuses et médiatiques n’œuvrent pas en coordination et en complémentarité avec les services de police.

Il est consternant que le monde politique et la société civile ne soient pas révoltées par l’avancée de ce phénomène qui menace le tissu social dans sa globalité ; et il est encore plus affligeant qu’il n’y ait pas de débat public autour de la situation du système de valeurs et de la présence de ces indicateurs inquiétants, en posant la question adéquate : Comment cela peut-il se produire dans notre société ? Quelles en sont les raisons ? Et qui en est responsable ?

Or, le paradoxe est que tout le monde se préoccupe aujourd’hui de la mise en œuvre des dispositions de la constitution et de ce qu’elle a apporté de nouveau ; ainsi, l’opposition s’intéresse aux nouvelles attributions qui sont désormais les siennes en vertu de la constitution, et la société civile est occupée par les nouvelles fenêtres que lui confère la Loi fondamentale. Et tout le monde est concerné par la nouvelle corrélation établie entre l’exercice d’une responsabilité publique et la reddition des comptes de cet exercice. Mais très peu de gens se penchent sur le contenu de la constitution en termes de valeurs et d’éducation et encore moins nombreux sont ceux qui réfléchissent à l’état de notre système de valeurs et à son inclinaison actuelle inquiétante. Et ils sont beaucoup moins nombreux, parmi ces gens déjà très peu nombreux, qui se posent la question de la responsabilité et de la reddition des comptes, comme si le domaine des valeurs et de l’éducation n’était pas encadré par des principes constitutionnels et comme si personne n’était responsable et que nul ne doive rendre des comptes un jour.

Dans les nations démocratiques qui accordent une grande importance à leurs systèmes de valeurs, lorsqu’il se produit des évènements récurrents qui menacent ces valeurs, et à un degré bien moindre que ce que l’on enregistre aujourd’hui au Maroc, la responsabilité est automatiquement imputée aux programmes d’éducation et de formation, ainsi qu’à tous les intervenants impliqués dans la formation, la culture et l’éclairage de l’opinion publique ; des observatoires d’études et de recherches sont mis en place pour déterminer ce qui, au sein des programmes éducatifs, pose problème ou mérite un réglage. Et puis, un véritable état d’urgence est décrété pour remédier à ce qui doit l’être, afin de corriger les dysfonctionnements en mettant en place des mécanismes alternatifs en matière d’éducation, de culture et de médias pour s’attaquer aux racines même de ces phénomènes. Chez nous, malheureusement, quand les scandales se multiplient sur facebook, quand les mineures sont obligées de se prostituer, et même quand on en arrive à des pratiques consistant à enlever des mineures pour les proposer à des violeurs contre rémunération de leurs kidnappeurs, cela ne signifie pas grand-chose pour certaines personnes, comme si notre système de valeurs était un grand néant dont personne ne se soucie ni ne prend la défense pour le protéger.

Mots Clefs:
Maroc

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