Que reste-t-il du Mouvement du 20 février ?

Que reste-t-il du Mouvement du 20 février ?
0 commentaires, 20/02/2013, Par , Dans Chroniques, Couverture

L’année passée, et plus précisément au mois de février, en plein milieu du débat organisé autour de l’avenir du Mouvement du 20 février, nous avions évoqué les quatre scénarios possibles que pouvait choisir ce mouvement :

– Le maintien du caractère protestataire avec l’accentuation sur son identité sociale de mouvement ratissant large au sein de la société et se prolongeant jusque dans les quartiers périphériques ;

– Le choix d’un basculement en mouvement politique qui prendrait la forme d’un front,lequel regrouperait des sensibilités différentes certes mais qui se rapprocheraient d’un point de vue politique ;

– Le choix d’un changement radical du système politique national, dans une tentative de rééditer les exemples tunisien et égyptien et de les appliquer au Maroc ;

– Le choix d’une pression sociale accrue qui aurait soutenu la phase politique en cours et qui aurait plus et mieux milité pour la lutte contre la corruption et l’absolutisme.

Aujourd’hui, un an a passé, les choses ont changé et les trois premiers scénarios se sont trouvés dans l’impossibilité d’une quelconque réalisation. Ainsi, le Mouvement du 20 février n’aura pas pu se transformer en mouvement social suite à la difficulté de de fédérer les composantes sociales qui l’avaient constitué, en raison de la prolifération des revendications sectorielles et/ou corporatistes ; le Mouvement n’aura pas réussi non plus à basculer en formation politique du fait des divergences idéologiques et politiques qui marquaient ses différents éléments ; et, enfin, un développement vers la radicalité n’aura pas été possible non plus suite à la déliquescence du Mouvement après la défection de la Jamaâ al AdlwalIhsane et face à la faiblesse des autres composantes qui les a empêchés d’assumer ce role politique.

Cela signifie-t-il pour autant la fin du Mouvement du 20 février et sa transformation en simple souvenir évoqué pour parler de cet instant de changement politique et de l’impact de la dynamique populaire sur lui ?

Assurément non, car en dépit de tous les indicateurs qui établissent le recul du 20 février et son incapacité à tenir un role politique et social au Maroc, il est toujours possible au Mouvement de renaître de ses cendres, de redistribuer ses cartes et ses atouts. Il faut, pour cela, procéder à une réévaluation de la situation et à une redéfinition de la mission de ce mouvement pour la faire évoluer vers une autre fonction qui lui conférerait une nouvelle légitimité et une nouvelle présence politique.

En effet , si un basculement en expression politique radicale a échoué, si l’évolution politique du pays a interdit toute possibilité pour le 20 février de s’imposer en mouvement social revendicatif, il est néanmoins toujours possible pour ce courant de retrouver sa présence au sein de l’échiquier politique national. La clé ? Que le 20 février opte pour le 4e scénario, qu’il devienne cette conscience politique pour la transition en cours, qu’il la soutienne dans ses entreprises de réformes, qu’il la critique pour ses erreurs et ses déviations, qu’il crée une vague de pression populaire contre la corruption et l’absolutisme.

Le Mouvement du 20 février peut retrouver son lustre d’antan très rapidement, mais il ne doit pas se positionner en alternative politique, en remplacement des partis politiques. Le Mouvement doit être cette passerelle, cette embarcation qui unit et réunit toutes les bonnes volontés et intentions du pays, où qu’elles se trouvent, afin de prendre la forme de cette force populaire irrésistible qui aide à la lutte contre la corruption et qui œuvre à contrecarrer toute tentative de revenir sur les acquis démocratiques. Il est important et très utile que ce mouvement adopte à l’égard du gouvernement une attitude de conscience populaire qui se tient à distance mais observe, qui controle et qui définit les règles de ce controle de l’action de l’Exécutif. Il ne faut pas se positionner dans une posture de neutralité, non, il importe que le 20 février soutienne ce gouvernement s’il agit dans le bon sens de la lutte contre la corruption et de la défense de la démocratie, mais il faut aussi qu’il critique et combatte le gouvernement s’il revient sur ses engagements.

Le Mouvement du 20 février est aujourd’hui face à une dernière occasion de peser politiquement, en plus de son positionnement et de son influence historiques et symboliques. A défaut, le sort de ce Mouvement risque d’être le même que celui qu’ont connu bien d’autres avant lui, un souvenir nostalgique et non cette conscience populaire qui pèse , qui intervient, qui agit et qui évalue les différentes phases en les critiquant ou en les soutenant.

Mots Clefs:
20 févrierMaroc

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