Quand les évènements en Tunisie montrent l’opposition de nos médias publics à l’évolution démocratique

Quand les évènements en Tunisie montrent l’opposition de nos médias publics à l’évolution démocratique
0 commentaires, 13/02/2013, Par , Dans Chroniques, Couverture

Rien ne justifie le traitement réservé par les médias publics marocains à l’assassinat du leader de gauche tunisien Choukri Belaïd, et à ses conséquences, tant sur le plan professionnel que moral, aussi bien au niveau politique que diplomatique.

1/ Toutes les composantes du champ politique tunisien, et à leur tête le mouvement Ennahda, ont clairement et fortement condamné l’assassinat ; et même la troïka à la tête du pays a été unanime à considérer cet acte comme visant la transition démocratique en Tunisie et son fondement principal qui est l’entente entre laïcs et islamistes constituant le triumvirat au pouvoir à Tunis ;

2/ Tout cela concerne notre voisine la Tunisie, et il n’y a aucun avantage à ce que le Maroc devienne partie qui prenne part pour les uns contre autres, au risque de nuire à ses intérêts vitaux ; plus encore, il est absolument inutile, voire nuisible, que nos médias emboîtent le pas et s’identifient – consciemment ou non – à la position française concernant les évènements qui se précipitent en Tunisie ;

3/ Le traitement de l’évènement consistant à présenter Ennahda, le parti qui conduit la troïka, comme une formation sanguinaire et terroriste responsable de l’assassinat de Belaïd va dans le sens de l’élargissement de l’écart existant entre les deux courants principaux de la société tunisienne, le laïc et l’islamiste. Plus qu’un écart, un fossé, un gouffre que ce comportement partial peut engendrer. Et tout cela se produit un moment où tout le monde est pleinement conscient que la transition démocratique dans les pays arabes ne peut se fonder que sur une entente et un bloc historiques entre les deux camps, ce qui semble être le cas en Tunisie et au Maroc aussi, même partiellement.

4/ La déontologie interdit ce genre de traitement qui a été réservé aux évolutions enregistrées sur la scène politique tunisienne ; ainsi, au lieu d’observer une neutralité et une distance par rapport aux évènements, l’approche éditoriale de nos médias publics, et essentiellement 2M, a basculé vers une sorte d’assimilation totale, et un soutien absolu, de la position de la France à l’égard des évènements en Tunisie.

Il est compréhensible de la part de la France d’avoir cette attitude regrettable face à ce qui se passe aujourd’hui en Tunisie, bien que cette attitude soit opposée à la logique de l’évolution démocratique dans ce pays et qu’elle se dresse contre la volonté populaire des Tunisiens. Que la France prenne la défense des élites qui lui sont inféodées est une position que l’on peut admettre car, ce faisant, Paris ne fait que préserver ses intérêts, au risque de tordre un peu le cou à ses propres principes démocratiques… Mais que nos médias publics, consciemment ou pas, en arrivent à endosser la même attitude que la France, et qu’ils agissent à l’encontre de la position officielle du Maroc, neutre et équilibrée, cela pose la question de la défense des intérêts souverains du Maroc dans et par ses propres médias.

On aurait pu également comprendre une telle position de la part des médias des pays qui sont restés en dehors du processus de transition démocratique, des pays qui, comme l’Algérie par exemple, craignent d’être touchés à leur tour par les vents de la liberté… Mais au Maroc, qui a su montrer sa particularité en apportant les réponses politiques courageuses et en ouvrant les chantiers de la réforme, en organisant des élections honnêtes, en acceptant le verdict des urnes, il est regrettable et fortement dommageable que les médias prennent le contrepied des changements effectués dans le pays et épousent les thèses de leurs pairs dans les Etats farouchement opposés à toute évolution démocratique.

Il n’est définitivement pas utile ni heureux, alors que nous sommes dans cette phase où les peuples arabes s’essaient à une transition politique, que l’on accentue les clivages entre islamistes et laïcs ; de même qu’il est absolument inutile et malheureux que l’on fasse revivre les anciens combats et renaître les clichés désuets, que l’on déploie tous les efforts à ruiner toutes les actions de rapprochement entre les deux camps tendant à se hisser vers plus de liberté, vers plus de dignité et dans une lutte plus efficace contre l’absolutisme et la corruption.

En fait, les seuls et uniques vainqueurs de cette politique de conflit, de démantèlement de tous les acquis et de la remise en question des rapprochements entre islamisme et laïcité dans l’objectif d’asseoir des systèmes démocratiques, sont les bastions autoritaristes qui essaient par tous les moyens de retrouver leurs anciennes positions, de récupérer leurs capacités d’action, de peur de voir réussir la transition démocratique et de voir mises en places ses politiques de lutte contre la corruption sous toutes ses formes et de rente sous tous ses aspects.

Mots Clefs:
Maroc

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