Protection des témoins : des pratiques de plus en plus dangereuses

Protection des témoins : des pratiques de plus en plus dangereuses

La fuite des documents prouvant les indemnités perçues par Salaheddine Mezouar et Noureddine Bensouda, respectivement ancien ministre des Finances et actuel Trésorier du Royaume, est en passe de prendre une tournure sérieuse et grave. Actuellement jugée au tribunal de Rabat, le moins que l’on puisse dire de cette affaire est qu’elle prend de plus en plus les allures d’un véritable camouflet pour la justice, pour le principe même de l’Etat de droit et même pour le gouvernement, conduit par un parti qui a recueilli les voix des électeurs au nom de la lutte contre la corruption et l’autocratie.

Ainsi, selon de nouveaux éléments parvenus à al Massae, le Trésorier général, M. Bensouda, était parti personnellement au domicile du fonctionnaire soupçonné d’avoir fait fuiter les documents en question, aussitot après leur publication par la presse, et lui avait confisqué son téléphone et les clés de son bureau. Ce comportement est de nature à inquiéter, voire même effrayer, tout citoyen soucieux du bien de son pays, car l’attitude de Bensouda envers le fonctionnaire des Finances – si ce que rapportent les documents de l’enquête venait à se confirmer – est une forme de terrorisme moral, en plus d’être un abus de pouvoir que le Maroc n’avait jamais connu, même du temps des années de plomb… S’inviter de cette façon chez les gens, dans leurs domiciles personnels, sans leur consentement, avec cette arrogance, est une violation flagrante de l’intimité et de la vie personnelle des gens… un comportement que les militants et autres défenseurs des droits de l’Homme ne devraient pas se limiter à dénoncer mollement. Bien au contraire, une enquête devrait être ouverte sur ces agissements, une instruction devrait être ordonnée pour vérifier ces affirmations du fonctionnaire des Finances qui dit en avoir été victime.

M. Bensouda a sans doute dû penser que sa position de Trésorier du Royaume lui conférait le droit d’usurper le role de la police judiciaire, d’abord, puis, dans une seconde étape, de punir le fonctionnaire incriminé avant même que la justice ne se prononce sur ce dossier. Et plus grave encore est que l’accusation portée contre le cadre du ministère s’est fondée sur des éléments qui confinent au guignol, comme – par exemple – prendre prétexte de l’absence du fonctionnaire aux interrogatoires auxquels il était convoqué pour en tirer la conclusion de sa culpabilité… ou encore, trouver dans son répertoire téléphonique le numéro d’un journaliste ou d’un directeur de journal pour l’accuser de violation du secret professionnel… Quelle absurdité.

L’affaire est aujourd’hui entre les mains de la justice, et voilà un test de l’indépendance de cette justice qui nous permettra de savoir si, vraiment, réellement, notre pays s’achemine vers le respect du droit et des lois, ou à l’inverse, s’il s’enfonce encore plus dans les abîmes des instructions et des abus de pouvoir.

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Maroc

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