Pourquoi Benkirane reste-t-il si populaire ?

Pourquoi Benkirane reste-t-il si populaire ?
0 commentaires, 02/04/2013, Par , Dans Chroniques, Couverture

Jadis, les gens préféraient fuir les gouvernements et s’éloigner le plus possible d’eux, selon le fameux principe qui veut que « les bienheureux sont ceux qui ignorent le gouvernement et que le gouvernement ignore ». C’était là le temps béni où les gens se suffisaient de richesses du sol et des bienfaits du ciel… Mais aujourd’hui, les choses sont devenues plus complexes, et il est désormais difficile que populations et gouvernements s’ignorent et se tournent le dos, car la réalité de la vie fait que dirigeants et administrés sont embarqués sur la même galère… ils vivent ensemble ou périssent ensemble…

Et donc, que pense le bon peuple du gouvernement barbu, 15 mois après son arrivée aux affaires ? Des réponses sont apportées par le dernier sondage réalisé par l’Economiste et Sunergia

66% des sondés affirment penser que Benkirane est resté proche des préoccupations des gens, 64% soutiennent qu’il mène bien sa barque et 58% estiment que Benkirane a réalisé les promesses faites à ses électeurs. Mais quand, à l’inverse, on s’intéresse à ceux qui ne sont pas contents du premier islamiste arrivé à la tête de l’Exécutif marocain, porté par les vents du printemps arabe, on ne trouve rien de bien inquiétant pour le gouvernement ; seuls 22 à 24% des sondés se disent insatisfaits de l’action de Benkirane et ses hommes et femme, un taux fort honorable que lui envierait François Hollande lorsqu’il arrivera sur nos terres, lui qui a beaucoup perdu de sa popularité après environ un an à l’Elysée.

Que signifie tout cela ? Et quelle lecture faire de ces chiffres que je considère être proches de la réalité car prouvés par d’autres évaluations comme les élections partielles dans 12 circonscriptions sur lesquelles le PJD a remporté 5, avec un nombre de voix respectable eu égard au peu d’importance accordée par les populations à ces scrutins partiels qui ne revêtent pas une grande signification politique.

Cependant, les chiffres obtenus à l’issue du sondage nécessitent une lecture, une analyse et une interprétation car ils revêtent des significations particulières. Ainsi, par exemple, ils sont 58% à penser que Benkirane a respecté ses engagements électoraux, ce qui n’est pas nécessairement exact, du moins à l’heure actuelle, et même Benkirane ne le dit pas, lui qui demande toujours aux gens de faire montre de patience, qui se justifie en soutenant que son programme électoral s’étend sur cinq ans et non un seul, et que les créatures et bestioles de toutes natures se dressent en travers de son chemin réformateur. A l’écriture de ces lignes, Benkirane n’avait pas encore tenu ses principaux engagements électoraux : Smig à 3.000 DH, croissance de 7%, déficit public inférieur à 3%, réforme de la Compensation, en plus de tout un ensemble de promesses contenues dans le programme gouvernemental.

Il existe donc trois explications à cette popularité de Benkirane, Benkirane qui, au temps de la crise économique et sociale, n’aura pas pu réaliser grand-chose.

1/ Tous ceux quoi ont répondu aux questions de ce sondage – un échantillon représentatif – jugent l’action de Benkirane à partir de critères politiques, et non économiques ou sociaux. L’opinion publique est toujours imprégnée de l’ambiance politique qui prévalait avant et lors des élections législatives de 2011, oubliant d’examiner le bilan social ou économique du gouvernement. De plus, la même opinion publique estime toujours – à tort ou à raison, peu importe – que Benkirane est un homme honnête, sincère et sérieux, mais que les démons et les crocodiles entravent son action, et c’est pour cela que les gens se solidarisent avec lui car ils le considèrent comme une victime. Les populations semblent ne pas donner d’importance à ce que fait le gouvernement, tant qu’il demeure proche d’eux et de leurs préoccupations, qu’il parle leur langue et qui leur dit la vérité sur leurs problèmes.

2/ La légitimité politique de Benkirane continue d’avoir le dessus sur sa légitimité pratique, issue de son bilan. Les Marocains évaluent l’action de l’homme à partir d’une logique d’intégrité et de mains propres, de communication positive et de l’austérité qui marque sa vie personnelle, des éléments qui viennent s’ajouter à sa piété et sa morale très affichées. Qu’on le veuille ou pas, le chef du gouvernement s’est bâti un type de leadership aux yeux de la rue qui lui est propre et particulier, et que n’avait ni Abbas el Fassi ni Driss Jettou ni personne de ceux qui l’ont précédé à la Primature. Le chef du gouvernement, quant à lui, alimente cette popularité tous les jours, il l’instrumentalise pour prendre le dessus sur les problèmes quotidiens, pour compenser son inexpérience et celle de ses ministres. Et jusqu’à présent, force est de constater que le chef du gouvernement, en dépit de faibles résultats et réalisations, aura réussi à convaincre les foules.

3/ Il n’y a pas d’alternative à Benkirane et à son parti. Quand une population évalue et juge une politique et ceux qui la portent de même que les décisions que ces derniers prennent, elle le fait en comparaison à d’autres thèses exposées par d’autres acteurs politiques. Et là, sur ce point, Benkirane est champion par KO… Les Marocains n’ont pas face à eux, aujourd’hui, une alternative crédible à la majorité actuelle ; les partis d’opposition sont faibles et dispersés. Ils ne tiendraient pas un round face à Benkirane, car ils ne savent pas quoi contre qui s’opposer ; le gouvernement, les gouvernants, ou les deux? Et puis d’autre part, les partis d’opposition viennent de basculer de la majorité à la minorité ; aussi, quand ils vont au-devant des foules critiquer l’action de Benkirane et de son gouvernement, lesdites foules les interrogent sur les raisons qui les ont empêchées de réaliser en plusieurs années ce qu’ils demandent à Benkirane de faire en une année…

Mais tout cela ne constitue pas un triomphe définitif pour le chef du gouvernement, tout au plus la victoire à un round ; d’autres arrivent, plus durs, plus difficiles, plus pénibles, et la patience des gens est plutot limitée… Si la crise s’aggrave, les rapports de force peuvent basculer car la pauvreté a ses raisons et ses impératifs.

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BenkiraneMarocains

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