Pourquoi Benkirane ne dissout-il pas le parlement ?

Pourquoi Benkirane ne dissout-il pas le parlement ?
0 commentaires, 14/01/2013, Par , Dans Chroniques

« Vous ne me faites pas peur, absolument pas », une expression dite, redite et répétée par le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, plus d’une fois, au parlement, en s’adressant particulièrement à l’opposition. Benkirane sait aujourd’hui que cette opposition est faiblarde, certaines de ses composantes se cherchant un nouveau certificat de naissance après avoir perdu leur raison d’être initiale, d’autres tentant de lécher leurs plaies après leurs diverses et malencontreuses participations aux précédents gouvernements, et une troisième catégorie se demande ce qu’elle fait dans l’opposition… des partis nés avec une cuillère d’argent et de pouvoir dans la bouche.

Il est vrai que tous les gouvernements et tous les hommes d’autorité craignent quelque chose ou quelqu’un… un danger, un individu… Quelle est cette chose qui fait donc tant peur au PJD et à son chef ?

Laissons la réponse à cette question pour plus tard et considérons la situation de Benkirane qui se sent et se dit fort du fait de son bataillon de 107 députés, victorieux lors des dernières élections avec une grande différence par rapport aux suivants. Le chef du gouvernement craint aujourd’hui un effritement de sa majorité qui est devenue aujourd’hui une école de trublions, une école où Hamid Chabat tient le role de cet élève qui veut tout bloquer, tanguant entre le désordre et la création de conflits artificiels, car il n’aura pas pu attirer vers lui les bons élèves, qui travaillent sérieusement. Et puis il y a aussi Laenser qui tient le ministère de l’Intérieur, entre autres départements, et qui s’évertue à maintenir en silence les bastions du pouvoir loin de tout esprit de changement et encore plus loin des barbes du gouvernement. Benkirane ne craint absolument pas la sortie de Chabat et de Laenser du gouvernement, avec ce que cela induirait en termes de coalition gouvernementale, qui se disloquerait, et ouvrirait sur des élections anticipées. Non, définitivement non, le chef du gouvernement sait pertinemment que s’il y avait des élections anticipées, il y obtiendrait encore plus de voix que celles qu’il avait eues aux élections de novembre 2011… et ses adversaires savent aussi cela et ne veulent pas, ne voudront pas lui offrir ce cadeau.

En revanche, le chef du gouvernement craint de rester à la tête d’un gouvernement handicapé, bloqué, entravé, où il passerait le plus clair de son temps à débattre avec ses « alliés » pour passer n’importe quelle décision, à essayer de trouver avec eux un accord de toutes les façons très improbable, car il est aujourd’hui clair que les orientations de ses partenaires sont différentes des siennes. Benkirane appréhende donc ces joutes, ces problèmes, ces accidents de la route qui ne tueront pas son gouvernement, mais qui le détourneroent du lancement des véritables chantiers de la réforme.

Voici quelques semaines, un député PJD a été molesté, un député appartenant au dit bataillon du chef du gouvernement, qui n’aura pas pu faire rendre gorge aux responsables de cette agression, bien que l’ensemble des députés, opposition et majorité, se soient placés derrière l’élu bousculé. Au départ, Benkirane avait pris ses distances avec cette affaire pour éviter un affrontement avec le ministère de l’Intérieur, dirigé par Laenser et Draiss, chacun d’eux ayant ses propres calculs et ses propres intérêts à appartenir à ce gouvernement. Puis, une fois qu’il s’est aperçu de son échec à trouver un compromis avec l’Intérieur, qui aura montré une étrange résistance à rabrouer ceux de ses cadres qui se sont rendus coupables de l’agression contre le député, Abdelilah Benkirane a fait un pas en arrière et a tenté d’inciter son groupe à trouver une autre solution au problème car il sait qu’il est le premier visé par cette résistance et personne d’autre que lui. Le chef du gouvernement connaît aujourd’hui nombre de problèmes et de difficultés qui l’empêchent d’entrer en conflit direct avec le cœur battant de l’autorité et du pouvoir, qu’il ne peut non seulement pas controler mais qu’il s’est avéré même incapable de retenir de s’en prendre à l’un des siens…, lui, pourtant, ce chef du gouvernement qui est si souvent allé au parlement chanter les louanges des forces de l’ordre et trouver des justifications parfois convaincantes, parfois non, à leur brutalité.

Que signifie donc tout cela ? Que Benkirane a d’autres problèmes, en dehors du parlement, contrairement à ce qui se dit, et que les charmes du pouvoir, de la notoriété et de la célébrité ont commencé à faire leurs effets et que leurs bienfaits ont commencé aussi à tourner la tête des ministres PJD eux-mêmes, des ministres qui se sont mis à essayer de trouver des compromis avec l’ordre existant au lieu que de s’atteler à trouver des solutions pour changer l’ordre ancien.

Si Benkirane et son compagnon de toujours Abdallah Baha, qui détiennent toutes les clés de la décision politique au gouvernement et au parti, ne révisent pas leur façon de conduire l’Exécutif et ne reconsidèrent pas leur manière d’employer leur autorité constitutionnelle, dans le sens de ce qu’ils promettaient du temps où ils se trouvaient encore dans l’opposition, alors les crocodiles et les démons finiront par phagocyter tout le gouvernement et détruire l’ensemble de l’expérience tentée par le Maroc, sa troisième voie, dans le cadre du printemps arabe.

Qu’est-ce qui empêche donc Benkirane d’annoncer officiellement l’échec de la coalition et d’aller au-devant des électeurs, après qu’il eut pris la décision de dissoudre le parlement ? La constitution lui confère ce pouvoir pour sauver les ententes gouvernementales de l’échec et du manque de cohésion. Aujourd’hui, Chabat accuse le gouvernement d’avoir fait incarcérer le socialiste Alioua, mû par un instinct de vengeance contre l’USFP, au moment même où ce même gouvernement tente de couvrir les agissements d’un de ses ministres impliqué dans le scandale du CIH… Est-ce cela, une épique soudée et homogène ? Est-ce donc cela l’allié dont vous faites votre commensal autour de la table gouvernementale ? Les propos de Chabat son extrêmement graves, et il appartient au gouvernement et au ministère de la Justice d’ouvrir une enquête pour vérifier les accusations du Secrétaire général de l’Istiqlal et d’en démêler l’écheveau.

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