Pour une rationalisation scientifique et culturelle de la piété

Pour une rationalisation scientifique et culturelle de la piété
0 commentaires, 12/11/2012, Par , Dans Chroniques, Couverture

La religion et la piété représentent une réalité incontournable et inévitable, qu’on le veuille ou pas. Il a été ainsi prouvé à travers l’histoire, et surtout à l’époque contemporaine, que les peuples musulmans sont les plus attachés à la religion et sont également ceux qui sont les plus pieux… en plus du fait que la culture religieuse islamique est la mieux placée en matière d’enracinement dans les sociétés où elle prévaut, la plus vivante, la plus apte à évoluer et à renaître chaque fois sous une forme plus avancée. Mais malgré cela, la piété et la culture musulmanes ont besoin d’être en permanence corrigées pour remédier à tous les dysfonctionnements, anomalies et dérapages qui peuvent survenir… un besoin de « rationalisation et de renouveau ».

J’ai placé les deux mots « rationalisation et renouveau » entre des guillemets, en référence au Centre créé par le cheikh érudit Abdallah Bin Bayyah à Londres ; le nom complet de l’institution est le « Centre Mondial pour le Renouveau et l’Orientation », qui se définit comme suit :

– Le Centre contribue à l’élaboration d’une pensée de conciliation et de participation, inspirée des textes sacrés et révélés, des objectifs sociaux, des valeurs de l’islam et du patrimoine de la nation, et rédigée dans un style contemporain rationnel et interagissant avec les problématiques soulevées par la mondialisation et les défis de la modernité ;

– Le Centre œuvre dans le cadre de la modération, agit comme médiateur et se fonde sur la sagesse dans la réflexion… il est concerné par toutes les questions qui intéressent les musulmans où qu’ils soient, aidant l’humanité en lui apportant nos solutions techniques… Nous aspirons à réformer les idées et les conceptions et, par là-même, les pratiques fondées sur ces idées…

– Le Centre s’appliquera à accorder la priorité et la prééminence aux valeurs de tolérance, de justice, de consultation et de communication figurant dans la charia, et œuvrera également, et activement, à jeter des passerelles entre le temps présent et la charia à travers ses textes, ses objectifs, ses origines et ses règles ; cela s’effectuera sur les bases rationnelles et dans le respect de l’intérêt de tous, traitant des problématiques issues et résultant de la mondialisation comme la violence et le terrorisme, la question de la femme et sa place dans la société, la démocratie et la concertation (Choura), les droits de l’Homme…

Si donc ce Centre mérite toutes les louanges et la reconnaissance – surtout que son rayonnement et son activité sont parvenues jusqu’au Maroc, passant par nombre de nations occidentales et arabes –, il n’en demeure pas moins que mon propos ici est d’aboutir à l’idée que l’orientation rationnelle de la culture et de la pratique religieuses sont de la responsabilité de tous, de toutes les personnes physiques et/ou morales concernées par les évolutions de la société, ses caractéristiques, ses problèmes et leurs solutions. On trouve au premier rang de ces personnes les institutions religieuses officielles, comme le ministère des Affaires islamiques et ses délégations et représentants, les Conseils régionaux des Oulémas et leur organe central, l’Alliance mohammedia des Oulémas et ses centres de recherche, Dar al-Hadith al-Hassania…

Toutes ces institutions et tous ces organes, dans leur diversité, à travers les nombreux effectifs qui y travaillent et avec leurs moyens matériels colossaux, remplissent à n’en point douter un role plus qu’important dans leurs créneaux traditionnels, sensibilisation, prédication, orientation, enseignement et diffusion du patrimoine culturel…Mais leur contribution en matière de « Rationalisation n et e Renouveau », ainsi que dans l’accompagnement des évolutions et des nouveaux besoins, reste quasi inexistante, quand elle ne va pas à contresens.

Notre société, religieuse et pieuse, requiert une culture islamique originelle et enracinée, modérée et équilibrée, renouvelée et ouverte, réaliste et sincère… Elle nécessite également une culture autre que celle conçue, produite et véhiculée par les institutions officielles… Elle a besoin d’une culture qui dépasserait les propos figés et les discours en langue de bois, une culture émancipée d’une modélisation officielle et d’une instrumentalisation politique, libérée des fameuses lignes rouges avec tout ce que celles-ci demandent en controle et surveillance tant internes qu’extérieurs, qui rigidifient les esprits et statufient les pensées…

Lorsque les gens sont aliénés par ces discours et placés sous le joug du discours officiel et des institutions qui le servent, ils demeurent dans leurs insuffisances et leurs dysfonctionnements réflexifs ; et ainsi, ils manquent l’occasion de pouvoir orienter leur religion et reconsidérer leur culture religieuse, ou s’en vont chercher « ailleurs » les réponses à leurs questions et les solutions à leurs interrogations, à l’intérieur du pays ou à l’extérieur, avec tout ce que cela a de bon, mais aussi de mauvais. Disons aussi que cet « ailleurs » n’a plus vraiment besoin qu’on aille le chercher car il est apte aujourd’hui à nous parvenir avec une déconcertante facilité, à travers la télévision de votre foyer, l’ordinateur de votre bureau, le téléphone dans votre poche ou encore la radio de votre voiture ; ce faisant, cet « ailleurs » et la culture qu’il véhicule, de même que les idées qu’il diffuse, réussissent à réunir une clientèle et à grossir les rangs de ses partisans… Et à ce moment-là, suite à cela, nos institutions officielles s’activent – ou sont activées – et compliquent les choses avec plus de modélisation encore et une coloration politique accrue des questions religieuses et culturelles ; ces institutions courent ainsi pour contrecarrer les idées incertaines et confuses ou leurs spectres, comme le radicalisme, le wahhabisme, le désordre religieux et la fitna, quand ce n’est pas la remise en cause des rites malékites et achaârites… Et en dernier recours, elles renouvellent leur attachement aux fondamentaux nationaux, à l’ouverture inconditionnelle, à la médiation douteuse, à l’islam marocain marqué par la tolérance et au controle strict des fatwas et de leurs auteurs, qui ne peuvent être que des officiels ou des gens nommés à cet effet.

Nos organes religieux s’activent à enseigner aux populations « les interdits lors du jeûne, les recommandations pour le pèlerinage »… ce qui est à coup sûr une excellente chose mais, ce faisant, elles prennent de mauvaises habitudes, dont principalement « l’auto-interdiction de s’occuper des principes et éléments de discussion sur les affaires de la religion ». Quelles sont ces affaires et ces points que nos institutions officielles s’évitent et s’interdisent de considérer ou d’étudier ? La politique religieuse, le référentiel de la charia, les principes islamiques de l’Etat marocain, les conventions et protocoles religieux, la promotion de la vertu et la prévention du vice, le « riba » (intérêt financier) et les banques, l’instauration par l’Etat de la zakat (impot religieux), la justice, la corruption, les questions liées au jihad, les affaires d’ « excommunication », le phénomène de l’athéisme, les consommations d’alcools, la gestion de l’argent public, la corruption des arts et/ou les arts corrompus…

Nous ne pouvons considérer une quelconque contribution à la « rationalisation et au renouveau » des institutions officielles en dehors de l’autorisation qui leur serait donnée, et des missions qui leur seraient confiées dans ce sens, pour s’atteler à la réflexion autour des grandes problématiques qui occupent et préoccupent les populations, pour s’enquérir de la position de la charia sur ces questions, afin de pouvoir y remédier en toute clarté et transparence scientifiques, dans un esprit jurisprudentiel libre et indépendant… sans lignes rouges et encore moins de crainte de perdre son emploi par les personnes en charge de ces organismes officiels.

Mots Clefs:
Maroc

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