« Parlement + 18 »

« Parlement + 18 »
0 commentaires, 11/12/2012, Par , Dans Chroniques

La démocratie est un attelage qui avance sur deux trains de roues, celui du gouvernement et celui du parlement… Le premier gouverne et le second controle ; le premier décide, le second met en garde ; le premier dépense, le second controle les dépenses. Le gouvernement a besoin de l’opposition car celle-ci lui permet de ne pas céder à l’ivresse du pouvoir et l’opposition, de son coté, a besoin du gouvernement afin de présenter les alternatives à l’opinion publique, qui sera ainsi bien au fait des choses pour les élections d’après.

Dans les grandes et vieilles démocraties, le gouvernement respecte l’action de l’opposition et son droit à la critique et au controle pur et dur ; en face, l’opposition agit dans une élégance dans l’accomplissement de sa mission, se retient d’insulter et veille à rester dans les limites de la courtoisie et de la bienséance dans son dialogue avec le gouvernement. Au Royaume-Uni, le modèle de la pratique parlementaire, l’opposition n’accuse pas le gouvernement de mensonges, même si cela est le cas, préférant la formule indirecte : « Le gouvernement ne dit pas la vérité ».

Un tel comportement, au Maroc, relèverait de la science-fiction, au parlement et à la si tenace Chambre des Conseillers. Si Hassan II était encore de ce monde, il ne se serait plus contenté de sa célèbre comparaison du parlement au cirque, mais il aurait été encore plus loin en parlant de souk populaire ou de joutes de hammams traditionnels, dans ses habituelles joutes passionnées, et viriles…

Et voilà qu’un Honorable Conseiller du PAM, répondant au nom d’Abdelkrim Bounmer, a lancé cette apostrophe, lors de la venue mensuelle de Benkirane à la Deuxième Chambre pour la séance des questions-réponses adressées au chef du gouvernement : « Vous êtes un « homme malade », et vous avez besoin de vous faire soigner, tfou ! », et sur ces bonnes paroles, le Conseiller a quitté la salle, suivi de son équipe. Je pense que cet Honorable Conseiller a écrit les premières pages du Livre Noir du parlement marocain… un Livre qui contiendra et gardera pour les générations futures le vocabulaire des insultes, des différentes formes de diffamation, des sous-entendus, des joutes verbales, de la présence d’élus dans des états d’ébriété, sans satiété, de l’absentéisme, des lettres jetées aux pieds du roi à son passage pour obtenir plus facilement des crédits bancaires pour les progénitures !… Et ne parlons pas de cette course aux gâteaux et pâtisseries à l’ouverture de chaque législature, de l’ « entreposage » des chocolats et sucreries dans les tarbouches rouges, un comportement que mêmes les enfants d’aujourd’hui auraient honte d’adopter.

Alors, à la lumière de ce qui précède, une recommandation à Laâraïchi, le patron des télés publiques qui retransmettent tout cela en direct, ou en différé, mais en prime time, à l’heure où les enfants sont là, avec leurs parents, regardant ou écoutant la télévision : Cessez, je vous prie, de diffuser ces scènes, ou programmez-les aux heures avancées de la nuit, quand les enfants sont dans leurs lits ou, au moins, veillez à mettre le fameux « interdit aux moins de 18 ans » sur tous les programmes parlementaires.

Comment voulez-vous donc que l’opinion publique puisse respecter un parlement tel que celui-là, des partis qui accueillent n’importe qui, ou n’importe quoi, une démocratie qui donne lieu à des échanges aussi vils et puérils, sachant que tout cela est payé par l’argent du contribuable ?

Benkirane, à son tour, endosse une grande responsabilité d’une telle baisse de niveau … En effet, ses colères non maîtrisées, sa propension à la polémique, son penchant pour la lutte et les phrases bien senties… sont autant de facteurs qui ont délié les langues de ses adversaires et les ont inexorablement emmenés vers les remugles nauséabonds des marécages fétides. Et ce n’est qu’un début… Que veut dire de parler de « tqazdira » (gouaille en darija) ou de dire « qui se sent morveux se mouche », là aussi en langage populaire… en pleine enceinte du parlement ?

Et puis, M. le chef du gouvernement, vous n’êtes plus dans l’opposition, mais au gouvernement, plus même, à la tête du gouvernement, une fonction, une dignité qui vous impose et vous dicte la retenue et le langage soigné. Il est vrai que, par moments, il parvient à vos oreilles des phrases douteuses, sans logique ni éthique et encore moins d’esthétique, comme ces gens qui viennent vous accuser d’être un dictateur, alors que tout le monde sait pourtant que vous ne pouvez l’être, même si vous l’aviez voulu, vous qui avez dit un jour, votre parole devançant certainement là encore votre pensée, que vous n’étiez qu’un « simple chef du gouvernement »… Mais malgré cela, votre fonction mérite respect, au même titre que la politique mérite considération. Prenons garde, prenez garde, une vague de populisme arrive et frappera urbi et orbi, nous faisant légitimement craindre que ce populisme ne devienne la langue officielle du pays.

Mots Clefs:
Maroc

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