Nouvelle politique migratoire : Le Maroc engagé dans une course contre la montre

Nouvelle politique migratoire : Le Maroc engagé dans une course contre la montre

Six mois après avoir promis une « nouvelle politique migratoire », le Maroc est engagé dans une course contre la montre pour la mettre en oeuvre, alors que des associations s’alarment d’un afflux de clandestins à Rabat et évoquent une « crise humanitaire ».

Selon le royaume, 30.000 clandestins se trouvent actuellement au Maroc, dans l’attente d’un hypothétique passage vers l’Espagne, en particulier via les enclaves de Ceuta et Melilla, seules frontières terrestres avec l’Europe.

Face à cette situation, Rabat a annoncé en septembre un programme de « régularisation exceptionnelle » et de « mise à niveau » de son cadre juridique et institutionnel.

Trois avant-projets sur le droit d’asile, la traite d’êtres humains et l’immigration sont ainsi en cours d’élaboration et doivent être présentés –à une date encore indéterminée– au Parlement, dont la session de printemps s’ouvre à la mi-avril.

« Le Maroc devient un pays d’installation, il a toujours été un pays de transit. C’est nouveau », a expliqué sur RFI le ministre de tutelle Anis Birou, décrivant « une réponse foncièrement basée sur les droits de l’Homme ».

Symbole du changement de cap engagé, Human Rights Watch (HRW) a récemment signalé la fin des refoulements vers l’Algérie, d’où se font l’essentiel des entrées selon Rabat.

En contrepartie, dix organisations humanitaires ont toutefois alerté le 25 mars sur « l’arrivée quotidienne » à Rabat « de dizaines puis de centaines de migrants déposés par des bus réquisitionnés par les forces de l’ordre ».

Débordée, l’une d’elle, Caritas, a même dû fermer son centre. « Nous espérons que les conditions seront bientôt réunies pour rouvrir », a déclaré à l’AFP son président, Vincent Sibout.

« Parmi les personnes transférées, il y a un certain nombre de blessés assez graves: la semaine dernière, un migrant est arrivé avec le côté ouvert et il avait ses viscères qui commençaient à sortir », a-t-il expliqué, tout en relevant que son organisation était davantage spécialisée dans « l’accompagnement » que dans l’aide médicale.

« Le personnel était désemparé », a insisté M. Sibout.

-‘Maltraités et menottés’-

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Dans la nuit de vendredi à samedi, à la suite d’un énième assaut à Melilla, des centaines de migrants sont à nouveau arrivés à la gare routière de Rabat.

Invérifiables, leurs témoignages sont néanmoins détaillés. Nombre d’entre eux affirment avoir été renvoyés au Maroc après être parvenus à atteindre l’enclave espagnole.

« On a été maltraités et menottés de la barrière jusqu’à la gendarmerie (marocaine). Ensuite, pendant 24 heures, on n’a rien mangé. Là, on nous laisse sans rien. Il pleut sur nous, on n’a pas d’endroit où dormir », a clamé un trentenaire originaire de Centrafrique, écharpe de football autour du cou.

Capuche mauve sur la tête, un autre a raconté l’assaut depuis la forêt de Gourougou, sur les hauteurs de Melilla. Brandissant de la grosse ficelle, il a lui aussi assuré à l’AFP avoir été « menotté » par la Garde civile.

« Ce que nous disons aux Européens, c’est qu’ils font les lois mais les bafouent eux-mêmes! », s’est-il insurgé.

« Je ne connais personne. On m’a montré Caritas mais maintenant c’est fermé. J’ai eu la main cassée et je ne peux rien faire, ni travailler, ni retourner » au nord, résume encore Abderrahmane, un jeune Guinéen rencontré à Takaddoum, un des quartiers de Rabat les plus fréquentés par les migrants.

Sollicitées, les autorités marocaines n’ont pu être jointes.

La campagne de régularisation doit justement permettre aux migrants de rechercher légalement du travail et un logement. Mais si 13.000 dossiers ont été déposés, « seuls 300 ont été validés » à ce jour, a expliqué le président du Conseil des migrants subsahariens, Constantin Ebanda.

Selon lui, les ONG sont insuffisamment associées aux projets du gouvernement. Il y a bien eu quelques avancées, comme une « circulaire sur l’intégration des enfants dans les écoles (…) mais beaucoup reste à faire, sur la santé, la justice… », a-t-il ajouté.

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À propos Ahmed Belaarej

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