Nous sommes tombés dans le puits… et nous ne pouvons remonter…

Nous sommes tombés dans le puits… et nous ne pouvons remonter…
0 commentaires, 03/12/2012, Par , Dans Chroniques

Voici quelques jours, j’ai entendu dire qu’un Marocain résident en Hollande avait passé sa soirée dans un club de Tanger, et qu’il avait dépensé un peu plus que 100 millions de centimes en « cadeau » pour une danseuse dont le déhanchement sensuel fait oublier le jeu de jambes de Messie.

Et la semaine dernière, le quotidien espagnol el Païs a rapporté l’histoire d’un homme de cinquante-neuf ans qui s’était suicidé parce que le tribunal lui avait ordonné d’évacuer le logement qu’il ne pouvait plus payer, en raison de la crise économique et financière et sociale et…

Et voilà qu’il y a quelques semaines, Tanger a vu s’échouer sur ses cotes les corps de plusieurs naufragés qui avaient essayé de migrer vers l’Espagne, mais sans jamais l’atteindre, et leur noyade avait coïncidé avec le trépas de cette dame espagnole qui, à son tour, avait mis fin à ses jours pour avoir perdu son emploi et s’être retrouvée au chomage.

Récapitulons, et essayons de comprendre… il s’agit d’une équation difficile. Comment donc un pays où un homme, un seul, peut dépenser 100 millions en une seule soirée dans un club peut être ce même pays dont les citoyens fuient pour aller dans un autre pays où les gens se suicident pour ne pas avoir de travail ou pour ne pas pouvoir payer leurs logements ?… Et comment la cote sur laquelle se trouve le club soit à peu près la même que celle contre laquelle sont venus s’écraser les corps des pauvres immigrés clandestins ?…

On pourrait amener tous les mathématiciens du monde et ressusciter à l’occasion les défunts, que tout ce monde ne saurait résoudre cette équation marocaine bien complexe, et même si on leur adjoignaient quelques sorciers et deux ou trois alchimistes qu’ils ne parviendraient pas non plus à résoudre cette étrange énigme… car le Maroc est ainsi fait que quiconque essaie de le comprendre peut immédiatement sombrer dans la folie la plus obscure.

Rappelez-vous, il y a quelques années, les Marocains avaient entendu dire que la grande « diva » Haïfa Wahbi était en visite sur nos terres, et qu’elle avait animé de sa présence la soirée d’inauguration d’une radio privée, organisée sur un bateau de luxe ; la chanteuse avait reçu pour sa prestation la respectable somme de 130 millions de centimes, pour 20 minutes de « coups de hanches alanguis et de coups d’yeux appuyés »… Or, il se trouve que sous ce même bateau, sur lequel se trémoussait Haïfa, des enfants âgés de dix ans s’accrochaient pour tenter de passer clandestinement en Europe. Et pendant que la fête battait son plein, le ministre de la Communication de l’époque, Nabil Benabdallah, et son épouse, le wali de la région, Mohamed Hassad, et son épouse, étaient là mais ne devaient pas entendre, pris par le son de la musique et des pas de danse de la danseuse, les bruits des petits pas des petits enfants qui couraient pour se réfugier dans une coursive ou une gaine obscure, dans les entrailles du bateau…

La semaine dernière encore, nous avons appris que de nouveaux noms marocains avaient intégré la liste Forbes des riches entre les riches, mais des riches, cependant, qui se sont enrichis en vendant aux gens des cages à poules au prix de l’or… Résultat ? Tout le monde le connaît : le Maroc est encore noyé jusqu’aux oreilles dans la honte que sont ses bidonvilles. Et là encore, on pourrait quérir les plus grands et éminents spécialistes en maths, en magie, ou en ce que vous voulez, qu’ils ne sauront comment expliquer qu’il y ait des multimilliardaires qui ont accumulé leurs fortunes dans l’immobilier mais que cela n’empêche pas le Maroc de rester englué dans ses problèmes d’habitat et de foncier.

Au Maroc, encore, et selon les chiffres de la Banque mondiale et d’organismes indépendants, sept millions de personnes vivent en-dessous du seuil de pauvreté, mais en parallèle, les statistiques officielles du pays indiquent que les fuites des capitaux ont atteint des niveaux record. Y aurait-il un homme de bien pour nous expliquer comment un pays où sept millions de personnes vivent dans la misère puisse être le même qui soit classé dans les meilleurs rangs en matière d’exportation de devises et même de fortunes ?…

A la fin de l’été dernier, le Maroc était sous le choc de l’accident du Tichka, dans lequel une cinquantaine de personnes avaient trouvé la mort en raison de l’état de la chaussée, et les Marocains avaient été stupéfaits d’apprendre alors qu’un projet de tunnel existait depuis plusieurs décennies, mais qu’il prenait la poussière dans les tiroirs. Puis les gens ont été encore plus estomaqués quand ils ont vu leur ministre de l’Equipement écarter d’un geste de la main l’éventualité de la construction de ce tunnel pour cause de coût exorbitant, et que dans le même temps ils ont appris le volume insensé des capitaux dépensés par l’Etat dans ce qu’on appelle les « caisses noires », et dont une meilleure utilisation aurait pu faire du Maroc un pays respectable et respecté en quelques années seulement.

Devons-nous vraiment continuer d’égrener ces séries de contradictions incroyables que connaît ce merveilleux pays ? On le voudrait que ce ne serait pas possible, nous n’en n’aurions pas l’espace suffisant ici ; il nous faudrait pour les raconter toutes une série télévisée plus longue encore que celle du « harem du Sultan ». Voilà pourquoi nous nous en remettons encore une fois à la sagesse de ce grand homme que fut Sidi Abderrahmane el Majdoub, qui avait compris ce que nous allions devenir avant même qu’on ne le devienne et qui avait écrit la chose suivante :

Maudit soit celui qui tombe dans un puits et qui se trouve incapable de remonter

Il a voulu voler mais n’a pas trouvé d’ailes, il a voulu pleurer mais les larmes lui ont fait défaut.

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Maroc

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