Notre manière de conduire… une autre marque de notre sous-développement

Notre manière de conduire… une autre marque de notre sous-développement
0 commentaires, 01/09/2012, Par , Dans Chroniques, Couverture

Les vacances d’été sont finies, et avec elles celles de l’aïd el fitr. Nous nous apprêtons à la rentrée scolaire, universitaire, politique, à toutes les rentrées… et les avenues, rues et boulevards de notre royaume heureux vont donc renouer avec leur anarchie habituelle.

La circulation en notre pays, en effet, est devenue un véritable problème, les grandes villes connaissant un encombrement effrayant et un chaos indescriptible, un désordre innommable, une pagaille affligeante. Observons quelques peu nos boulevards, observons comment nous conduisons nos voitures, nos bus, nos camions et nos deux-roues. Observons aussi notre comportement de piétons, et observons par la même occasion ces charrettes (carrou en langue locale) et ces triporteurs d’un genre nouveau qui meublent l’asphalte… Observons et méditions sur tout cela un peu, dans le calme je vous prie, et nous comprendrons alors à quel point nous sommes… sous-développés.

Notre relation à la circulation établit effectivement d’une manière assez précise l’étendue d’une civilisation et son caractère évolué ou sous-développé. Et personne ne veut, ou ne peut, reconnaître puis assumer sa responsabilité. Voici quelques jours, je m’entretenais avec un groupe d’amis sur une question qui m’interpelle et me turlupine : le stationnement en double position, parfois même en troisième rang (l’expression triple position n’a pas encore été inventée en français…), un comportement qu’un nombre croissant de nos compatriotes considèrent comme un droit. Lorsqu’il est difficile de trouver une place pour se garer, le conducteur ne se met pas martel en tête : il abandonne son véhicule là où il peut et s’en va vaquer à ces occupations, et parfois même s’attabler à un café (j’ai personnellement subi cela plus d’une fois). Et cette pratique est devenue tellement commune et courante que la plupart des automobilistes ne se donnent même plus la peine de chercher une place pour stationner leurs véhicules. Ils les garent devant l’endroit où ils veulent aller, en deuxième position, et puis s’en vont. Perturber la circulation ne les perturbe pas le moins du monde, pas plus que ne les dérange le fait de bloquer une voiture sagement et réglementairement stationnée par une autre qui enfreint le Code de la route. Parfois, les choses tournent à la caricature, voire au guignol, lorsque l’on voit un véhicule garé en double position, alors qu’à coté, juste à coté, les places pour bien stationner sont disponibles (serait-ce pour économiser les deux dirhams à donner au gardien ?!). Et un jour, alors que j’évoquais ce problème irritant, voilà qu’un jeune homme bien mis de sa personne, l’air intelligent, me répond : « Moi aussi, je fais ça… même quand une place est libre, je laisse ma voiture en deuxième position car il se trouvera toujours quelqu’un qui viendra me bloquer si je la stationne bien, et alors je serais entièrement à sa merci ».

 

Cette façon de voir les choses et d’appréhender le monde à l’envers n’est malheureusement pas isolée ni exceptionnelle, elle revient en permanence et est le fait d’un nombre croissant de gens. Et c’est la multiplicité de ces cas qui crée l’anarchie sur nos avenues. Et là, une expression souvent répétée par un ami me revient en mémoire : « Quand chacun applique ses règles, le monde se dérègle (en français dans le texte) ». Nous ne pouvons pas, comme cela, nous inventer nos propres règles pour compenser le non-respect des lois par les autres. Observer la réglementation et le droit communément acceptés reste la seule solution ; il ne s’agit pas de créer d’autres lois par nous, pour nous. Nous sommes là face à la responsabilité de ceux qui ont un comportement égoïste et irresponsable, nombriliste et non civilisé, qui est le fait de bon nombre d’usagers des routes au Maroc, automobilistes, motocyclistes ou piétons soient-ils (notons toutes ces motos qui roulent à gauche, ou en plein milieu de la chaussée, de ceux qui changent de direction sans n’en informer quiconque, qui ne respectent ni feux, ni limitation de vitesse ni rien…).

Mais il ne faut pas non plus occulter la responsabilité de l’Etat dans cette situation ; et à ce titre, deux remarques s’imposent :

D’abord, interrogeons-nous sur la raison qui fait que nos édiles considèrent que la construction de parkings est un luxe, une chose superflue dont les gens n’ont nul besoin… la rapide augmentation du parc automobile dans les grandes villes a créé ce besoin croissant des automobilistes de disposer de parkings en nombre suffisant pour garer leurs véhicules. Comment pouvons-nous aujourd’hui demander à quelqu’un de respecter la loi sans mettre à sa disposition la logistique nécessaire à cela ? Cela ne réduit en rien la responsabilité des conducteurs, mais fait que cette responsabilité est partagée avec les pouvoirs publics. Ne pas s’occuper, pour ne pas s’en être préoccupé, de construire des garages et parkings ne pourra qu’aggraver la densité des voitures sur la chaussée, et contribuera à accentuer encore plus le chaos sur nos avenues, à moins que l’on n’envisage un jour de légiférer sur le nombre de véhicules tolérés par ménage…

Ensuite, seconde remarque, comment avons-nous pu imaginer, ne fût-ce qu’un seul instant, qu’en promulguant un Code de la route d’une extrême sévérité, nous avons solutionné cette situation d’anarchie qui règne sur nos routes ? Aucune loi au monde, même la meilleure, ne saurait rien régler si elle n’est appliquée avec toute la rigueur requise. En effet, les gens ont le sentiment que ce Code n’est pas véritablement appliqué, du moins tel qu’il le devrait, hormis peut-être le controle de la vitesse (et même cela s’effectue de loin en loin, tant il existe encore des gens qui viennent se vanter d’avoir fait exploser des records de vitesse…). Cela relève de la responsabilité des services compétents, police et gendarmerie… Las, le pot-de-vin, la complaisance, la négligence et parfois la magnanimité (« s’il te plaît, chef, fais comme si t’avais rien vu ») donnent aux populations le sentiment d’impunité qui permet aux usagers, conducteurs et piétons, de penser qu’il n’existe en fait aucune contrainte à s’en tenir aux dispositions de ce Code.

J’ai toujours pensé, et je pense encore, que la dissuasion, puis l’application des sanctions, restent les meilleures solutions pour améliorer notre conception de la conduite sur les routes. Et tant que la loi n’est pas appliquée avec rigueur et fermeté, nous serons toujours tentés de nous accommoder à la facilité et de nous comporter de la façon égoïste qui nous sied et nous repose.

Attendre encore pour appliquer la loi (responsabilité des pouvoirs publics), pour aménager les équipements nécessaires (role des gouvernements et des conseils locaux), pour changer nos comportements (devoir de l’ensemble des usagers), autant d’attitudes qui ne feront qu’accentuer notre sous-développement sur les routes et l’aggraver encore et encore.

Et la situation devient urgente, car dangereuse, et inversement.

Mots Clefs:
Maroc

À propos IBERGAG

Auteurs Anonyme contribuant a l'actualité sur le site communautaire http://ibergag.com

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *