Musulmans et fiers de l’être

Musulmans et fiers de l’être
0 commentaires, 21/09/2012, Par , Dans Chroniques, Couverture

Le film est médiocre, insignifiant, hors contexte… un brûlot, une source de troubles, une braise incandescente qui bafoue les valeurs de notre siècle et s’en prend aux croyances et convictions des autres, en falsifiant l’histoire et en commettant ce crime de l’affrontement civilisationnel avec préméditation.

Ce film est une opération montée de toutes pièces, soigneusement planifiée tant dans son timing que dans sa manifestation subite… et, malheureusement, le forfait de ces fripouilles a réussi au-delà de leurs espérances, après l’éclatement de cette vague de fureur qui a dépassé les limites du raisonnable.

C’est à la vitesse de l’éclair que nous avons basculé d’un crime qui a pris la forme du film « l’innocence des musulmans » calomniant le Prophète Mohammed, à un autre qui a pour titre l’assassinat de l’ambassadeur américain en Libye et certains de ses collaborateurs. Et là, les choses se sont entremêlées, mélangées, ramenant sur le devant de la scène tous les débats convenus, les préjugés habituels et les généralisations entendues.

Pour remettre les choses à l’endroit et clarifier les choses, il n’est pas possible que les révolutions arabes dérogent aux règles qui se sont appliquées à d’autres révolutions, avant elles, de sorte qu’elles prennent leurs sources d’un chaos ambiant pour s’acheminer plus tard et progressivement vers l’instauration de systèmes politiques aux antipodes des anciens régimes déchus ; de même que le temps qui sépare la révolution de l’édification d’un nouvel Etat, d’un Etat nouveau, est généralement fragilisé, obscurci, et sème la confusion en dépassant même parfois les objectifs de ladite révolution. Ainsi, toute brise, aussi légère soit-elle, qui soufflerait sur ces pays ébranle les idéaux, affaiblit les fondements et parfois même les fissure, les crevasse voire les casse. Et c’est exactement ce qui s’est produit en Libye, puis en Egypte et en Tunisie après la diffusion de ce film provocateur sur le Prophète. Mais ce qui est étrange est que quelques personnes sortent encore une fois et se répandent sur cette immense forfaiture, foulant les dépouilles des victimes et triturant les plaies béantes de tous ces peuples révolutionnaires, semant les généralisations ici et là et montrant, ce faisant, que les musulmans ne sont que des barbares et que les révolutions qui ont propulsé les islamistes au pouvoir dans leurs pays ne sont que populistes, rétrogrades, sanguinaires, illuminées, conduites par des cohortes de barbus qui abaisseront les rideaux de l’obscurantisme sur des sociétés ouvertes et pronant l’ouverture.

Ces gens-là résument leur attitude en accusant l’Amérique d’avoir planifié tous ces choses appelées abusivement – à leur avis – printemps arabe, et que le signal du départ de tout cela a été donné par le président Obama lors de son fameux discours du Caire à l’adresse du monde musulman, et que les croyants arabes, perses et turcs sont sur le même pied d’égalité et qu’ils représentent la face d’une même pièce, qu’ils se sont rendus complices des Etats-Unis, après leur avoir apporté toutes les garanties de préservation de leurs intérêts, pour prendre le pouvoir chez eux et préparer l’instauration du Grand Califat !

Permettez-moi, Messieurs qui défendez ce point de vue, de vous dire que tout cela relève d’un film de science-fiction, certes moins préjudiciable que « l’innocence des musulmans », mais tout de même médiocre car il part, tout simplement, de ce qu’ils espèrent exister mais qui n’existe point.

Le printemps arabe a prospéré sur les champs fleuris des peuples arabes, de la braise qui anime une nouvelle génération de jeunes, de cette génération internet qui a su mettre le doigt sur cette goutte qui a fait déborder la coupe, qui ont fait chuter des dictateurs qui apparaissaient forts comme l’Himalaya et qui disposaient de services de sécurité, de polices et de forces armées qui faisaient trembler ciel et terre. Oui, les peuples ont fait tomber les titans, et ont réalisé un acte historique dont le prix se mesure en victimes, en sang versé, en larmes répandues par les peuples, après l’effondrement de tyrans à l’image de Khaddafi, Ben Ali ou Moubarak. Quant au facteur externe, il a bien eu un role, mais un role d’assistant seulement. Et ce facteur n’était pas représenté par la seule Amérique, mais aussi l’Europe, Qatar, l’Arabie Saoudite et bien d’autres encore… Le principal est que le fait de privilégier le facteur externe sur les causes internes revient à une offense de ces peuples révolutionnaires et une insulte à la mémoire de leurs victimes, et que dire cela est une sorte de nostalgie des dictatures dans le cadre de l’idée qui veut qu’un mal soit pire que l’autre, que celui qu’il a remplacé.

En perdant son ambassadeur en Libye, l’Amérique n’aura pas payé le prix de son soutien à al-Qaïda dans son affrontement avec les forces de Khaddafi mais en revanche, ce qui s’est produit est tout simplement un vestige de Khaddafi lui-même dont les excentricités légendaires n’ont fait que produire une partie de ce à quoi on assiste aujourd’hui, dont ces groupes salafistes de tendance jihadistes qui entretenaient déjà des relations avec la Jamaâ combattante libyenne, avant même que n’arrive al-Qaïda au Maghreb islamique.

Le peuple libyen a voté au centre, mais le gouvernement issu de ces élections s’est révélé impuissant à controler le champ sécuritaire et les armes détenues par tous les courants, au point que certains groups lilliputiens possèdent des missiles en nombre. Cette réalité libyenne qui provient de l’absence d’un Etat libyen depuis 40 ans ne peut en aucun cas être comparée avec ce qui se passe en Tunisie, pays que Bourguiba avait doté d’institutions depuis plus d’un demi-siècle. De même qu’il serait faux de comparer Ennahda au pouvoir en Tunisie avec les salafistes d’Abou Iyad, pas plus qu’il ne serait juste de dresser un rapprochement entre les Salafistes d’Egypte et les Frères musulmans des bords du Nil, ni de ces derniers avec les islamistes du PJD marocain, ni de celui-ci avec al Adl wal Ihsane, et ainsi de suite…

La répression a accouché de victimes, avec à leur tête l’islam politique ; et si on ajoute à cela que cet islam n’a jamais été aux affaires, alors nous pourrions expliquer par cela le fait que les islamistes soient aujourd’hui au pouvoir dans leurs pays respectifs. Ajouté à cela, les jeunes révolutionnaires n’étaient pas structurés, ni encadrés, par des partis… Tous ces éléments font que nous vivons actuellement une période transitoire, et donc une période qui représente une occasion en or pour les libéraux, les modernistes et la gauche arabe de mieux prendre le pouls de leurs sociétés et d’œuvrer en profondeur dans le cadre de l’indépendance partisane de la rue, quittant leur postures de lamentations sur la perte des libertés et du « bon temps », sachant que tout appartient à tous et que le dernier mot revient de toutes les façons et toujours au peuple. Alors, si demain, le peuple ne vote pas pour les libéraux, les libéraux devront s’en prendre à eux-mêmes, eux qui auront, ou auraient, rédigé un programme avec un point unique qui est la lamentation sur leurs sorts, un seul mot d’ordre qui est l’épouvantail islamiste et une seule action qui consiste à hurler à la mort des libertés individuelles et à dénoncer les gouvernements islamistes à chaque acte de violence certes condamnable, et à chaque manifestation répugnante, bien que cela soit le fait de groupes islamistes radicaux obsédés par la mort et le meurtre.

Ce avec quoi nous terrorisions les gens s’est finalement produit, et les gouvernements islamistes sont là. Mais les prémonitions ne se sont pas réalisées et donc, les révolutions qui se sont déroulées étaient salvatrices, de même que dans les pays qui n’ont pas eu besoin de tels soulèvements – comme au Maroc, en Jordanie et même dans certains pays du Golfe – mais où ce qui s’est passé a profité incontestablement aux peuples, et si ce n’est encore que sur le plan moral, les bienfaits matériels finiront pas bien arriver un jour.

Les évènements survenus en Libye, après le film « l’innocence des musulmans », sont condamnables, mais il faut ramener les choses à leur juste mesure… Ainsi, sur le milliard et demi de musulmans, il n’y a pas que des fous de la religion, des radicaux, des sous-développés ou encore des ignorants ; il existe aussi des millions de savants, d’érudits, de modernistes, des nationalistes, des révolutionnaires, des opposants, des défenseurs de l’idée que nos pays occupent enfin leur place dans le concert des nations. Et malgré ces provocations et ces évènements condamnables, ce qui s’est produit comme révolutions en terres arabes est définitivement gravé dans l’histoire de nos peuples et ne pourra en être effacé en raison de l’existence d’une poignée d’imbéciles extrémistes.

Et quoiqu’il en soit, nous sommes musulmans et fiers de l’être.

Noureddine Miftah

Mots Clefs:
Maroc

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