Mezouargate…

Mezouargate…
0 commentaires, 16/06/2012, Par , Dans Chroniques, Couverture

L’ancien ministre des Finances et actuel président du RNI, Salaheddine Mezouar, s’est placé dans la plus inconfortable des situations dans lesquelles peut se trouver un homme politique, surtout s’il est dans l’opposition.

Son acceptation – ou même sa demande – d’une prime mensuelle de 80.000 DH versée par son ministère et accordée par un directeur qui est supposé être son collaborateur est une chose parfaitement condamnable juridiquement, politiquement et même moralement. Si l’homme était dans un pays démocratique, cette affaire aurait constitué le coup de grâce politique pour lui, lui qui est venu à la politique sur le tard, en provenance du monde de l’entreprise et solidement harnaché sur sa monture technocratique…

Sur le plan juridique, Mezouar n’est pas un fonctionnaire pour qu’il puisse obtenir des primes, quelles que soient la forme et la nature de ces primes. Je ne sais vraiment pas comment Mezouar pourrait se défendre si, par un quelconque hasard, cette affaire devait se retrouver un jour devant la justice… il n’existe en effet à notre connaissance aucune loi qui autorise un ministre à devenir fonctionnaire de son ministère et, de ce fait, lui permet de percevoir primes et indemnités réservées normalement aux fonctionnaires, grands et petits.

Politiquement, il n’est pas possible, ni permis, à un leader de parti d’être engagé dans l’action politique dans son sens noble et volontariste, et que dans le même temps, il transforme ses fonctions en « fonds de commerce » en forme de poule aux œufs d’or au moyen de laquelle, sans effort ni peine ni sueur, et avec un simple mouvement du poignet, il signe de sa plus belle paraphe un document accordant au Trésorier général le 27 avril une prime de 100.000 DH par mois et que ce dernier retourne la politesse à l’homme au large sourire en lui attribuant, le lendemain, une indemnité mensuelle de 80.000 DH… Invité hier dans les studios d’une radio économique, Mezouar a reconnu après un silence de 48 heures qu’il touchait bien ces 80.000 DH, ajoutant : « Ceci est une prime légale et ne concerne pas de l’argent sous la table… Je suis un homme d’Etat et je comprends parfaitement la colère des membres du RNI de voir ainsi ternie la réputation de leur parti ; si le gouvernement actuel ose et a le courage de le faire, qu’il déclare donc la fin du système des primes… Oui, j’ai bien accordé cette indemnité à M. Bensouda, de même que j’en ai accordé d’autres à d’autres fonctionnaires ». Fin de citation de Mezouar, prononcée sur les ondes de Radio Atlantic, hier…

Mezouar n’est pas le premier ministre, ni sans doute le dernier, qui perçoit des indemnités irrégulières de son ministère, mais il est le premier à le reconnaître, s’attribuant au passage le titre d’ »homme d’Etat » et concluant par la mise au défi du gouvernement en fonction de supprimer les primes…

J’ignore qui a conseillé à Mezouar de dire ce qu’il a dit. L’homme s’est enfoncé lui-même dans des sables mouvants. Quant à l’opinion publique, qui aspire à voir réformer l’appareil du pouvoir, à voir nettoyer les centres de décision du pays, à voir reculer les rentes et autres privilèges dans le Maroc de l’après-20 février, il lui est donné d’entendre Mezouar dire : « Je touche en primes le double de mon salaire et cela est légal, je suis un homme d’Etat et je mets au défi le gouvernement de supprimer les primes ».

Quel homme politique est-il donc ? Quels atouts ou charisme a-t-il pour que des gens aient envisagé d’en faire le leader du gouvernement, avant les élections du 25 novembre et dans la foulée de la création de « cette chose appelée G8?, qui a tot fait de disparaître comme un sucre dans de l’eau brûlante ?…

Le chef du premier parti d’opposition reconnaît que 80.000 DH tombaient chaque mois dans sa poche quand il était ministre, en plus de son salaire et d’autres indemnités à découvrir puisque le gouvernement s’est engagé à tout dévoiler sur cette affaire… cet homme, comment pourrait-il réussir à l’avenir à convaincre les populations que l’alternative au gouvernement Benkirane, c’est lui ? Et comment pourra-t-il exercer un quelconque controle sur le gouvernement alors que ses poches débordent de millions de dirhams perçus sur le budget d’un Etat pauvre dont les enfants meurent encore de froid et dont les femmes accouchent encore dans des carrefours, ou sur des ronds-points ?

Aujourd’hui, la balle est dans le camp de Benkirane : acceptera-t-il de relever la balle de l’ancien joueur de basket qu’est Mezouar ou, à l’inverse, optera-t-il pour le jeu des compromis politiques et le principe de la « couverture » des politiques les unes par les autres ?…

Le Mezouargate est l’archétype de ces scandales qui montrent que les fonds publics du Maroc sont sans gardien ni surveillance… Les portes de nos coffres sont ouvertes aux quatre vents pour ceux qui veulent bien entrer et se servir comme ils l’entendent… Comprenez-vous à présent pourquoi les électeurs ont si durement sanctionné les partis de la coalition sortante et ont voté pour un parti qui avait pour slogan : « Ton vote est ta chance de triompher de la corruption et de l’autocratie » ?… Nous sommes donc face au premier test sérieux pour le parti qui a eu cette profession de foi ; s’il ne se montre pas à la hauteur, il connaîtra le sort de ceux qui l’ont précédé.

Mots Clefs:
Maroc

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