Maroc : Mariage a l’Oriontal, une affaire de familles et de traditions

Maroc : Mariage a l’Oriontal, une affaire de familles et de traditions

A Oujda comme à Figuig, deux villes phares de l’Oriental (Nord-est du Maroc), le mariage endogène est resté jusqu’à un passé très récent le pilier d’une société conservatrice où trouver un conjoint en dehors de la famille voire de la tribu était mal vu, quelque fois toléré pour des considérations d’alliances sociale ou économique.

Dans le passé, le mariage était une affaire de famille, souvent arrangé. De nos jours, face aux mutations socioéconomiques que connait cette région, les jeunes imposent, de plus en plus, le choix de leur conjoint à leurs familles qui acceptent tant bien que mal la venue du nouvel intrus. Mais certaines familles font encore de la résistance et continuent de marier à leur guise leur progéniture.

Le mariage dans l’Oriental, une région frontalière du Maroc, était et reste toujours une affaire qui se règle en famille et qui est prise en charge totalement, du début jusqu’à la fin du cérémonial, par les femmes qui s’ingénient pour faire de ce lien sacré un moment de joie et de bonheur et surtout pour faire honneur à la famille.

Ces gardiennes du temple se font un honneur de perpétuer, avec une touche de modernité imposée par le rythme effrénée et la cherté de la vie, les traditions qu’elles ont héritées de leur mère et grand-mères.

La célébration du mariage à Oujda diffère d’une famille à une autre suivant les origines, cette ville phare de l’Oriental étant considérée comme un carrefour des nombreuses civilisations qui ont imprégné sa riche culture (Bniznassen, Tlemcen, Tafilelt, Rif, Figuig et Fès).

Si le mariage est célébré avec le faste des mille et une nuits par certaines familles aisées d’Oujda, d’autres, tout en perpétuant les traditions, le font avec plus de simplicité suivant leurs moyens.

Jusque dans les années 90, les sept jours de fête et de liesse étaient scrupuleusement respectés par les familles qui entamaient le cérémonial dans la bonne humeur et les nombreux youyous pour « Al fâl » (bon augure). De nos jours, les festivités ont tendance à être condensées par économie de temps et d’argent.

A Figuig, l’autre ville phare de l’Oriental située au pied de l’Atlas saharien, les sept ksour qui en configurent les contours : l’Oudaghir, Laabidat, Oulad Slimane et El Maïz au nord-ouest, les deux hamams Foukani et Tahtani au nord-est et Zenaga au sud, rivalisent d’ingéniosité pour monter qui sait perpétuer le mieux les traditions ancestrales.

Et c’est dans le cérémonial du mariage que se manifestent magnifiquement les diverses facettes de la culture de Figuig, cette grande palmeraie aux confins du Maroc Oriental et où traditions et simplicité font bon ménage.

Dans cette région berbère frontalière de l’Algérie, le mariage est souvent synonyme d’alliance entre familles d’un même Ksar ou des Ksour avoisinants.

Après les fiançailles, qui,en général ne durent pas longtemps, le mariage fait l’objet d’une intense et laborieuse préparation. La famille de la future mariée (Taslit), avisée de la venue des proches du marié, s’affaire à de grands préparatifs : arranger et faire reluire la maison pour accueillir avec faste le grand événement.

Le cérémonial du mariage, avec toutes sortes de formalités que cela suppose, pouvaient durer plusieurs journées. Autant le mariage  » durait  » dans le temps, autant il renseignait sur la richesse de la famille. De cinq jours à une semaine, diverses traditions ancestrales formaient la trame de cette célébration.

La veille de l’acte de mariage proprement dit « Aakd », la future mariée entourée d’un groupe de femmes, en général des jeunes filles, entamait le fameux rituel du henné. Habillée de ses plus beaux atours, la future épouse, un foulard rouge sur la tête, se prête avec joie à ce rituel. Pendant ce temps, les proches du marié se rendent en groupe réduit mais représentatif à la maison de la promise, munis d’un trousseau et de divers autres cadeaux.

Les proches du marié sont alors chaleureusement accueillis par les invités de la mariée et conviés à un thé avec gâteaux et friandises. De retour chez eux, ils rapportent le bol de henné de la mariée pour continuer le cérémonial du henné à la maison du futur époux.

Le deuxième jour, le jour « J », la famille du marié arrive avant la prière d’Addohr. Elle prend part aux côtés des proches de la mariée à un copieux déjeuner. Après la prière d’Al-Asr, les Adouls concluent l’acte de mariage.

Une fois l’acte conclu, la famille du marié retourne chez elle pour continuer les préparatifs de la grande soirée « la Taksira », à laquelle n’est conviée que la gent masculine. La soirée est animée uniquement par et pour les hommes. Les femmes de la maisonnée et les voisines se contentent de suivre le déroulement de la soirée derrière les lucarnes ou depuis la terrasse veillant à ne pas se faire remarquer, Figuig étant une société très conservatrice.

Le lendemain, la fête des femmes commence. La mariée passe l’ensemble de l’après-midi à défiler devant un parterre d’invités femmes savamment habillées et magnifiquement maquillées pour la circonstance. Lors de cette cérémonie, baptisée « Taqyiil », la jeune mariée se change plusieurs fois pour montrer à l’assistance les beaux habits que lui a confectionnés sa famille. C’est au nombre des habits qu’aura montrés la mariée que les convives sauront l’affection, l’amour et la place qu’elle occupe dans le cœur des siens.

L’après-midi est animée par un groupe musical composé uniquement de femmes. Elles entonnent les chants traditionnels ou encore les dernières chansons en vogue.

Mais auparavant, la mère de la mariée aura ramené le « ftour » composé le plus souvent d’un grand plat de couscous décoré d’œufs, de bonbons et de dragées.

Le quatrième jour, la mariée entourée de jeunes filles et des femmes de la famille de son mari, se rend au bain maure, qu’on aura pris le soin de louer pour toute la matinée. De retour à la maison, elle devra se soumettre à un autre rituel. Celui de « Lahzam ».

De nos jours, l’on commence à simplifier de plus en plus ce cérémonial trop compliqué et, ô combien coûteux, aussi bien pour la mariée que pour le marié.

Si dans la ville de Figuig, l’on reste encore attaché à certains de ces rites et traditions, la diaspora figuiguie à Oujda, Casablanca, Rabat, Meknès ou encore à l’étranger commence à adopter de plus en plus un cérémonial standard, réduit au minimum au grand dam des nostalgiques des splendeurs d’antan.

Mots Clefs:
MarocOujda

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