Maroc : la sanction du blasphème alourdie

Maroc : la sanction du blasphème alourdie
C’est fait. Le projet du nouveau code pénal a été dévoilé. Il est accessible sur le site du ministère de la Justice et des Libertés. 

 
Le nouveau projet du code pénal marocain alourdit les peines pour insultes envers Dieu ou les Prophètes. Les médias sont les premiers concernés par ce durcissement de sanctions.
 
L’article 219 du texte prévoit « des peines d’emprisonnement d’une année à cinq ans et des amendes de 20.000 à 200.000 DHS » contre toute personne coupable « d’atteinte, d’offense ou d’insultes contre Dieu et les prophètes ». 
 
L’amende est le double de ce que prévoyait l’article 41 du Code de la presse et de l’édition. Dans ce code, l’amende variait entre 10.000 et 100.000 DHS. Et elle peut être accompagnée d’une interdiction de toute activité journalistique au Maroc. 
 
Autre nouveauté, en sus de l’article 219, l’article 223 réserve « une condamnation de six mois à deux ans d’emprisonnement et une amende de 20.000 à 200.00 DHS » pour les auteurs de profanations de lieux de culte ou de textes religieux sacrés.
 
Le Maroc a demandé à l’ONU de considérer le blasphème comme acte criminel 
 
Ce durcissement de lois voit le jour peu de mois après l’attentat de Charlie Hebdo et la demande marocaine faite aux Nations Unies pour la mise sur pied d’un instrument international criminalisant le mépris des religions révélées et les abus attentatoires aux prophètes et aux messagers. 
 
Intervenant lors de la 10ème session de la conférence de l’Union des parlementaires des Etats membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), qui se tenait à Istanbul quelques jours après l’attentat de Charlie Hebdo, le premier vice-président de la chambre des représentants Mohamed Yatim a condamné l’atteinte aux valeurs sacrées de l’Islam et a invité les Etats membres de l’OCI à poursuivre leurs démarches en concertation avec l’ONU pour la mise en place de cet instrument criminalisant le blasphème.
 
Le blasphème au monde musulman
 
En Arabie Saoudite, la loi prévoit l’emprisonnement pour toute personne coupable du blasphème. Récemment en 2015, le bloggeur saoudien Raif Badawi a été condamné à 10 ans de prison, 1.000 coups de fouet et une amende d’un million de rials saoudiens (environ 226.000 €) pour avoir insulté l’Islam.
 
En Egypte, l’article 98 du code pénal réserve une peine de 6 mois à cinq ans de prison à toute personne qui propage, dans le but d’inciter à la haine, des propos diffamatoires à l’égard d’une religion. 
 
En Jordanie, toute personne accusée de blasphème contre l’Islam ou d’avoir insulté le prophète Muhammad sera condamnée à faire de la prison. La peine maximale est de trois ans d’emprisonnement.
 
Au Pakistan, l’article 295-C dispose que « Quiconque par ses paroles ou ses écrits de façon formelle ou rapportée, par des insinuations directes ou indirectes, défie le nom sacré du prophète Muhammad sera puni par la mort ou condamné à la prison à vie. Il pourra également être condamné à payer une amende ». 
 
L’article 295-B punit la souillure du Coran par une peine d’emprisonnement perpétuelle. Le reste des articles traitant le blasphème prévoit des peines allant de la simple amende à la peine capitale.
 
Les lois les plus sévères, c’est en Iran qu’elles sont appliquées. Dans ce pays, la loi prévoit la peine de mort pour toute personnes coupables d’atteinte à l’Islam et ses symboles. 
 
Des marocains qui revendiquent le droit au blasphème 
 
C’est le cas de Zineb El Razhoui, la journaliste de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, qui a revendiqué maintes fois le droit au blasphème. Selon elle, l’Islam doit accepter le sens de l’humour et les musulmans la laïcité. 
 
« Il faut sanctuariser la liberté et le droit au blasphème », a-t-elle revendiqué dernièrement lors de son passage à Montréal pour prendre part à une soirée de soutien à l’hebdomadaire Charlie Hebdo.
 
La jeune journaliste marocaine a ajouté qu’« On est civilisés quand on a le droit à la liberté d’expression qui inclut aussi le droit de blasphémer et de ne pas se soumettre aux limites du sacré que nous imposent les religions ».
 
Les revendications de Zineb El Razhoui ont été défendues par le penseur musulman Kamal Znidar. 
 
Pour l’auteur du livre « Islam : meilleure religion au monde », « L’Islam est une religion universelle. C’est un Message qui s’adresse à tout le monde. Tout ce monde a le droit de s’exprimer positivement ou négativement sur ce Message. Tout ce monde a le droit de dire de la façon qu’il voit juste s’il a aimé le Message de l’Islam ou l’a-t-il détesté ». 
 
Selon lui, « L’appréciation des choses varie d’une personne à l’autre… Il n’y a rien d’anormal dans le fait de voir ce Message aimé par certains, détesté par d’autres. Ce qui est anormal, c’est de voir l’Islam aimé ou détesté par tout le monde ». 

« Ceux qui vont aimer cette religion ont le droit d’exprimer leur amour de l’Islam de la façon qu’ils voient justes. Pareil pour ceux qui vont la détester… eux aussi ont le droit d’exprimer leur position hostile à l’Islam de la manière qu’ils voient justes », a-t-il dit.

Le penseur musulman marocain a ajouté que « Ceux qui détestent l’Islam n’ont pas le droit de censurer les personnes qui lancent des fleurs sur cette religion et expriment qu’elle est la meilleure religion au monde. Et ceux qui aiment l’Islam n’ont pas le droit de chercher la censure de ceux qui crachent non-stop sur leur religion et leur identité religieuse ».

« Tout le monde est libre. Et cette liberté d’expression des islamophobes est garantie par l’Islam », a-t-il affirmé tout en faisant référence au texte 112 de la sourate 6 qui ordonne « Laisse-les donc avec ce qu’ils inventent » et pas « Censure-les », « emprisonne-les », « frappe-les » ou « assassine-les ».

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IslamjusticeMaroc

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