La Maroc face à un endettement chronique : Nos enfants paieront

La Maroc face à un endettement chronique : Nos enfants paieront

Il y a quelques jours, le gouvernement marocain a contracté un prêt de 100 millions $ auprès de la Banque africaine de développement. L’information, telle que communiquée par la MAP a été présentée comme une grande nouvelle car synonyme de « confiance des institutions financières internationales dans le climat de stabilité qui prévaut au Maroc ».

Au cours de ces dernières années, le FMI, des banques arabes et autres institutions ont à leur tour accordé des montants considérables au royaume. Présenter ce surendettement chronique comme une bonne nouvelle qui mériterait des célébrations nationales est une forme d’indécence car il va bien falloir un jour passer à la caisse. Et ce sont nos enfants et nos petits enfants qui devront honorer ces engagements…à supposer que le Maroc soit toujours en mesure de payer ces factures rubis sur l’ongle et avec les intérêts qui en découlent.

Tout le monde sait que le Maroc vit largement au dessus de ses moyens et qu’il importe beaucoup plus qu’il n’exporte. A partir de là, la prétendue confiance des institutions financières internationales est une véritable bombe à retardement. On se rappelle du contexte des années 1980 et 1990 lorsque le FMI avait littéralement ruiné les économies africaines à travers la mise en place de programmes d’ajustement structurels que l’on pourrait qualifier de cruels. L’incapacité de payer des pays africains – dont le Maroc – du fait de la spirale de l’endettement avait entrainé un tour de vis sans précédent.

Parmi ces mesures, on peut citer une vague de licenciement massif au niveau de la fonction publique notamment dans des secteurs névralgiques comme la santé et l’éducation nationale. En plus, le Maroc, à l’instar des autres pays du continent s’est vu obligé de mettre en place un ministère chargé des privatisations ayant pour mission de confier au secteur privé les fleurons de l’État. Les leçons du passé Là encore, on nous avait présenté cette opération menée notamment par Abderrahmane Saïdi comme un succès sans précédent. Or, même un étudiant de première année d’économie sait que lorsque l’État confie ses services au privé, les prix augmentent de façon significative et ce, au nom du professionnalisme, de l’amélioration de la qualité du service et autres formules fleurant la langue de bois et qui ne veulent absolument rien dire pour les ménages à faible revenu.

Certes, des fois on est amené à contracter des prêts auprès d’institutions internationales parce qu’on ne peut pas faire autrement. D’autant plus que le Maroc n’est toujours pas en mesure d’exploiter ses ressources présumées en hydrocarbures. Ça devrait venir, mais en attendant, le gouvernement – et là M. Benkirane est tout aussi responsable que Abbas el Fassi, Jettou, Youssoufi et les autres premiers ministres – devrait avoir la décence de ne pas interpréter ce surendettement chronique qui engage les futures générations comme un acquis de taille méritant d’être annoncé en grande pompe.

Il faut faire très attention avec ces prêts à répétition car dans la logique desdites institutions, le jour où n’importe quel pays n’est plus en mesure d’assainir ces finances et se place sous la tutelle des banques internationales, la souveraineté du pays en devient menacée. Lors du pic de la crise européenne entre 2009 et 2012, le Portugal, l’Irlande, la Grèce ou l’Islande ont du ravaler leur fierté et accepter bon gré mal gré une forme d’ingérence plus ou moins directe des institutions financières. Pourquoi voudriez-vous qu’il en soit autrement avec le Maroc? Même en partant du principe que les deux contextes ne sont pas comparables, le bon sens requiert de faire très attention avec la dette.

Parmi les facteurs qui ont entrainé le Maroc dans cette spirale, il faut mettre en évidence cette fâcheuse tendance à acheter la paix sociale alors que l’État n’en a pas les moyens. Comment voudriez-vous contenter des grévistes lorsque les caisses sont vides et lorsqu’il y a risque de paralysie dans tel ou tel secteur? Eh bien, on délie les cordons de la bourse et on étouffe la contestation. Soit, mais que faire lorsque tous les secteurs se mettent en grève au même moment? C’est là où nous avons un gros problème car la saignée devient vive et c’est justement la situation que le Maroc est en train de vivre actuellement.

Parer au plus urgent semble prioritaire pour le gouvernement – pas seulement celui de M. Benkirane- qu’une vision claire basée sur des objectifs aux contours bien définis. Malheureusement, aucun gouvernement n’a été en mesure de prendre les décisions douloureuses qui s’imposent, se contentant de refiler la patate chaude au suivant. C’est comme si ces feux de camp qu’on éteint à la sauvette constituaient une solution durable. Hélas! La réalité finit par nous rattraper.

À propos Ghita Senhaji

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