L’opposition à nu

L’opposition à nu
0 commentaires, 18/02/2013, Par , Dans Chroniques

Benkirane est décidément un homme heureux et les évènements semblent jusqu’à présent le servir… La raison ? Une opposition châtrée et des adversaires politiques dépourvus de mordant. C’est pour cela que nous voyons le chef du gouvernement venir chaque mois au parlement, l’âme en paix et les sens sereins, un grand sourire aux lèvres, des lèvres qui dégoulinent de plaisanteries et de bons mots… Et si un parlementaire, un seul, de l’opposition ose l’attaquer, alors il dégaine son sabre et se met à couper les têtes ici et là ; il a une parade pour chacun de ses contempteurs, un coup pour le ramener à de bons sentiments, pour le faire réfléchir à l’avenir plus d’une fois avant de penser à s’en prendre au chef du gouvernement.

Avec le PAM, Benkirane défouraille sa grosse artillerie, et il dépeint ce parti comme un monstre qu’il faut sans cesse frapper dans une œuvre pie contre l’impie qu’en fait le chef du gouvernement. Celui dit du parti de Bakoury qu’il est le parti de la corruption et de l’absolutisme, que ses chefs voulaient transposer le modèle du Tunisien Ben Ali au Maroc, qu’ils faisaient entrer sans raison aucune les gens en prison, et que par leur faute le « tagine » marocain avait failli brûler un certain 20 février… et donc, pour Abdelilah Benkirane, le PAM est le dernier à pouvoir et devoir ouvrir la bouche, à critiquer ce gouvernement qui est arrivé en sauveur de ce pays contre les turpitudes d’Authenticité et Modernité… Ainsi parle Benkirane.

Avec l’USFP, le chef du gouvernement a recours à un argumentaire connu, facile et convaincant à la fois. Si les socialistes viennent à l’attaquer, eux qui ont passé 13 ans au gouvernement sans réaliser même pas 10% de leurs promesses, Benkirane leur réplique : « Et pourquoi donc n’avez-vous pas, vous-mêmes, fait ce que vous demandez, alors que vous êtes restés aux affaires plus de treize ans ? Voulez-vous que je fasse tout cela en l’espace d’un an ? Ceci n’est pas bien sérieux, Messieurs… votre propos est donc de parasiter cette expérience gouvernementale et de vous en prendre à ce parti auquel les Marocains ont conféré la première place, dans des élections incontestées ».

Le RNI, maintenant… Le chef du gouvernement semble l’ignorer un peu, car il s’agit d’une formation d’opposition qui ne sait pas comment faire de l’opposition ; le RNI est ouvert à tous les vents et donc exposé à tous les maux. Et si jamais un mot échappe ici ou une critique fuse de là, de la part de Mezouar, Benkirane réagit alors avec la plus grande violence, s’abat sur lui comme un fauve en lui rappelant le scandale des primes et indemnités dont il est le héros, en ramenant sur le devant de la scène ce « putsch » entrepris par le président du RNI, avec le soutien du PAM, contre un homme correct qui était à la tête des Indépendants, Mustapha Mansouri. Puis, dans la foulée, Benkirane revient sur cette expérience mort-née du G8… Après cela, le parti, qui n’a pas du tout été créé pour vivre ce genre de situation, se met en boule et court aux abris ; puis, ses membres vont dans les salons et les colloques internationaux se répandre en discours d’opposition dans lesquels Mezouar apeure tout le monde de l’épouvantail islamiste, met en garde ses auditeurs contre l’esprit barbare de ces mêmes islamistes et la menace qu’ils font peser sur les immenses avancées réalisées par le RNI et d’autres partis qui ont dirigé le pays des dizaines d’années durant sans réussir en réalité autre chose que le mettre en soins intensifs pour cause de crise cardiaque et cérébrale aussi…

Venons-en maintenant à l’UC, et à certains perturbateurs au parlement : pour eux, Benkirane réagit au cas par cas. Mardi dernier, par exemple, le chef du gouvernement a poussé dans les cordes Driss Radi, le président du groupe de l’UC, ce parti en voie d’extinction politique. Acculé, Radi, un conseiller auquel est versée chaque mois une confortable indemnité que nous payons de nos poches, n’a rien trouvé de mieux à faire que de se dénuder et se montrer torse nu devant les citoyens d’abord, le gouvernement ensuite et, troisièmement, devant ses collègues parlementaires, et tout cela pour bien établir qu’il ne s’est pas engraissé et que l’accusation de corruption portée contre lui en filigrane dans les propos de Benkirane n’a pas de raison d’être.

Ainsi donc, ce très honorable conseiller a pensé qu’en montrant son ventre (presque) plat à l’Assemblée nationale et à la télé qui diffusait toute la scène en direct, il allait convaincre tout le monde de son innocence, de sa pureté, de la blancheur de ses desseins et de ses mains. M. Radi se fiche de son monde s’il pense que cet acte affligeant et burlesque le laverait des soupçons auxquels a fait allusion le chef du gouvernement, qui possède assez de moyens et d’instruments pour se permettre de lancer de telles accusations contre l’un des grands barons électoraux du pays. Mais, bien évidemment, rien n’empêche l’élu d’aller en justice contre le chef du gouvernement pour insultes et diffamations… rien ne l’empêche, non, s’il est persuadé que les dires de Benkirane sont infondés. Mais, en aucun cas, un député ou conseiller ou quoi que ce soit d’autre n’a le droit de se dévêtir au parlement et de transformer cette institution législative en une chose qui évoque un hammam populaire où on ote ses vêtements avant d’aller au « chaud ».

Est-ce donc cela, l’opposition qui devra affronter Benkirane et son parti, l’opposition qui devra freiner l’irrésistible avancée programmée du PJD aux élections à venir ? Est-ce donc cela l’opposition à laquelle la constitution a donné davantage de pouvoirs dans le domaine du controle de l’action gouvernementale ? Cette opposition renforce le gouvernement au lieu de l’affaiblir… Cette opposition convainc les adversaires – en plus des amis – du PJD qu’il n’existe pas de véritable alternative à ce parti, du moins dans la situation actuelle… et que le gouvernement, malgré ses défauts et ses tares, est bien meilleur qu’une opposition qui se dénude au parlement, sans même cette feuille de vigne pour protéger ce qui lui reste de pudeur.

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Maroc

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