L’extradition d’Edward Snowden, réfugié à Hong Kong pourrait se heurter au veto chinois

L’extradition d’Edward Snowden, réfugié à Hong Kong pourrait se heurter au veto chinois

L’extradition d’Edward Snowden, réfugié à Hong Kong après ses révélations sur la surveillance électronique aux Etats-Unis, pourrait se heurter au veto de Pékin, aux lois locales et aux défenseurs des droits civiques, gardiens de la liberté d’expression sur ce territoire autonome chinois.

Washington et Hong Kong ont signé un traité d’extradition en 1996, un an avant la rétrocession de l’ancienne colonie britannique à la Chine populaire.

Mais ce traité, signé avec « l’autorisation » de Pékin, garantit à Hong Kong le droit de refuser l’extradition lorsqu’elle met en jeu « la défense, les affaires étrangères, l’intérêt général ou la politique publique » de la Chine.

Une clause sibylline qui, concrètement, confère à Pékin — qui a la haute main sur les relations internationales et la défense de Hong Kong — un droit de veto et, in fine, un levier diplomatique.

Mais Johnny Lau, politologue spécialiste de la Chine, estime que les Etats-Unis et la Chine, les deux premières puissances économiques mondiales, ont une approche généralement très pragmatique de ces contentieux.

« Il faut regarder de près les intérêts en jeu. Il ne s’agit ici que d’un événement mineur qui n’affectera pas le vaste champ de coopération sino-américain », a-t-il expliqué à l’AFP.

Point de vue partagé par David Webb, un ancien banquier reconverti dans la lutte pour la transparence politique et économique, selon qui les Chinois ne s’opposeront pas à l’extradition de M. Snowden vu les dossiers sensibles sur la table entre les deux pays.

« Les Etats-Unis accusent la Chine de piratage et d’espionnage informatique, mais la NSA (Agence de sécurité nationale américaine) et d’autres agences font la même chose », observe-t-il.

Dans un entretien publié par le quotidien britannique The Guardian, Edward Snowden, un Américain de 29 ans qui travaillait pour un sous-traitant de la NSA, a indiqué s’être réfugié à Hong Kong en raison de sa « solide tradition de liberté d’expression ».

« Hong Kong a la réputation de (garantir les) libertés malgré la République populaire de Chine », a-t-il justifié.

Hong Kong a été rendue à la Chine en juillet 1997. Mais le territoire bénéficie d’un statut de semi-autonomie, en conservant par exemple sa loi fondamentale, sa monnaie et son système judiciaire, selon le modèle proné par les Chinois: « Un pays, deux systèmes ».

Les habitants y jouissent d’une liberté d’expression inconnue sur le continent et Hong Kong est la seule ville chinoise où l’on commémore chaque année, sans entraves, la répression sanglante des manifestations étudiantes de Tiananmen en 1989.

Ni le consulat américain, ni les autorités de Hong Kong n’ont souhaité s’exprimer sur la présence de M. Snowden dans la mégapole chinoise.

Au plan juridique, deux écoles s’affrontent.

Selon l’avocat et député du Civic Party, Ronny Tong, Washington ne pourra faire l’économie d’apporter la preuve que le délit ou le crime reprochés au suspect tombent également sous le coup de la loi hongkongaise.

« Nous n’avons pas de loi sur l’obligation de réserve. Celle-ci s’applique uniquement aux fonctionnaires et aux responsables gouvernementaux, pas aux personnes privées », assure-t-il.

Le député pro-démocratie James To est lui aussi de l’avis qu’il sera « compliqué » pour Washington d’obtenir l’extradition de M. Snowden s’il est admis qu’il n’a commis aucune infraction pénale à Hong Kong.

La députée pro-Pékin Regina Ip, ancienne secrétaire à la Sécurité du gouvernement, juge au contraire que la ville sera « obligée d’honorer les accords » passés avec les Etats-Unis et elle enjoint Edward Snowden à partir de son propre chef.

Edward Snowden pourrait chercher refuge dans un consulat étranger comme Julian Assange l’a fait avant lui à Londres en poussant la porte de l’ambassade équatorienne, suggère David Webb.

Au Guardian, M. Snowden a confié qu’il regardait du coté de l’Islande, réputée soutenir « ceux qui défendent la liberté sur internet ».

Sur son site, la députée islandaise Birgitta Jonsdottir, spécialiste des médias électroniques et de la protection des données privées, a estimé qu’il était de son « devoir d’offrir assistance et conseil à M. Snowden ».

Elle a indiqué examiner « les conditions de sécurité de l’asile politique » en Islande qui « pourrait n’être pas le meilleur lieu » au plan juridique.

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