Lettre ouverte à Monsieur le Ministre de la Santé

Lettre ouverte à Monsieur le Ministre de la Santé

Monsieur le Ministre,
Si je me permets de vous adresser ces quelques lignes, c’est que je crois qu’il vous est possible d’agir pour améliorer la condition sanitaire des citoyens marocains de même que les conditions professionnelles et matérielles des personnels de santé, aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé.
Votre décision d’interdire aux médecins du public d’exercer au privé est certes courageuse dans la mesure où elle rompt avec des années de chaos, mais son utilité reste très limitée pour les raisons suivantes :
1-         D’abord cette mesure ne peut garantir que ces médecins soient présents à l’hopital public, et quand bien même ils le seraient, elle ne garantit pas qu’ils soient productifs.
2-         L’offre de soin est négativement affectée par cette mesure, et nous savons tous que bon nombre de praticiens ne disposent que d’un accès limité aux outils de travail (blocs opératoires…) dans leurs hopitaux d’affectation. Le reste du temps, ils choment au lieu de pouvoir se rendre utiles aux citoyens. La pratique au privé permettait quand même –malgré tous les abus– de soigner des citoyens.
3-         Les cliniques qui auront du mal à tourner à plein régime par manque de praticiens devront mettre la clé sous la porte, ce qui affecterait encore plus l’offre de soin.
4-         La diminution de l’offre de soin du secteur privé accroitra la demande dans les hopitaux publics, qui restent jusqu’ici incapables de gérer un flux supplémentaire. Cette mesure risque de favoriser la corruption au sein d’établissements publics surpeuplés (rendez-vous proche, par exemple…)
Je suis bien conscient qu’il est anormal qu’un médecin qui a investit dans des équipements, qui s’acquitte de charges et qui paye ses impots subisse la concurrence « déloyale » de confrères que le salaire –même médiocre– et la sécurité sociale mettent à l’abri du besoin, d’autant plus que cette pratique est considérée comme illégale et ne permet donc pas aux intéressés de payer l’impot.
C’est dans un esprit de consensus et de justice que s’inscrit ma démarche, afin de réaliser plus qu’un coup médiatique, une réelle révolution dans le domaine de la santé au Maroc. Cela va sans dire que pour y arriver, il faut une réelle volonté.
Ma proposition tient dans les quelques points qui suivent :
•          Il faut tout d’abord que les Directeurs des établissements de santé publique établissent le nombre de vacations que leurs établissements sont disposés à attribuer à chacun de leurs praticiens, selon les besoins et les moyens (blocs opératoires…) dont dispose l’hopital en question.
•          Ces vacations définies, les jours laissés officiellement libres au praticien peuvent être destinés à la pratique au privé.
•          Une partie des bénéfices nets devrait être destinée à la caisse de retraite ou à un organisme de sécurité social qui pourrait bénéficier aux médecins du privé en contrepartie du « manque à gagner » potentiel. Deux façons de procéder me paraissent les plus appropriées : Soit que le médecin du public qui dispose d’une autorisation lui permettant de pratiquer au privé soit assujetti à une taxe ou « vignette » annuelle d’un montant précis, soit qu’un modèle harmonisé de factures soit imposé à tous les établissements privés de santé et qui mentionne le montant de la taxe, le bénéfice net et le montant alloué à la sécurité sociale des médecins du privé (un timbre, par exemple)
Ainsi, un système de réglementation peut être imposé à tous et tout le monde y trouvera son compte. Je pense particulièrement aux patients qui auront le choix de leur médecin traitant et une offre de soin correcte. Le médecin du public qui dispose de peu d’accès au bloc à l’hopital public pourrait toujours se rendre utile à la population sans pour autant désavantager le médecin du secteur privé. Des mesures d’accompagnement permettront une récolte plus efficace des impots.

Nous sommes tous conscients que des changements doivent être apportés à notre système de santé, rongé par les abus qui ne profitent pas aux citoyens marocains. Votre décision d’interdire aux médecins du public de travailler au privé n’est qu’un coup de frein, encore faut-il pouvoir partir à nouveau sur de bonnes bases.
Je vous prie, Monsieur le Ministre, de croire en mon intérêt pour cette cause qu’est la santé au Maroc.

Sincères salutations.

Dr Alae GUERROUANI.

Mots Clefs:
Marocsanté

À propos Mouna Naciri

Un Commentaire

  1. Naji
    mars 4th, 2013 22:47

    idée ingénieuse pourquoi au Ministère il n’y a personne pour faire des propositions sérieuses..toujours du saupoudrage et du rapiéçage..

    Répondre

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