Les vainqueurs du Festival national de Tanger : la sécurité privée et… la médiocrité

Les vainqueurs du Festival national de Tanger : la sécurité privée et… la médiocrité
0 commentaires, 12/02/2013, Par , Dans Chroniques, Couverture

Lorsque l’animatrice – à vie – Fatima Nouali est montée sur la scène du cinéma Roxy samedi soir pour annoncer les noms des heureux lauréats du festival national du film de Tanger, elle a de nouveau fauté, comme d’ailleurs à son habitude ; elle a donné les noms des meilleurs films, des meilleurs acteurs et des meilleurs réalisateurs et a annoncé les prix qu’ils ont obtenus… alors qu’en réalité, les véritables vainqueurs sont les agents de la sécurité privée, mandatés pour l’évènement.

 

Les gars de la « ssikiriti », en faction sept jours et sept nuits durant devant les portes des salles, méritent réellement le grand prix, le petit prix et tout ce qu’il y a entre les deux ; ils méritent aussi le prix du public, le prix de la critique, le prix de tout et de n’importe quoi… Ils méritent tout car ils effritent tout, et c’est bien pour cela, d’ailleurs, qu’ils ont insulté les journalistes présents, les traitant de tous les noms, de voyous, de terroristes et d’autres choses aussi… Ces gens se sont conduits comme s’ils étaient les véritables organisateurs du festival et non ce Monsieur nommé Noureddine Saïl.

A plusieurs occasions, les gens ont eu à entendre des mots orduriers et plus encore, et elles ont été nombreuses, les femmes qui sont venues regarder un film, avant de rebrousser chemin, pensant se présenter à l’entrée d’un lupanar ou d’un cabaret de catégorie douteuse, tant les vigiles s’exprimaient comme des charretiers mal (ou peu) élevés. Tanger est la ville de résidence de plusieurs cinéastes ou acteurs dont le seul tort est de vivre loin du centre, et donc, du coup, personne ne les connaît et personne ne leur a indiqué le chemin des différentes salles. Un des anciens du métier, de Tanger, a eu le commentaire suivant : « A quoi cela me sert-il d’avoir un Festival du cinéma dans ma ville si je ne peux pas accéder à une salle, rien qu’une, avec mes enfants ? Je suis parti, avec en poche mes billets, mais les gars de la sécurité ont tout fait pour me bloquer, laissant passer tous ceux qui se présentaient et, à la fin, ils m’ont dit qu’il n’y avait plus de places libres ! Je regrette d’être allé là, et je le regretterai toute ma vie ». Ce cinéaste a donc décidé de ne plus s’approcher des salles de cinéma de Tanger, du moins tant que des « pitbulls » en liberté en assurent la garde.

Le Festival du cinéma de Tanger est devenu aujourd’hui une marque d’infamie, pas seulement pour la ville, mais pour le cinéma marocain dans son ensemble. Et quand les gens voient des artistes, acteurs et réalisateurs confondus, protester lors du dîner contre l’absence d’alcools, ou de l’insuffisance des stocks de bouteilles, on comprend alors quel genre de cinéma ce festival veut promouvoir, et quel genre d’homme est le gardien du temple, un homme venu du passé, un homme qui porte pour nom Noureddine Saïl, un homme qui semble être protégé ou qui détient dans sa poche une espèce de « blanc-seing » dont on ne sait rien de l’identité de celui qui lui a donné.

A plusieurs reprises, des gens de l’art, sérieux et amoureux d’un cinéma de bonne facture, ont demandé à ce que ce festival se tienne ailleurs qu’à Tanger, se tienne un peu partout au Maroc, une fois à Tanger, une fois à Oujda, une fois à Agadir, à Laâyoune, à Nador, à Errachidia, à Essaouira, aileurs… et même dans les coins les plus reculés du royaume car le cinéma, le vrai cinéma, peut apporter beaucoup à ces régions oubliées, surtout après la défection de la politique et la démission des politiques.

Dans l’édition de cette année, il fallait bien qu’apparaisse un « trublion », un autre, un nouveau qui ferait pleurer les organisateurs et les chantres du cinéma de l’à peu près, un trublion qui leur permet de montrer à quel point ils sont ciblés… Et c’est ainsi qu’a été programmé un film d’une rare médiocrité, intitulé « Tinghir-Jérusalem », un film dont le réalisateur n’a fait aucun effort cinématographique particulier ; pas de recherche, pas d’investigation, encore moins de courage et d’audace. Le réalisateur n’a pas pipé mot des responsables de l’émigration massive des Juifs marocains, n’a pas fait un seul commentaire sur le Mossad et sur les intermédiaires de l’émigration ; il n’aura parlé ni de l’occupation, ni des brimades ni des massacres, semblant ignorer qu’avant l’arrivée des Juifs en Palestine il y avait du monde sur cette terre… Tout ce qu’a fait le réalisateur de ce documentaire est du tourisme entre Tinghir et Tel Aviv, ce qui l’a auréolé de la couronne du héros ; et pour cet acte d’héroïsme tronqué, quelques personnes se sont groupées devant la salle en signe de « solidarité avec la liberté d’expression », ces personnes étant à peu près les mêmes que celles qui ont râlé contre le pas, ou peu, d’alcools sur les tables du dîner.

Baisser de rideau, donc, sur le Festival de Tanger ; et dans un an, les mêmes figures reviendront, avec de nouvelles impostures, de nouveaux films et de nouveaux « n’importe quoi » qui créeront la polémique encore et encore ; nous aurons les mêmes vigiles qui insulteront de la même manière les journalistes qu’ils qualifieront de « voyous » et de « terroristes ». Peut-être même que ces types nous inventeront de nouvelles insultes et des gros mots inédits car le cinéma, celui de Noureddine Saïl et de ces hypocrites qui l’entourent, a besoin de se renouveler chaque année, comme le serpent change sa peau et la renouvelle chaque année…

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