Les néo-fauteurs de désespoir

Les néo-fauteurs de désespoir
0 commentaires, 08/04/2013, Par , Dans Chroniques, Couverture

« La situation au Maroc est grave, extrêmement grave, l’économie menace de s’effondrer, et le pays avec. Les choses sont donc sérieuses, très sérieuses même, et peut-être même que dans les quelques jours qui viennent, la situation pourrait devenir totalement désespérée ».

Ce ne sont pas là des propos tenus par des adversaires radicaux du régime, et ce ne sont pas non plus les paroles de ceux qui se sont fait une spécialité de désespérer les gens dans le plus beau pays du monde… Non, les auteurs de ces phrases sont des personnes qui sont comptés dans les rangs du makhzen, des gens qui, voilà quelque temps encore, tournaient sept fois leurs langues dans leurs bouches avant de dire le quart de ce qu’ils disent aujourd’hui.

Salaheddine Mezouar, ce dirigeant soudainement surgi, comme dans un film de science-fiction, soutient aujourd’hui que la situation dans le Maroc d’aujourd’hui est grave… et ce sont des propos graves, des propos qui, s’ils avaient été prononcés par nous autres journalistes, nous auraient valu d’être cloués au pilori et lapidés pour avoir insufflé le désespoir aux gens, pour cause de nihilisme et pour cause d’œuvrer pour des officines douteuses.

Mezouar était programmé pour être un jour Premier ministre (et non chef du gouvernement) avant l’avènement du printemps arabe ; il avait pour cela marché main dans la main avec le PAM afin de conduire la nation vers le progrès et la prospérité, n’eût été ce malencontreux printemps qui a tout bloqué et qui a très sérieusement détérioré la situation générale du pays, le plongeant très brusquement dans les abîmes.

Mezouar est un dirigeant de l’opposition, dans son sens marocain, et donc les gens comprennent tout à fait son pessimisme chronique et ses critiques acerbes en direction d’un gouvernement qu’il avait prévu de conduire, lui. Mais voilà qu’il existe un ministre, dans le gouvernement actuel, le ministre de l’Intérieur, Mohand Laenser, qui affirme à son tour que l’économie au Maroc se trouve dans une situation fort préoccupante, et que la solution ne se trouve absolument pas dans les propos creux et dans les vaines déclarations. Voilà donc que Laenser découvre soudain que la situation est dangereuse, lui qui avait rayé cette expression de son vocabulaire tout au long de son très long parcours politique, partisan et gouvernemental.

Un autre homme pense la même chose quant à l’économie du pays, et cet homme a pour nom Hamid Chabat, le leader du parti de l’Istiqlal, qui n’aurait et qui n’avait jamais pensé que les choses pourraient un jour être dans cet état, même dans les moments où le Maroc était au bord du gouffre. Mais aujourd’hui, Chabat dit que le pays est en danger. Et il n’oublie bien évidemment pas de rappeler que l’on doit trouver du travail à 30.000 diplomés chomeurs… et le plus étrange est que ce nombre est exactement égal à l’effectif de ceux qui avaient été floués lors de l’affaire Annajat dont le héros était Abbas el Fassi, le prédécesseur de Chabat à l’Istiqlal…

Mezouar, Laenser, Chabat et bien d’autres encore parmi ces néo-fauteurs de désespoir ont vécu la période Hassan II, mais personne d’entre eux n’avait eu le courage, un jour, de dire que le pays était en danger, et que la situation économique du pays était catastrophique. Et même quand le roi défunt avait dit une fois que la nation était au bord de la crise cardiaque, personne n’avait pipé mot… Ces gens avaient peur. Ils avaient peur que, en reprenant les paroles du roi, ils ne soient embastillés pour insuffler la peur et le désespoir dans les cœurs des gens, ou tout simplement pour avoir plagié le roi. Hassan II était le seul qui pouvait se permettre de conduire son pays vers une crise cardiaque, et il était également le seul à pouvoir le reconnaître. Quant aux autres, tous les autres, ils n’avaient plus qu’à dire que tout allait bien chez nous, avant de se prosterner devant le train royal qui passait devant eux à toute allure.

Aujourd’hui, ils se bousculent pour affirmer que l’économie nationale va très vite s’effondrer car elle est en piètre état. Et bientot, on assistera à de véritables pleureuses, et pleureurs aussi, qui viendront se taper sur les joues et se rouler par terre, jurant que le Maroc va exploser, bien que le pays n’ait jamais vraiment été en heureuse posture. La situation difficile du Maroc est de naissance, comme ces handicaps avec lesquels on arrive en ce bas monde. Ceux qui ont mis à mal ce pays se connaissent et se reconnaîtront, de même que les reconnaîtront ces néo-fauteurs de désespoir qu’on découvre, aujourd’hui, soudainement, inquiets pour le pays et son devenir.

Mais si les néo-fauteurs de désespoir disent aujourd’hui ce qu’ils disent, c’est qu’on leur a suggéré de le dire, à moins que ce ne soit par pure conviction politique et idéologique… S’il est quelqu’un qui devrait prendre la tête de cette cohorte de néo-fauteurs de désespoir, c’est bien Abdelilah Benkirane, cet homme qui dit, redit et affirme que c’est le peuple qui l’a fait nommer à la présidence du gouvernement et qui, aujourd’hui, à l’instar d’autres hauts responsables, se contente de recevoir ses instructions d’en haut et de les imposer à ses collaborateurs.

Personne ne doute du fait que Benkirane est un homme bon et intègre… Cet homme serait un excellent voisin de palier, ou un collègue de bureau idéal, ou encore un compagnon de voyage parfait, mais qu’il soit le chef du gouvernement en plein printemps arabe, dans un pays rongé par la corruption, voilà qui relève aussi et encore de la science-fiction.

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Maroc

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