Les ministres « pommes de terre »…

Les ministres « pommes de terre »…
0 commentaires, 19/11/2012, Par , Dans Chroniques, Couverture

Si nous alignions devant nous tous les responsables qui ont dirigé ce pays depuis l’Istiqlal jusqu’à nos jours – avec les mémoires de ceux d’entre eux qui sont passés dans un monde meilleur – et qu’on leur posât la question suivante : « Qu’avez-vous apporté à cette nation que vous avez dirigée et à ce peuple que vous avez administré durant un demi-siècle ?, nul doute que l’esprit de la réponse tournerait autour de quelque chose du genre : « des centaines de zéros… mais à gauche ! ».

Et de fait, depuis près d’une soixantaine d’années de cette chose que nous avons appelée indépendance, tout ce que les différents responsables auront vraiment réussi à faire est la corruption.

Durant donc toute cette période qui s’écoule sur la dernière moitié du 20e siècle et les années 2000, et au lieu que notre pays ne se soit enrichi de mille bienfaits qui auraient été équitablement répartis entre les gens, nos riches – dont ont connaît les modes d’enrichissement – ont rempli les coffres des banques d’ici et d’ailleurs avec les milliards de dollars, entre autres… Et nous sommes devenus ainsi la seule patrie au monde, ou presque, dont les responsables et les nantis exportent leurs avoirs, bien que leur pays ne soit pas en guerre civile, ni en proie à des troubles sécuritaires sérieux, ni placé sur une grosse faille sismique ni exposé à une autre catastrophe que ses propres responsables.

Après toutes ces années d’indépendance, les gens continuent de n’avoir aucune confiance dans le parlement, ni dans le gouvernement ni dans rien d’ailleurs ; et c’est la raison pour laquelle ils sont plus de 70% à bouder les urnes, du moins pour ceux qui se sont inscrits sur les listes électorales. Et le plus étrange est que le bâtiment du parlement avait été initialement conçu par le colonisateur comme un tribunal, c’est-à-dire un lieu où l’on rencontre bandits, criminels et autres déviants qui, de là, vont directement rejoindre leurs cellules dans les prisons… mais les temps ont changé et ce bâtiment, jadis prévu pour accueillir les hors-la-loi se trouve aujourd’hui accueillir ministres et députés de la nation pour concevoir les lois…

Après toutes ces années d’indépendance, nous savons comment ces cohortes de « collabos » qui avançaient main dans la main avec les colons se sont transformés par la suite en « grands » résistants et ont pu recevoir tant de cadeaux de la nation reconnaissante, celle-là même qu’ils n’avaient eu aucun scrupule à « vendre » à si vil prix quelques années seulement auparavant… laissant sur le carreau les vrais soldats de la libération qui, pour nombre d’entre eux, se sont trouvés dans une situation de quasi-mendicité.

Dans le passé, la Résistance marocaine avait combattu l’occupation française et espagnole. Aujourd’hui, scrutons donc les nationalités de nos divers responsables. Nous serons à coup sûr stupéfaits, choqués, de voir que les Français et les Espagnols qui sont partis en 1956, sont revenus aussitot après mais vêtus de belles djellabas, d’élégants tarbouches et des incontournables babouches. Et si nous allons plus loin dans l’investigation, nous nous apercevrions que les responsables marocains sont les plus avides de nationalités étrangères. Pourquoi donc jeter la pierre à ces humbles immigrés qui demandent – souvent par nécessité – la citoyenneté de leur pays d’accueil ?

Les Marocains sont restés colonisés plus d’une quarantaine d’années ; aujourd’hui, cela fera 60 ans qu’ils subissent le joug de la corruption. Entre deux maux, lequel choisir ? La colonisation ou la corruption ? En fait, c’est pareil et donc, à partir de là, il est tout à fait naturel que les Marocains se considèrent comme vivants sous un système de corruption.

La chose où nous excellons aujourd’hui est l’hypocrisie… Pourquoi cela ? Parce que nous ne pensons jamais, sérieusement, à faire le procès de tout ce qui s’est produit durant toutes ces années. Nous en sommes même encore à glorifier la grande époque héritée d’Hassan II, sans que personne ne sache vraiment pourquoi nous avons tant l’étrange nostalgie d’une époque d’avilissement intellectuel, d’appauvrissement matériel et de grande, très grande répression…. Le plus drole est que certains ont même été jusqu’à baptiser cette phase de l’histoire du pays de « démocratie hassanienne », bien qu’Hassan II lui-même ne se soit jamais attribué le qualificatif de démocrate… et malgré cela, nombreux sont ceux parmi nous qui, hypocrites comme il se doit, ont employé l’expression « démocratie » hassanienne comme s’il s’agissait d’une parole sacrée qui se situerait juste après le Coran.

Cependant, il faut convenir que durant toutes les années passées, le Maroc a donné des esprits nobles, mais ces gens ont été tous vaincus par la combine ou les manœuvres qui les ont précipités dans les abîmes de l’oubli ou d’autre chose… Ces gens passaient, sous les regards de l’écrasante majorité d’hypocrites et/ou d’arrivistes. En ces temps bénis, Hassan II raillait les partis, se moquait de l’opposition et ridiculisait la classe politique d’une manière générale, lui qui n’avait pas hésité, un jour, à dire qu’il pouvait bien nommer son chauffeur au poste de Premier ministre… et il avait bien raison car les cohortes de ministres qui se sont succédés, Premiers ou non, avaient bien montré le peu de différence qui existait entre eux et des chauffeurs. Ils avaient même – à peu de choses près – les mêmes fonctions. En effet, quand Mahjoubi Aherdane officiait en qualité de ministre de la Défense, il avait été surnommé « le ministre des pommes de terre » car son role se limitait à vérifier les factures des fruits et légumes.

Enfin… on n’est pas encore sortis de l’auberge…

Mots Clefs:
Maroc

À propos IBERGAG

Auteurs Anonyme contribuant a l'actualité sur le site communautaire http://ibergag.com

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *