Les ministres de Benkirane pleurent sur leur sort, par Taoufik Bouachrine

Les ministres de Benkirane pleurent sur leur sort, par Taoufik Bouachrine
0 commentaires, 29/05/2012, Par , Dans Chroniques, Couverture

Avant-hier dimanche, à Bouznika, le PJD a organisé une sorte d’audition pour 5 de ses ministres, conduits par leur chef, Abdelilah Benkirane. La rencontre était l’occasion de communiquer entre les ministres et leurs bases au parti, afin de les tenir au courant de l’action du gouvernement et mettre au fait de certains conflits et dossiers sensibles rencontrés lors des six premiers mois de la vie du gouvernement Benkirane.

A travers les réponses apportées, sans langue de bois, par les ministres qui ne se sont pas aperçus de la présence de journalistes parmi l’assistance, dont Younès Meskine, on commence à comprendre la manière de réfléchir des ministres PJD, leurs appréhensions et leur façon de travailler. Ecoutons-les, avant de commenter :

– Benkirane : « Il est important de bien collaborer avec le roi, et de maintenir de bons contacts avec lui… Jamais on ne nous prendra en défaut. Bien entendu, l’obéissance ne s’applique que dans le cas du bien ».

– El Othmani : « Ma relation avec le roi est bonne et les contacts ne sont jamais bloqués. J’ai maintenu des fonctionnaires à l’étranger car ils relèvent de familles influentes ou alors, j’ai eu des recommandations à leur sujet… Certains sont en poste depuis 10 à 12 ans ».

– Rebbah : « Vos ministres sont encore en échauffement, et nous ne savons toujours pas si le pouvoir est avec nous ou contre nous… Le match n’en est encore qu’à ses débuts… Les manifestations et les grèves se poursuivront, mais cela ne doit pas nous ébranler ».

– Choubani : « Attention aux illusions, dont la première est de considérer que nous sommes le parti au pouvoir. Les choses ne se passent pas comme cela ; nous sommes des partenaires de l’autorité, avec une majorité au sein d’un système qui regroupe, en plus de nous, le roi, le parlement et le gouvernement… Nous devons remporter la bataille des communales car les collectivités locales sont au cœur de la construction démocratique ».

– El Khalfi : « Il existe des projets pour semer la confusion dans l’action gouvernementale, et pour altérer ses projets dès leur naissance… des tentatives d’isoler le gouvernement de ses partenaires à chaque projet de réforme. Ainsi, par exemple, pour le secteur de la communication, on a activé des gens de l’intérieur même du système contre le gouvernement ; pour la justice, il en a été de même en faisant monter au créneau des gens issus du système judiciaire ; idem pour la question des associations… »

Que signifie tout cela ? Et quelles sont les raisons de toutes ces « lamentations », après à peine six mois de vie d’un gouvernement qui n’a encore initié aucune grande action ni lancé de grande réforme ? Si les ministres se plaignent déjà des « démons », des « crocodiles », des « lobbies » et autres centres de résistance aux réformes, alors qu’ils n’ont même pas encore entamé leur travail de réforme, qu’en sera-t-il lorsqu’ils seront dans le « nid de guêpes » ?

Ceux qui entendraient nos ministres se plaindre de « l’influence des familles », se lamenter autour d’un pouvoir dont ils ignorent les intentions, gémir sur ces fantomes qui activent manifestants et grévistes, ceux-là pourraient croire que le pays n’a jamais connu quelque chose qui s’appelle le 20 février, ni un discours du 9 mars, ni une constitution du 1er juillet, ni d’élections du 25 novembre, qui ont placé le PJD en pole position. Et qui écoute les geignements du gouvernement pourrait penser qu’il s’agit des lamentations d’une ONG qui n’en peut mais, qui ne dispose ni d’armes ni d’atouts ni de moyens pour se défendre et pour imposer son programme à tous les privilégiés et autres bénéficiaires d’avantages divers.

Vous nous dites chaque jour que Dieu fait que le roi vous soutient, que vous êtes en contact permanent avec lui, et que le chef du gouvernement n’a aucun problème avec le palais. Où est donc le problème ? Le gouvernement est à vous, la majorité parlementaire vous porte, le palais vous soutient, à l’étranger, on est enthousiastes de vous voir aux commandes et à l’intérieur, on a voté pour vous… quant à la constitution, dont la plupart d’entre vous ne semble pas comprendre l’importance, elle vous a conféré de larges pouvoirs… Il ne vous manque plus qu’un peu de courage politique, un zeste de travail organisé et une planification intelligente de votre action pour arriver à vos fins et atteindre vos objectifs.

Si, avec tout cela, vous n’arrivez pas à gouverner, quand donc le pourrez-vous ? Les Marocains ont voté pour des hommes politiques qui doivent avoir la force de l’être et pour des militants qui doivent être fermes et porteurs d’une vision… ils n’ont pas voté pour des orphelins qui se lamentent sans cesse ou pour des pleureuses qui quémandent de l’affection et un peu de compassion.

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