Les messages du prince Hicham sont-ils bien arrivés à destination ?

Les messages du prince Hicham sont-ils bien arrivés à destination ?
0 commentaires, 19/09/2012, Par , Dans Chroniques, Couverture

La présence du prince Hicham Alaoui n’aurait pas eu tout cet impact et n’aurait pas présenté tout cet intérêt ni suscité tout ce tapage médiatique si nous étions cette nation qui respecte ses juges et qui considère ses citoyens égaux devant la loi… Mais tant que nous sommes encore un pays qui ne voue aucun respect pour sa justice, et qui, bien au contraire, s’en sert comme un instrument soumis aux instructions et un espace pour le règlement des comptes, tant que nous sommes cette nation où les citoyens n’ont pas les mêmes droits et obligations, alors il est tout à fait naturel que cet évènement soit exceptionnel à tous les égards.

Il aurait été facile pour le prince de contraindre le dirigeant et militant socialiste Abelhadi Khairate à présenter ses excuses ; il lui aurait été particulièrement aisé de se payer sur la bête et de se venger en usant des moyens habituels en pareils cas, mais voilà, le prince a choisi de s’en remettre à la justice pour recouvrer ses droits, en réclamant un dirham symbolique en plus des excuses auxquelles il estime avoir droit. Et ce faisant, le prince fait montre d’un comportement hautement civilisé et encore plus élégant, un comportement qui fait sens et porteur de nombre de messages à plusieurs destinataires :

1/ Au peuple :

Le Maroc change ; le Maroc d’avant le 20 février n’est pas celui d’avant ; toutes les indications aspirant à semer la désillusion et à répandre le découragement dans les esprits et les cœurs des populations, expliquant que le peuple a perdu l’initiative et que la dynamique populaire n’était que tempête dans un verre d’eau, auront échoué… Qui eût cru, un jour, que Laânigri et Benslimane pourraient être convoqués par la justice ? Et cela est un droit qui a été arraché, qui n’a été accordé ni octroyé par personne à personne. Le peuple a payé le prix pour en arriver là, et il devra encore payer davantage pour en avoir plus, de même que les élites devront faire des gestes, consentir des sacrifices, mêmes mineurs, pour en arriver au même point et préserver les acquis.

2/ A l’opposition et aux médias :

Le temps de l’opposition facile est bel et bien révolu ; désormais, tout ce qui se dit ou s’écrit sur les princes, sur les responsables et sur des personnages publics ne devra pas être tenu pour nécessairement vrai ; il y a dorénavant une différence entre la critique étayée par des preuves et des faits et des accusations lancées dans tous les sens, sans aucun sens. Il n’est plus possible de toucher à la dignité des gens, quels qu’ils soient et quel que soit leur rang. Cela donc – le procès – est un message adressé aux politiques et aux gens des médias pour observer la retenue nécessaire, recourir à la preuve et respecter les codes d’honneur, malgré les divergences, malgré les différences. Ceci est le principe général de réflexion et, en disant cela, je ne prétends pas que les accusations de Khairate soient des paroles en l’air, la justice étant la seule à pouvoir se prononcer sur la question.

3/ Le palais, l’entourage royal et les hauts responsables :

Le message, ici, est adressé aux responsables du pays et particulièrement à ceux qui gravitent dans l’entourage royal, car nul ne peut plus échapper à la justice, tout le monde devra un jour ou l’autre rendre des comptes et personne n’est au-dessus des lois ni ne dispose d’une quelconque impunité ou autre immunité. Aujourd’hui, tout responsable doit pouvoir se présenter devant les juges, et ce n’est là ni un déshonneur ni une rétrogradation sociale… mais si tel n’est pas le cas, et bien ce responsable se présentera quand même devant les juges, mais forcé et contraint. Les images de Moubarak et de ses fils, humiliés et piteusement rangés dans leurs cages, sont là pour nous rappeler qu’il existe quelque chose qui s’appelle le droit, et les lois.

4/ A la justice et à ses hommes :

Le recours du prince à la justice – sachant, répétons-le, qu’il pouvait user d’autres moyens – est un message adressé aux juges qui agissent avec honneur et vertu (et ils sont très nombreux). Ces magistrats doivent « soigner leurs corps », doivent se dresser face aux mauvaises pratiques, face à la corruption et contre la perversion ; ils doivent contribuer à réhabiliter le magistrat, debout ou assis ; ils doivent faire en sorte de restaurer le prestige de la justice et des juges au sein de la société, toute la société, en luttant contre la corruption et en refusant net les instructions et les marchandages de quelque nature qu’ils soient.

En conclusion, disons que les messages du prince sont aussi nombreux que les personnes auxquelles ils s’adressent. Et le prince doit bien avoir ses raisons d’avoir agi de la sorte, la première étant de se défendre et de défendre son honneur. Mais certains verront dans cette initiative d’aller physiquement en justice – dans un tribunal où des jeunes du 20 février ont écopé de lourdes condamnations – un coup porté en-dessous de la ceinture, un geste gênant pour la monarchie par ses références claires et explicites aux nécessaires réformes et changements de comportement, qui devront désormais s’exprimer dans les faits et non plus dans les slogans et les grands discours. Mais d’autres verront autre chose, par exemple une autopromotion du prince pour soigner son image auprès du peuple et se démarquer des autres membres de sa propre famille… et puis, une troisième catégorie estimera que l’acte du prince Hicham exprime son éternel esprit rebelle et sa volonté de sortir de sous le parapluie du makhzen dans lequel il a été élevé, de même qu’une envie de se présenter sous un nouveau « look », plus moderne, plus démocratique, aux yeux du monde.

Mais dans tous les cas de figure, nous ne pouvons que saluer cette initiative du prince, quelles qu’en soient les raisons et les soubassements, en espérant que les autres princes et grands de ce pays lui emboîtent le pas. Nous ne pouvons que former des vœux pour que le controle des autres et leur soumission à la reddition des comptes passe de l’exception à la norma, sachant que tous bénéficient de leurs droits, que tous disposent de garanties, et, comme on dit en arabe, « toute action dépend des intentions qui la fondent ».

*, je n’écris pas « moulay » pour des considérations politiques de nature dominatrices, ce qui ne réduit en rien le respect et la position des gens d’honneur. J’ai supprimé ce terme, bien que ma grand-mère, Lalla Zineb, m’en eusse voulu si elle était toujours de ce monde, elle qui fulminait dès que chacun nous appelait sans mettre Moulay ou sidi avant nos prénoms.

Mots Clefs:
Maroc

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