Les larmes de Taoussi et les crocodiles de Benkirane

Les larmes de Taoussi et les crocodiles de Benkirane

Il existe entre les larmes et les crocodiles une relation dialectique provenant du fait que les larmes versées par ces créatures amphibies ne sont jamais sincères ; et c’est la raison pour laquelle quand Taoussi avait pleuré en pleine conférence, suite à la disqualification prématurée de ses poulains à la dernière CAN, les Marocains ne l’avaient pas cru, mais lui avaient tout de même pardonné et avaient même admis qu’il restât sélectionneur national.

Mais quand notre équipe de football a subi un autre revers face à la Tanzanie en Tanzanie, dimanche dernier, Taoussi n’a rien trouvé d’autre pour s’exprimer que le silence car les larmes, ça ne marche pas à tous les coups.

Lorsqu’Abdelilah Benkirane, le chef du gouvernement, parle des crocodiles et des démons, avec ou sans occasion, il ne se doute pas que ces créatures – qu’il pense être le produit des « poches de résistance au changement » comme les appelait Abderrahmane el Youssoufi dans un autre gouvernement d’alternance – sévissent également dans le milieu du sport et dans ce que l’on qualifie, nous la tribu des sportifs, de « Fédérations de souveraineté », qui ressemblent tant aux ministères de souveraineté,lesquels n’ont de comptes à rendre à personne ici-bas.

Et ainsi donc, les démons et les crocodiles prospèrent au sein des fédérations de football et d’athlétisme et dans bien d’autres encore. Il n’est donc pas surprenant que jusqu’à un passé récent, les directions de ces fédérations étaient dévolues à des gens et des agents d’autorité, ici un général, là un colonel, ailleurs, un ministre. On se rappelle que du temps de Driss Basri, ce puissant ministre de l’Intérieur d’Hassan II avait été désigné à la tête de la Fédération royale de golf, en plus de ses fonctions à l’Intérieur et à l’Information, ce qui lui avait valu le sobriquet de ministre de l’Intérieur, de l’Information et du Golf.

Les démons ne sont pas Ali Fassi Fihri et les siens, ceux-là même qui voyagent aux frais de la sélection nationale de foot, qui hantent les palaces aux frais de la même sélection et qui perçoivent leurs indemnités toujours dans les fonds de la même fédé… non, les véritables démons sont ceux qui tirent les ficelles en coulisses, ou plutot dans la lampe, tant il est vrai que c’est le lieu de résidence privilégié d’un démon. C’est pour cela qu’aujourd’hui, nous ne devons pas demander des comptes à Taoussi ou même à Ali Fassi Fihri, mais à ceux qui ont amené ce dernier pour le porter à la tête du foot national à la fin de l’ère du général Benslimane. Il fallait bien calmer la vox populi, même pour un temps court… Il faut donc réclamer des explications à ceux qui ont amené le pauvre Ali à la présidence de la fédération de foot, bien qu’à ce moment-là, il ne remplissait pas les conditions pour occuper le poste.

Et puisqu’il faut bien rappeler les choses, M. Fassi Fihri n’était pas membre d’un Bureau du Groupement national I, ni président d’une Ligue ni rien qui lui permette de participer à l’Assemblée générale de la Fédé – comme le voudrait la loi – alors a fortiori en être « élu » président…

Mais l’homme est venu, a vu, puis a été « élu » par acclamations, car le vote n’était pas encore une pratique répandue dans le monde du football. Et le résultat, on le connaît : une série ininterrompue de revers, de déceptions et de désillusions qui ont mis le public sous pression.

Les crocodiles du football savent comment enfoncer leurs têtes dans le sable en attendant que la tempête passe, car ces crocodiles savent bien, aussi, que l’opinion publique n’a besoin que de quelques cachets d’aspirine pour calmer ses migraines, mais sans pour autant guérir les sources du mal.

Ces crocos savent également que les soucis politiques et économiques du pays leur éviteront à terme de devoir rendre des comptes, disant ici et répétant là que le foot n’est qu’un jeu, une simple distraction, et bien qu’ils sachent parfaitement que le foot, de nos jours, fait et défait des gouvernements car il s’agit de la seule activité qui ne soit atteinte par les affres de la crise.

Et voilà l’Espagne, aujourd’hui, frappée de plein fouet par la récession et qui ne reste debout que grâce à deux équipes appelées Real et Barça.

Aujourd’hui aussi, Taoussi paiera le prix des résultats obtenus, et Ali Fassi Fihri fera ses adieux au football… oui, certes, mais est-ce pour autant que les démons et les crocodiles quitteront le monde du ballon rond ?

Le foot et la politique sont du pareil au même. Et Benkirane tout à sa recherche de ses démons et de ses crocodiles, est prié d’identifier pour nous qui sont ceux qui hantent le football national, bien que ce sport, aux yeux de certains religieux et d’autres gauchistes, soit considéré comme l’ « opium du peuple » car il retarde le moment de la révolution.

Mais aujourd’hui, les résultats obtenus peuvent, à l’inverse, accélérer cette révolution, et non plus la retarder.

À propos Mouna Naciri

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