Les « Ferracha », au nez et à la barbe de la loi

Les « Ferracha », au nez et à la barbe de la loi
1 commentaire, 18/08/2012, Par , Dans Chroniques, Couverture

Où ? Les rues et boulevards de Hay al Farah, à Casablanca – Quand ? Depuis environ deux ans, et aujourd’hui encore. Des étals, en croissance, sont apparus, progressivement, et proposent des vêtements. Et puis, avec le temps, c’est tout le quartier qui est devenu réputé pour ce type de commerces. Et les clients ont afflué, favorisant l’épanouissement ici et là d’autres « Ferracha » et d’autres « charrettes » qui font dans la vente de vaisselle et d’autres fripes encore moins coûteuses, puis des ustensiles de cuisine… et voilà que tout le quartier s’est transformé en grande kissaria, ou quelque chose qui y ressemble fort.

Non loin de là, sur l’avenue Mohammed VI (anciennement Route de Mediouna), l’une des plus grandes et des plus importantes artères de la métropole casablancaise, les « Ferracha » occupent plus de la moitié de l’avenue. Il n’est désormais plus possible à plus d’une voiture à la fois de passer sur la voie encore ouverte à la circulation, alors que le boulevard dispose de quatre voies dans chaque sens. Et puis voilà que l’autre coté du boulevard, qui avait échappé à l’expansion des « Ferracha » se trouve à son tour occupé peu à peu. J’avais interrogé à ce sujet un agent des Forces auxiliaires, durant le ramadan 2011 et sa réponse avait été alors : « Nous avons des ordres de ne pas les empêcher de s’installer ».

Dans un des nouveaux quartiers résidentiels, au cœur de Casablanca toujours, un marché expérimental avait été ouvert voici quelques temps, avec des boucheries, des épiceries et d’autres commerces. Il ne s’était pas écoulé beaucoup de temps avant que l’entrée de ce marché et la voie qui y mène ne soient envahis par les « Ferracha ».

Aux abords du Morocco Mall, ce temple du commerce à Casablanca, ce sont de très nombreux « Ferracha » qui se sont installés, en plus de bon nombre d’autres activités commerciales aussi variées qu’ « avariées ». La Qorea, derb Ghallef, la Corniche de Casablanca, derb Omar, Bab Marrakech, Maârif, Hay Hassani, Hay Mohammedi… ces différents quartiers de la capitale économique connaissent tous cette occupation illégale du domaine public. Cela occasionne bien évidemment une gêne pour les riverains, mais aussi pour les passants, en voitures, en bus, à pied… La première question qui vient donc à l’esprit est la suivante : Jusqu’à quand durera encore ce laxisme des autorités publiques ? Laisser une personne exploiter commercialement, et illégalement, l’espace public signifie qu’avec le temps cette personne considérera cela comme un droit qui lui revient ; et alors, il sera difficile plus tard de la déloger, car à ses yeux, telle opération sera une injustice et une privation de sa « source de subsistance ». Je comprends les difficultés rencontrées par les autorités pour faire partir des « Ferracha » installés depuis longtemps – bien que cela soit discutable tant il est vrai que nous sommes, juridiquement, face à une occupation illégale du domaine public –, mais je ne comprends absolument pas comment on peut laisser de nouveaux « Ferracha » prendre racine ici et là, car avec le temps, il sera très difficile de leur parler le langage du droit.

Second point à relever, le rapport de la population à ce type d’activité. Nous nous sommes en effet habitués à ce phénomène, et nous n’y voyons plus aucun mal, certains allant même jusqu’à encourager ces « commerces de proximité ». Reconnaissons une bonne fois pour toutes, et loin de toutes ces considérations aussi creuses que populistes et parfaitement inutiles, que ces commerces constituent une sorte de rente, de petites rentes certes au bénéfice de petites mafias, mais des rentes quand même. Pourquoi, à quel titre et de quel droit, lutter contre la rente lorsque ce sont des riches ou des gens influents qui sont concernés et, dans le même temps, ignorer cette même rente, voire l’encourager, quand elle est le fait de personnes qui nous ressemblent ? Et pourtant, nul n’ignore que ces « Ferracha » versent des « redevances » aux agents d’autorité ainsi qu’aux habitants dont ils occupent les seuils des résidences.

Bien des gens savent qu’il existe des intermédiaires qui vivent de ces redevances et/ou du prix de la « location » de l’espace public aux « Ferracha »… C’est là une petite mafia, qui ne porte pas son nom, mais qui n’en menace pas moins notre économie et met à mal le principe du respect et de la primauté de la loi.

Je suis proprement révoltée par des expressions du genre « laissez vivre ce fils du peuple, et laissez-le gagner sa pitance quotidienne »… Je ne parviens pas à comprendre cette logique, car je ne comprends pas qu’un peuple puisse aspirer au progrès et au développement, mais en marge de la loi, si ce n’est contre… Quel est donc ce modèle économique que nous voudrions instaurer chez nous ? Comment pouvons-nous prétendre combattre le sous-développement et la corruption régnant au sein des institutions publiques et/ou des formations politiques et, en même temps, accepter, voire justifier et encourager, ailleurs, le même sous-développement et la même corruption pour le simple fait qu’il émane de classes populaires qui croulent sous le fardeau de l’existence ? Comment pouvons-nous penser aux « Ferracha » et autres marchands ambulants, mais éviter de nous inquiéter pour ces commerces légaux qui, eux, face à ce phénomène, perdent leurs « pitances » et leurs pécules en raison de cette concurrence malsaine, ni pure ni parfaite ? Comment donc pouvons-nous nous permettre de considérer les plaintes incessantes des riverains comme égoïstes et arrogantes ? Comment pouvons-nous comprendre et admettre que les « Ferracha » puissent vivre, et refuser de comprendre et d’admettre que les riverains puissent avoir droit à un peu de tranquillité ? Pourquoi s’occuper et même se préoccuper d’un individu qui occupe illégalement l’espace public et qui empêche la circulation, au seul prétexte que c’est un « enfant du peuple » qui a aussi « le droit de vivre » ? Imaginons un instant que de grandes entreprises procèdent de la même manière et viennent exposer leurs produits sans autorisation légale… Les défenseurs des « Ferracha » le toléreront-ils ?

Les chiffres de 2010 établissent que les « Ferracha » étaient plus de 400.000, pour la seule Casablanca. Ce chiffre a dû bien augmenter depuis, et il est évident que les autres villes vivent la même situation. Il est facile de critiquer notre sous-développement et notre système économique et que concomitamment nous encouragions cette économie informelle sous couvert d’une compassion populiste plus que douteuse. Il est très facile de s’adonner à ce militantisme approximatif du fait qu’il soulage nos consciences, et qu’il nous permette de nous réveiller chaque matin, l’esprit en paix, pour avoir défendu un système économique marginal qui « encourage les pauvres et les faibles »… occultant complètement que ce système aggrave notre sous-développement, car socialement décalé, légalement prohibé et ne tenant aucun compte du droit de chacun à connaître une qualité de vie donnée.

Il est plus que temps que les autorités compétentes prennent la question avec sérieux, avant qu’il ne soit trop tard. On ne peut vouloir appliquer la loi dans différents domaines, mais qu’on laisse ce phénomène des « Ferracha » prospérer en dehors de toute légalité. Nous ne pouvons laisser une catégorie sociale déterminée consacrer et imposer son non-respect de la loi. Nous ne pouvons plus nous permettre d’avoir peur d’appliquer la loi, au nom d’un populisme de mauvais aloi,.

 Par Sanaa el Aji

Mots Clefs:
Casablanca

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Un Commentaire

  1. hamdi
    août 26th, 2012 18:44

    noud les citoyens honnetes de la classe moyenne nous souffrons de l abandon de l autorite au profit des ferrchas et barons de l informelle qui ne payent les 2 taxes
    JUsqu a quand nous allons nous taire face a l anarchie et le laisser faire de la pagaille arabe?

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