« Les chevaux de Dieu » : le réalisateur Nabil Ayouch dissèque le parcours de deux kamikazes

« Les chevaux de Dieu » : le réalisateur Nabil Ayouch dissèque le parcours de deux kamikazes

Pour le réalisateur Nabil Ayouch, c’est la marginalisation qui est le terreau du terrorisme au Maroc, et dans son dernier film, présenté au festival du cinéma de Tanger, il dissèque le parcours de deux kamikazes des attentats de 2003 à Casablanca.

« Les chevaux de Dieu », de ce réalisateur franco-marocain, raconte le cheminement de deux frères parmi les 14 futurs kamikazes des attentats du 16 mai 2003, des attaques qui ont fait 41 morts (dont leurs auteurs, ndlr) et restent un traumatisme pour la société marocaine.

Tous ces kamikazes étaient originaires de Sidi Moumen et, pour la présentation du film à Tanger, Nabil Ayouch a insisté sur le caractère emblématique de ce bidonville, symbole des quartiers pauvres et « déconnectés » de Casablanca, mégalopole de presque cinq millions d’âmes.

« Il faut absolument reconnecter ces quartiers au reste de la société, grâce au théâtre, grâce à la culture, grâce à l’école, grâce au cinéma, grâce au système de santé », a plaidé le réalisateur à Tanger (nord), où s’est tenu jusqu’au week-end dernier le festival national.

« L’objectif est de casser ce sentiment de gens qui vivent à la marge, qui se sentent abandonnés (…) Je suis en train de parler de +vivre ensemble+ », a-t-il encore clamé.

Les jeunes acteurs qui interprètent les deux frères sont eux-mêmes originaires du bidonville, qualifié de longue date de « poudrière urbaine » par des sociologues. « J’ai été honoré de jouer dans ce film, a relevé Abdelilah Rachid. Lors de ces attentats, il y avait beaucoup de jeunes de mon quartier ».

Les attentats du 16 mai 2003 ont profondément marqué le Maroc, qui était considéré jusque-là comme un pays « à l’abri » du terrorisme. Les jeunes kamikazes avaient pris pour cibles un hotel et un restaurant, le bâtiment de l’alliance israélite et le cimetière juif ainsi que le consulat de Belgique.

Injustices sociales

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En avril 2011, l’attentat de Marrakech, qui a fait 17 morts, est venu rappeler que le danger rodait toujours, quelles que soient les motivations des auteurs des attaques.

Dans son film, Nabil Ayouch met donc l’accent sur la « marginalisation », en la présentant comme l’une des principales causes. Le film « montre les causes spécifiques du terrorisme dans notre pays, ce ne sont pas forcément les mêmes ailleurs », a souligné Mohammed Belmou, critique de cinéma.

Au-delà de ce film, qui a déjà connu une « carrière » à l’international –il a notamment été présenté au dernier festival de Cannes–, la 14e édition du festival de Tanger a également permis d’aborder les thèmes délicats de la politique et du Printemps arabe.

Avec « A l’aube, un 19 février », le réalisateur belgo-marocain Anouar Mouatassim a indiqué avoir voulu adresser « un clin d’oeil » au mouvement du 20-Février, qui revendique des réformes politiques et sociales profondes.

Aux premiers jours du festival, qui s’est tenu du 1er au 9 février, un documentaire projeté dans la vieille salle du cinéma Roxy, avait en outre fait parler de lui: « Tinghir-Jérusalem, les échos du Mellah », du Franco-Marocain Kamal Hachkar.

Ce documentaire raconte l’histoire de juifs d’un petit village berbère (Tinghir) et leur départ en Israël, dans les années 50 et 60, une époque durant laquelle des dizaines de milliers de Marocains de confession juive ont émigré.

Il n’a pas été du goût de tous: le 5 février, 200 personnes, pour la plupart islamistes, ont manifesté devant la salle de cinéma contre sa projection.

Mots Clefs:
Juif marocainMaroc

À propos Mouna Naciri

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