Les cartes gagnantes du roi pour contrer le « coup américain »

Les cartes gagnantes du roi pour contrer le « coup américain »
0 commentaires, 26/04/2013, Par , Dans Politique

Voici une semaine encore, l’horizon était sombre et les perspectives effrayantes pour les décideurs à Rabat, suite à la proposition de la représentante américaine à l’ONU, Susan Rice, dans laquelle la diplomate demandait l’extension du mandat de la Minurso à la supervision du respect des droits de l’Homme au Sahara et à Tindouf, dès le lendemain du 30 avril 2013.

Mais voilà qu’entre le 15 avril, date de la convocation des chefs des partis politiques au cabinet royal pour une réunion urgente, et le lundi 22 du même mois, jour de la tenue de la première séance du Conseil de Sécurité pour examiner la question et le rapport de l’Envoyé spécial de l’ONU, Christopher Ross, la donne a complètement changé et les choses se sont inversées avec l’évolution de l’attitude américaine et le silence remarqué de Mme Rice, qui signifie en langage diplomatique que l’Amérique est prête à retirer sa proposition.

Tout au long de cette semaine de peur et de panique, le role joué par Mohammed VI a été central, déterminant et décisif pour dénouer la crise qui s’annonçait. Ainsi, et en parallèle à la mobilisation du front intérieur, le roi a dégainé sa grosse artillerie diplomatique en faisant appel à ses divers et nombreux contacts à l’international, des contacts en mesure de faire infléchir les décisions qui se préparaient, et principalement les décisions américaines. Et puis, l’ensemble des corps constitués marocains ont reçu, mardi soir, des assurances officielles fondées sur des contacts formels tenus entre la Maison Blanche et le palais royal, qui ont conduit la première puissance mondiale à retirer son projet.

Tout cela a pu être réalisé au moyen de plusieurs cartes jouées par le Maroc.

Diplomatie royale

La dernière semaine a montré l’étendue et l’efficacité de la diplomatie royale. Le réseau des relations officielles et des amitiés personnelles du palais avec les milieux influents sur l’échiquier mondial a été mis en branle dès que le projet US a été connu et confirmé. Selon Samir Bennis, l’expert marocain, consultant auprès des Nations-Unies, « La crise en cours a montré l’importance des relations personnelles du roi, que cela soit à la Maison Blanche ou à l’Elysée, ou même auprès de certains milieux influents au sein des centres américains de prise de décision ». L’expert ajoute que « pour des sujets aussi sensibles que celui-ci, des contacts officiels et officieux sont noués à l’abri des lumières, jusqu’à parvenir à un accord qui, ensuite, est rendu public ; dans le cas présent, les entretiens effectués avec la Maison Blanche et l’administration américaine ont de toute évidence été déterminants ».

Le clan Clinton et le lobby juif

L’un des points forts du Maroc et de sa diplomatie tient dans la qualité des relations personnelles et familiales, surtout celles entretenues avec la famille Clinton. « Cette famille est très proche du Maroc et tient une position importante au sein du parti démocrate, actuellement aux affaires à Washington », nous append Samir Bennis, qui précise en plus que l’ancien président Bill Clinton et son épouse l’ancienne secrétaire d’Etat Hillary Clinton « bénéficient d’une position privilégiée, car très forte, dans l’appareil démocrate, dépassant l’influence de l’actuel secrétaire d’Etat John Kerry et de sa diplomate Susan Rice. D’autres sources n’excluent pas par ailleurs une implication forte de la communauté juive marocaine installée aux USA ».

Les réformes du « printemps arabe »

Quand le Maroc a entrepris d’aller à l’international pour contrecarrer l’initiative américaine, il a pu s’appuyer sur le crédit qui est le sien suite aux nombreuses réformes entreprises et aux évolutions effectuées dans le contexte du printemps arabe. Le ministre des Affaires étrangères, Saâdeddine el Othmani, a fait plusieurs sorties médiatiques dans lesquelles il a particulièrement insisté sur les avancées politiques, constitutionnelles et législatives réalisées par le Maroc. C’est ainsi que le chef de la diplomatie marocaine, invité à la BBC mardi soir, a asséné que « le Maroc a réussi les plus grandes réformes politiques de la région », rappelant les réformes constitutionnelles décidées et la création du Conseil national des droits de l’Homme et ses prolongements régionaux…

L’allié français

La dernière visite du président français sur nos terres était venue confirmer et renforcer l’axe Paris-Rabat dans les domaines politique et économique ; François Hollande avait même réaffirmé devant le parlement à Rabat son soutien à la position marocaine concernant le Sahara. Une source médiatique œuvrant au sein des Nations-Unies a même précisé que « la partie française a été la plus active et la plus efficace dans les coulisses de l’ONU », bien que publiquement, Paris n’ait fait qu’une déclaration lapidaire pour exprimer son opposition à la proposition américaine.

L’évolution de l’attitude de l’Espagne

Madrid a surpris tout le monde par sa position déterminée et publique à propos de la crise qui s’est profilée la semaine dernière. Une source marocaine chargée du dossier a déclaré que « l’Espagne a adressé des signaux clairs au Maroc, et elle l’a fait publiquement afin que ses nouvelles conceptions ne restent pas cantonnées dans les coulisses diplomatiques, et pour éviter toute réaction de Rabat contre les intérêts espagnols ». Le spécialiste marocain en affaires militaires et stratégiques, Abderrahmane Mekkaoui, estime pour sa part que ce faisant, l’Espagne défendait ses intérêts économiques et sécuritaires liés au Maroc ; « la situation de grave crise économique que connaît l’Espagne, en plus de la situation tendue au nord Mali et les risques de détérioration sécuritaire et d’immigration massive ont grandement contribué à la définition de l’attitude de Madrid ».

Ouverture sur les organismes internationaux

L’Agence France presse, qui a la première annoncé l’information de la proposition américaine, a rapporté les termes d’une déclaration d’une source diplomatique onusienne allant dans le sens que les évolutions que connaît le dossier du Sahara est une façon d’attirer l’attention du Maroc sur la nécessité d’un meilleur respect des droits de l’Homme, en liaison avec la question des territoires contestés. Mais Rabat a riposté en mettant en avant son accord à la visite au Sahara de bon nombre d’organismes internationaux et d’émissaires des Nations-Unies, comme Juan Mendez, le Rapporteur sur la torture, qui avait effectué une grande tournée au Maroc, Sahara compris, l’année dernière. Rabat a ainsi expliqué que ces mécanismes de controle étaient préférables à d’autres qui restent à créer, insistant sur son entière disponibilité à accueillir d’autres controleurs et émissaires de la communauté internationale.

L’opposition des russes

Personne, parmi les observateurs, n’aura prévu que Moscou allait se ranger aux cotés du Maroc, contre les Etats-Unis, dans cette affaire. La Russie, en effet, a toujours été l’alliée de l’Algérie et du Polisario, contre le Maroc, tenu pour être un protégé des Occidentaux, selon le vocabulaire et la nomenclature de la guerre froide. La visite effectuée par le conseiller royal Taïeb Fassi Fihri à Moscou aura servi à montrer que les lignes ont désormais bougé dans ces relations de Rabat avec les grandes puissances, de même qu’elle a indiqué les nouveaux intérêts russes dans la région. Selon des médias russes, le conseiller du roi – qui portait un message royal au président Vladimir Poutine – a abordé plusieurs questions avec ses interlocuteurs à Moscou, comme les intérêts russes dans la région Mena et en Afrique, le dossier du Moyen-Orient, la crise syrienne… Ecoutons Abderrahmane Mekkaoui : « Le Maroc est considéré comme un fournisseur important de phosphates, et présente d’excellentes opportunités pour les investisseurs russes dans le secteur du tourisme ; l’Ours russe agit donc activement au Maroc, mais sans tambours ni trompettes ».

La « neutralité » des chinois

Bien que les dirigeants chinois n’aient pas exprimé explicitement leur opposition à la proposition américaine d’étendre le mandat de la Minurso au controle des droits de l’Homme, leur neutralité et le fait qu’ils se soient abstenus de soutenir les ennemis du Maroc aura attiré l’attention des observateurs. Pour Mekkaoui, toujours, « La Chine a toujours été neutre dans l’affaire du Sahara, du fait qu’elle est très sensible aux questions ayant trait à l’unité territoriale, Pékin ayant des revendications sur Taiwan et certaines îles dépendant administrativement du Japon ». De plus, selon l’expert, Pékin ayant d’énormes intérêts en Afrique, il a toujours préféré observer une stricte neutralité dans les conflits qui se déroulent sur le continent noir.

La faiblesse de la position du Polisario

En dépit de la trop longue ignorance des questions des droits de l’Homme par le Maroc, et malgré sa négligence de ses points faibles dans ce domaine, il n’en demeure pas moins que l’attitude négative d’Alger et du Polisario à l’égard du Haut-commissariat aux Réfugiés et leur refus de laisser effectuer un recensement dans les camps sont deux éléments qui ont finalement affaibli leur position et auront, en parallèle, facilité l’argumentation des marocains auprès des grandes chancelleries visitées cette semaine.

À propos said boulif

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