Le tramway, Bouzebbal et Casanegra…

Le tramway, Bouzebbal et Casanegra…
0 commentaires, 21/12/2012, Par , Dans Chroniques, Couverture

Voici une semaine déjà que le tramway arpente les rues de cette ville tentaculaire qu’est Casablanca, dans une tentative de trouver une solution à la crise du transport et aux difficultés de déplacements que connaît cette métropole considérée comme laissée pour compte durant les deux dernières décades. Une ville négligée, abandonnée à une poignée de conseillers incompétents et incapables et au ministère de l’Intérieur qui ne voit que deux choses dans cette ville : son patrimoine foncier qui vaut une fortune, et en crée, et l’aspect sécuritaire qui implique la nécessité de maintenir une certaine stabilité pour éviter qu’une démographie incontrolée ne bascule en force de contestation qui malmènerait les équilibres savants de l’autorité.

Le tramway est le premier projet d’envergure lancé et réalisé dans la cité depuis des décennies, mais il n’est pas suffisant. Casablanca a besoin de davantagede grands projets, elle requiert également une vision économique et sociale ; Casablanca a besoin d’être gérée et régie par des élites politiques et administratives renouvelées afin qu’elle puisse, un jour, faire honneur à son nom et qu’elle redevienne le cœur battant du royaume ainsi que ce creuset historique qui aura marqué la mémoire du peuple et de la nation toute entière.

Vivre à Casablanca devient de plus en plus coûteux pour les pauvres,difficile pour les classes moyennes et problématique pour les riches. Une ville où tout le monde se plaint de ne voir comme seule loi que la corruption et comme seul mot d’ordre, le désordre.

Une ville qui est l’incarnation de cinquante ans de tripatouillages électoraux, de la domination autoritaire et arbitraire sur ses habitants, une ville qui reflète les graves anomalies et les profonds dysfonctionnements de la structure de l’Etat et de la société… des anomalies et dysfonctionnements qui ont donné, qui donnent encore naissance à ces barres de ciment isolées les unes des autres et à ces quartiers qui ne ressemblent à rien et que rien ne relie aux autres qui leur ressemblent. Qui donc se souvient encore des évènements du 16 mai, des explosions de Sidi Moumen et des manifestations des années 80 qui ont fait gronder les mitrailleuses ?

Tout le monde aura noté que les autorités de la ville ont affecté plus de 450 agents de sécurité privés et publics à la surveillance et à la protection des belles voitures du tramway, en plus des caméras qui épient tous les faits et gestes se produisant dans les trains de ce nouvel arrivant tout fraîchement arrivé. Mais qui sont ces ennemis qui tiennent donc tant à détruire cette belle œuvre ? Et qui sont donc ces créatures qui veulent en découdre en s’en prenant à cette nouvelle création, qui aura coûté aux Casablancais la coquette somme de 6 milliards de DH ?

L’ennemi du tram en particulier, et de toutes les infrastructures et institutions des grandes villes en général est ce peuple inconnu de tous et ignoré par tous, dont nul ne parle… Un peuple oublié et abandonné, qui ne trouve aucune place dans la pensée des officiels, des partis et de la société civile, un peuple qui se nomme lui-même « Bouzebbal » (les ordures, les déchets de la société), une manière de montrer la valeur qu’il se donne à lui-même et une façon d’indiquer la place qui est la sienne… des détritus dont on doit se débarrasser, au plus vite, au plus loin… des moins que rien, des rebus dont personne ne veut… les restes de produits consommables et consommés, qui n’ont plus aucune utilité. Bouzebbal n’exprime pas ses idées et ses revendications de manière consciente et avec des moyens civilisés, non… il préfère la violence, la destruction, le désordre, la rébellion… il veut tout renverser, tout démolir, compliquer la vie à ceux qu’il pense être responsables d’avoir gâché la sienne.

Ce Bouzebbal semble dire, quelque part que « si vous ne nous acceptez pas à votre table, alors nous renverserons cette table avec tout ce qu’elle contient… Gâchez cette fête à laquelle personne n’a pensé à vous convier. Attirez l’attention à partir du bas en détruisant ce tramway qui fait le bonheur du haut ; cassez, lapidez donc cette chose, au risque de porter atteinte à l’intégrité physique d’innocents, piétinez cet espace vert qui n’a pas été aménagé pour vous, et détruisez ces infrastructures sportives prévues pour d’autres que vous »…

Bouzebbal est cette personne qui a acquis la conviction qu’elle n’a aucune valeur, qu’elle n’a pas d’avenir et qu’il n’existe absolument aucun espoir de voir sa situation s’améliorer demain, après-demain, et encore après ; alors, son comportement devient agressif, hostile, ses réactions sont destructrices, radicales, et sa culture de vie revient au stade primaire, instinctif. Une victime transformée en criminel, un lésé qui se prend à léser, un pauvre qui devient ennemi de ses semblables plus pauvres encore, si possible…

Un Bouzebbal dont l’avenir ne peut être autre que basculer en un déviant répandant la haine et la violence dans les rues, qui sort de sa petite prison pour entrer dans la grande, la vraie, un radical fondamentaliste qui voit la vie en noir et se transforme en gardien d’une vertu toute aussi noire, un futur cadavre flottant dans les eaux du Détroit, sans vie, après avoir mené une vie sans espoir et avoir caressé l’espoir de trouver une vie digne hors de chez lui et loin des siens.

Franchement, pouvons-nous imaginer un seul instant un pays d’Europe, d’Amérique ou même d’Asie ou d’Afrique où l’Etat engloutirait les milliards du contribuable pour aménager un moyen de transport confortable et très joli auquel, immédiatement après son lancement, le même Etat affecte 450 gardes, un peu comme si ce tram traversait une zone de guerre, un territoire ennemi ou une ligne de tir ?…

Non, cela ne peut exister que dans le plus beau pays du monde…

Mots Clefs:
Casablanca

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