Le tourisme sexuel

Le tourisme sexuel
0 commentaires, 12/03/2013, Par , Dans Chroniques, Couverture

Un sujet, un autre, qui fera couler de l’encre et de la salive, mais c’est un sujet essentiel. Vendredi dernier, nous recevions Najat Anwar, la président de l’association « Touche pas à mon enfant », dans le Box des accusés à Med Radio. La dame a lâché le mot, l’expression, avec tout ce qu’elle comporte comme charge, et sans hésiter : oui, il existe ce qu’on appelle un tourisme sexuel au Maroc, un tourisme sexuel organisé, avec tout un ensemble de réseaux structurés qui œuvrent à grande échelle pour procurer de la chair fraîche, bon marché, à ces nombreux étrangers qui viennent sous nos cieux pour s’adonner à cette activité aussi abjecte qu’illégitime,interdite partout dans le monde, prohibée par la loi dans sa lettre et dans son esprit, une activité à laquelle nulle personne normalement constituée ne peut se livrer, tant il est vrai qu’elle se rapporte à des enfants qui ne savent pas ce qu’ils font de leurs corps. Il est donc absolument exclu de pouvoir admettre ce qui se produit dans nos rues et principalement dans nos villes touristiques, au prétexte que cela est justifié par la pauvreté et l’extension de la précarité.

Lors de la même émission, et voici environ un an de cela, le ministre du Tourisme Lahcen Haddad avait énergiquement nié l’existence de ce tourisme sexuel dans nos contrées, reconnaissant à peine certains cas isolés qui ne peuvent être hissés au rang de réseaux organisés ni ne permettent de comparer notre pays à Bangkok ou à d’autres endroits du monde où cette activité illégitime a cours. Une réponse telle que celle apportée par le ministre procure en réalité une assurance trompeuse, car personne ici ne souhaite admettre que son pays s’est transformé en un vaste lupanar qui procure de la chair fraîche, préadolescente, à vil prix, à des étrangers malades qui veulent assouvir des instincts que l’on ne peut rencontrer que dans des asiles d’aliénés.

Mais regardons les choses avec des yeux un tant soit peu ouverts, et baladons-nous un peu dans nos villes dites touristiques ; nous y verrons des choses proprement effrayantes, des pratiques qui donneront davantage de crédibilité aux propos de Najat Anwar qu’à ceux de Lahcen Haddad.

Nous avons, il faut le dire, un problème sérieux qui ne saurait être réglé en le niant… Et ce problème consiste en l’exploitation, par des réseaux étendus, des besoins et de la misère des filles et fils de cette nation pour faire commerce de leurs petits corps, dans une pratique qui se généralise et qui n’est plus ignorée de personne ; ce problème devient envahissant, marquant nos vies quotidiennes, s’exprimant au vu et au su de tous et de toutes, montrant toutes ces abjections qu’il entraîne en l’absence d’une réelle volonté de l’affronter et de le combattre, en l’absence même et aussi d’une reconnaissance de l’existence de ce phénomène, une reconnaissance qui pourrait ouvrir ne serait-ce que sur un début de réflexion pour une possible solution… Ainsi, et puisque l’interdiction de tels comportements se révèle insuffisante, voire même impossible, alors qu’au moins l’établissement d’un arsenal juridique et d’un système de soins puissent servir à endiguer les catastrophes que ce type de tourisme induit.

Voici des années, et ce souvenir me semble lointain bien qu’il n’excède pas la décennie, j’avais été invité à une soirée à Marrakech par un ami saoudien rencontré lors d’une visite en Egypte. J’avais accepté l’invitation et je m’attendais à tout dans cette soirée, sauf la présence de deux jeunes femmes âgées d’à peine 14 ans. Ces jeunes mineures étaient là, en compagnie de plusieurs autres, amenées par un intermédiaire, ou plutot un maquereau (il faut appeler les choses par leur nom, sans excès inopportun de délicatesse) qui répondait ainsi au vœu de ces étrangers désireux d’animer leur soirée, en leur proposant un « pack ».

L’attitude des jeunes Saoudiens présents à la soirée était à la foi chevaleresque et pénible à voir. Ils avaient catégoriquement refusé que les deux gamines restent avec les invités, ils leur avaient versé des sommes auxquelles les deux petites ne rêvaient même pas, et puis ils avaient intimé l’ordre au monstre qui les avait amenées là de quitter les lieux. Les deux jeunes filles s’en étaient donc allées, avec ce maquillage bon marché qui leur servait à masquer leurs traits juvéniles, voire enfantins, nous laissant, nous, seuls, en proie à une seule pensée : Comment se peut-il que cela se produise dans un pays tel que le Maroc ? Et où a donc disparu cette bonté et cette générosité des Marocains pour qu’ils puissent estimer que faire vendre à une petite fille son corps était chose naturelle, ordinaire et ne pouvant donner lieu à aucun problème. J’ignore le sort de ces jeunes filles aujourd’hui mais je suppose – connaissant bien mon Maroc et mes concitoyens – qu’elles sont aujourd’hui des professionnelles du sexe, qui en ont même l’âge légal, si tant est que l’on puisse parler d’âge légal pour ces activités… Mais ce qui est sûr, et lamentable, est que des enfants des deux sexes doivent subir la même expérience, dans notre ignorance de la chose et face à notre indifférence ; il est certain aussi que personne ne leur dira de s’en aller, bien au contraire, il se trouvera toujours des gens malades de leur obsession et obsédés par leur maladie, et dont les obsessions et les maladies sont servies par une grande propension à payer ce type d’abjections.

Disons-le clairement : tant que nous acceptons le mariage des jeunes filles de moins de 18 ans, tant qu’on évoque parmi nous des choses telles que celles de Maghraoui et d’autres encore qui pensent pouvoir autoriser les épousailles de fillettes de 9 ans, et tant aussi qu’on persiste à penser stupidement et dangereusement qu’une jeune fille peut être « délicieuse et peut donner plus que son âge ne le permet »… tant qu’on fait tout cela, nous continuerons tous – sans exception – à protéger la pédophilie dans notre pays.

Nous resterons tous ce gang de maquereaux qui vend la chair de nos petites et de nos petits, en pensant qu’ainsi nous servons le tourisme dans notre pays.

Mots Clefs:
Maroc

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