Le testament d’Abdeslam Yassine

Le testament d’Abdeslam Yassine
0 commentaires, 17/12/2012, Par , Dans Chroniques

Cheikh Abdeslam Yassine est mort. Paix à son âme… Le fondateur de la Jamaâ al Adl wal Ihsane a remis son âme entre les mains du Créateur, laissant derrière lui tout une vie et un très long parcours intellectuel, pédagogique, politique et militant… Un parcours qu’il aura payé au prix fort, y laissant sa liberté et y sacrifiant la stabilité de sa famille, pour mener à son terme son entreprise de construction du plus grand et du plus important courant islamique marocain.

Cheikh Abdeslam Yassine a été un témoin de son siècle, dans son pays, depuis sa sortie de l’ère du Protectorat à la gestion de son indépendance, et cela a permis à l’homme de réviser ses conceptions sur lui-même, son histoire, son identité, ainsi que sa relation à la religion, à la politique, à la jurisprudence, au soufisme, à la modernité et aux valeurs de notre temps. Cheikh Yassine, à l’aube de sa quarantaine, a choisi la voie du soufisme classique, au sein de la « Zaouiya » (confrérie) des Boutchichi alors dirigée et inspirée par Cheikh Abbas, cherchant par là une stabilité pour son âme souffrante et sa pensée tourmentée. Mais, six années plus tard, il devait quitter la zaouiya, refusant son système héréditaire quand le Cheikh Abbas, sentant sa fin proche, en avait remis les clés à son fils Hamza. Cheikh Yassine avait donc été parcourir le vaste monde, en quête de réponses à des questions qui le taraudaient lui et toute une génération de ses semblables… une génération déçue et désabusée par les évènements des années 70, quand les espoirs nés consécutivement à l’indépendance s’étaient évaporés et quand les forces du changement démocratique avaient été pourchassées et persécutées par les hommes de Hassan II qui avaient réussi à édifier un système sécuritaire brutal au nom de la défense du trone.

En 1974, Cheikh Yassine avait adressé une lettre plutot virile au roi défunt, une lettre intitulée « l’islam ou le déluge » et qui avait marqué son entrée officielle et solennelle dans l’opposition radicale au pouvoir. La lettre, dont le seul titre représente tout un programme, appelait le roi à repentance, une nouvelle repentance qui prendrait exemple sur celle d’Omar Ibn Abdelaziz, et l’exhortait à appliquer la charia.

Après donc que Yassine eût envoyé cette lettre à un roi qui se considérait comme Commandeur des croyants et se présentait comme un tuteur de la religion et des hommes, il avait préparé son linceul et se préparait à rejoindre l’au-delà en martyre. Et la réponse de Hassan II ne s’était pas faite attendre… il n’avait pas fait tuer Yassine mais l’avait fait embastiller, puis s’était ravisé pour une meilleure idée qui avait consisté à le placer en asile psychiatrique pour la raison que l’homme aurait perdu la raison, raison pour laquelle il avait manqué de respect à son maître.

A sa sortie de la prison et de l’hopital, la route était désormais tracée pour l’adepte devenu entre temps cheikh qui réunissait dans son sac la connaissance, la pédagogie et le jihad, et quel Jihad ! Comment, sinon, appeler le fait de dire ses vérités à un roi oppressif ?

En 1981, Abdeslam Yassine constituait la Jamaâ el Adl wal Ihsane après qu’il eut échoué à fédérer l’islamisme marocain sous sa bannière ; il souhaitait à travers sa nouvelle structure offrir une seule et même chapelle à l’éducation, la politique, le soufisme et la connaissance. Il s’était donc attelé, huit années durant, à ériger l’édifice de la jamaâ sur la voie de la méthode prophétique, sur les plans de la pédagogie éducative, de l’organisation et de la recherche, jusqu’au jour où l’ancien ministre de l’Intérieur, Driss Basri, avait décidé de le placer en résidence surveillée. Il était resté donc 10 ans reclus chez lui, pendant que ses fidèles se croisaient aux portes des prions, les uns y entrant pendant que les autres en sortaient. Et c’est là que s’était produit un bouleversement dans l’esprit du Cheikh, de ce cheikh qui prodiguait des conseils de repentance aux rois : il était finalement parvenu à la conclusion que le système dynastique héréditaire était la source de tous les maux de la Oumma (la nation, ou communauté) et de son éloignement de la source originelle et pure de l’islam primitif. C’est une théorie sur l’injustice comme réaction naturelle à… l’injustice, mais aussi à l’exclusion et à la marginalisation.

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