Le scandale de Lanzarote met à nu le gouvernement espagnol

Le scandale de Lanzarote met à nu le gouvernement espagnol
0 commentaires, 18/03/2013, Par , Dans Chroniques, Couverture

« Lorsque j’ai vu la vidéo, la peur m’a submergé et je me suis mis à trembler de tout mon corps bien que ce drame, je l’ai vécu en direct sur la patera… un drame qui a tué tant de mes compagnons après que le patrouilleur espagnol eut décidé volontairement d’emboutir notre frêle embarcation, sur laquelle se trouvaient 25 personnes qui tentaient leur chance en essayant de rallier Lanzarote »… Ces propos sont de Lahcen Mchouet, un des rescapés de cet accident – volontaire – en mer.

L’ambassadeur d’Espagne au Maroc a été convoqué d’urgence au ministère des Affaires étrangères à Rabat pour présenter des explications sur les faits montrés dans la vidéo mise en ligne par le quotidien espagnol el Païs. Ce journal a eu le courage de dévoiler ce film sur son site et de le commenter dans une de ses éditions ; le film montre donc ce patrouilleur des garde-cotes espagnols tourner autour de la patera puis, dans un moment de folie, l’équipage a lancé le bâtiment droit sur la petite barque, qui s’est désintégrée en fragments de bois flottant sur l’eau… En quittant les locaux du ministère des Affaires étrangères, le diplomate espagnol a déclaré à l’agence de presse de son pays, l’EFE, que l’entretien s’était déroulé dans une ambiance amicale et courtoise. Cela signifie deux choses : soit que l’ambassadeur a dit ce qu’il a dit pour ne pas laisser enfler la polémique, et bien que les faits soient un véritable drame, une réelle tragédie et un crime qualifié dont les auteurs doivent être arrêtés et condamnés, soit, d’autre part, les entretiens avec les diplomates des deux pays se sont effectivement tenus dans une ambiance amicale et que les responsables des Affaires étrangères ont convoqué l’ambassadeur de Madrid non par colère contre ce septuple meurtre mais pour enrayer la colère des gens et atténuer l’embarras politique dans lequel les médias ont placé le gouvernement.

Il aurait été davantage indiqué pour l’ambassadeur d’Espagne et son ministère d’annoncer l’ouverture d’une enquête pour définir les circonstances de ce drame qui a occasionné la mort de plusieurs personnes en pleine mer… car même si c’était des animaux qui avaient été noyés dans ces conditions, une enquête aurait été nécessaire, alors a fortiori des êtres humains…

Cette tragédie appelle à deux observations importantes, cruciales …

La première remarque est que les gouvernements d’Europe, dont bien évidemment celui de Madrid, se comportent de manière différente avec les valeurs des droits et de la dignité humaine. L’homme blanc du nord a une valeur consacrée, et des valeurs sacrées, mais celui qui vient du sud, qui est citoyen de pays pauvres aux gouvernements branlants est tout juste bon à figurer, comme numéro, sur une liste de victimes, cet homme n’étant en fin de compte qu’un « criminel » embarqué sur une patera sur laquelle s’entassent des « rats » qui tentent de se faufiler, à la faveur de la nuit, vers les cotes européennes ; c’est pour cela que les tuer, les naufrager, les sauver ou non ne sont que des détails et parfois même consistent en des tâches supplémentaires ardues et non souhaitables, car les européens sont persuadés que ces gens-là, personne ne s’inquiétera de leurs sorts.

Cette hypocrisie des européens contribue à éloigner encore plus qu’elles ne le sont déjà les rives des deux continents voisins. Imaginons maintenant ce qui se serait produit si le patrouilleur avait été marocain, algérien ou tunisien… les gouvernements d’Europe auraient aiguisé leurs couteaux pour charcuter ces pays qui, décidément, ne respectent rien ni personne, qui ne vouent que mépris pour la vie des gens sans ne jamais s’intéresser à leurs situations ou à leurs droits, bien que ces droits soient ou devraient être égaux pour tous, et non négociables comme en bourse, avec des valeurs changeantes en fonction des origines…

La seconde remarque porte sur ce quotidien qui a dévoilé cette affaire… un grand périodique espagnol, éminemment respectable, qui aurait pu garder par devers lui cette information qui porte atteinte aux intérêts supérieurs de l’Espagne avec le Maroc en ces temps économiquement difficiles… Mais non, el Païs a fait le bon choix, s’armant du courage qu’il fallait et s’attachant aux valeurs universelles ; le journal a donc révélé l’affaire, laissant le gouvernement espagnol assumer ses responsabilités. Si nous, nous avions fait cela, et que ayons dévoilé un comportement agressif ou même simplement négatif des services de sécurité à l’encontre de citoyens de pays amis ou ennemis, le ciel nous serait tombé sur la tête, nous aurions été accusés de haute trahison, nous aurions été critiqués pour avoir porté atteinte aux intérêts vitaux du pays etc etc… et c’est cela qui fait la différence entre une presse influente agissant au sein d’une société qui en connaît la valeur, et une presse faiblarde, atone, une presse que guettent les services de tous bords pour l’accuser de maux de toutes sortes.

Mots Clefs:
Maroc

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