Le Renseignement francais ont essayé de censurer Wikipedia

Le Renseignement francais ont essayé de censurer Wikipedia
0 commentaires, 10/04/2013, Par , Dans Monde

Les policiers de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) ont fait supprimer, de façon cavalière selon la communauté Wikipédia, un article francophone qui donnait des informations précises sur la station hertzienne militaire de Pierre-sur-Haute. Résultat : les internautes se sont défendus en remettant en ligne les informations depuis la Suisse, et en traduisant la page en 20 langues. C’est ce qu’on appelle un effet Streisand : le résultat de la censure est l’inverse du résultat escompté.

Cette polémique a tourné en ridicule le très réputé contre-espionnage français sur les cinq continents, entraînant une réaction sur notre site de la part du Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN). Ce dernier a rappelé que c’est le parquet antiterroriste de Paris qui dirige le dossier, et non la DCRI, et il a évoqué le filtrage des pages de Wikipédia, qui pourrait être ordonné aux fournisseurs d’accès à Internet par la justice. Christophe Henner, vice-président de Wikimédia France, répond aux arguments des policiers pour Le Point.fr.

Le Point.fr : Comment réagissez-vous à l’évocation du filtrage par le SCPN ?

Christophe Henner : Pour l’instant, cette évocation est uniquement le fait d’Emmanuel Roux, secrétaire général du SCPN. Nous espérons que c’est une erreur de langage et non une réelle possibilité. S’il s’avère que cette solution est envisagée, nous répondrons alors spécifiquement à cette menace.

Et quelle est votre réaction à la convocation de votre président Rémi Mathis à deux reprises par la DCRI ?

Le droit français, qui est relativement similaire au droit américain sur ce sujet, définit différents types de responsabilités quant aux contenus sur Internet. On y trouve l’auteur, l’éditeur dans le cas de presse en ligne et l’hébergeur. Le bénévole convoqué par la DCRI (le président de Wikimédia France, Rémi Mathis, NDLR) n’est aucun des trois. Il n’avait donc aucune responsabilité juridique vis-à-vis du contenu incriminé par la DCRI. Ce point est extrêmement important. Les députés français ont, et c’est suffisamment rare pour le noter, fourni un cadre légal très efficace et équilibré aux producteurs de contenus sur Internet. La LCEN, loi de 2006, prévoit des procédures précises quant aux demandes de suppression d’un contenu. Ces demandes doivent être adressées à l’hébergeur. Le bénévole n’est pas le représentant de l’hébergeur, il n’est pas non plus l’auteur de l’article, il n’y a pas d’éditeur sur Wikipédia. Rémi Mathis n’a été convoqué que parce qu’il avait la capacité technique de masquer du contenu sur Wikipédia. Comme on a pu le voir, son action était parfaitement réversible, et elle a d’ailleurs été annulée assez rapidement.

Le parquet avait déjà donné son accord pour une garde à vue, lors de la seconde convocation, si Rémi Mathis refusait d’obtempérer…

Ce n’est, hélas, pas le point qui nous gêne. À aucun moment, nous n’avons abordé l’aspect juridique de cette histoire. Peut-être que le parquet avait donné son accord pour une garde à vue, d’ailleurs, aujourd’hui, nous n’avons toujours pas eu la documentation en ce sens, mais ce n’est pas le problème. Emmanuel Roux (secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale, NDLR) rappelait, sur Europe 1 lundi soir, que la France est le pays des droits de l’homme et du citoyen. Et il a parfaitement raison. Mais à ce moment-là, comment se fait-il qu’en 2013 un bénévole qui agit pour la diffusion de la connaissance au plus grand nombre, qui n’a aucune responsabilité dans une affaire, se retrouve convoqué à la DCRI et menacé de garde à vue et de mise en examen, alors que la loi française prévoit des procédures claires pour demander le retrait de contenus sur Internet ? Cette histoire sème le doute parmi les contributeurs les plus avertis de Wikipédia. Beaucoup se demandent si eux aussi peuvent se retrouver dans cette situation à cause de leur activité bénévole.

Pourquoi la demande de suppression envoyée aux États-Unis par la France n’a-t-elle pas abouti ?

Quand un hébergeur reçoit une demande en bonne et due forme de retrait de contenu, il n’a pas à s’exécuter immédiatement. Sa responsabilité est de traiter la demande à partir des éléments qu’il a et de décider du retrait, ou non, du contenu. S’il refuse, la loi prévoit des recours juridiques clairs bien plus efficaces que de menacer un bénévole pour qu’il masque un article, qui par la suite sera restauré, traduit dans 20 langues et vu par des centaines de milliers de personnes…

Les informations de Wikipédia contenaient-elles des données « extrêmement précises », dont « des taux de résistance de matériaux » utilisés pour la construction, selon le SCPN ?

Non, c’est faux, d’ailleurs on peut toujours consulter la version de la page que la DCRI avait demandé de supprimer ! Le problème ici est que les données qui ont permis de rédiger l’article proviennent d’un documentaire sur la station réalisé avec l’aval du ministère de la Défense (voir notre article sur le reportage de la chaîne locale TL7). Il est surprenant qu’une information qui n’était pas jugée sensible à l’époque devienne subitement secret-défense. Car il est important de noter que l’article a été rédigé uniquement à partir de contenus déjà disponibles sur Internet, et n’est pas le résultat d’une investigation. Les contenus résultant d’investigations sont interdits sur Wikipédia. De manière plus générale, Wikipédia n’a pas pour objet de diffuser des informations illégales, secrètes ou injurieuses. Et Wikimedia Foundation, comme hébergeur, n’a pas non plus à répondre favorablement à toutes les demandes de suppressions de contenus. Il faut que ces demandes soient correctement motivées…

Mots Clefs:
France

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