Le PAM et la nécessité de l’autocritique

Le PAM et la nécessité de l’autocritique
0 commentaires, 13/12/2012, Par , Dans Chroniques

Certaines personnes semblent heurtées par les propos tenus par M. le Chef du gouvernement devant la Chambre des Conseillers, mais en vérité, il ne s’agit pas de la première fois qu’Abdelilah Benkirane établit ainsison diagnostic de la situation politique au Maroc avant le printemps arabe. Et ce n’est pas la première fois non plus qu’il évoque ce scénario rétrograde que connaissait le pays ces dernières années, un scénario fondé sur une logique de controle vers laquelle se dirigeait le Maroc, avec l’existence d’un parti politique soutenu et porté par l’administration pour s’accaparer et dominer la vie publique, les différents organes et institutions de l’Etat, dans le cadre d’un programme de développement par le haut qui devait aboutir à une équation connue, à savoir « le développement sans la démocratie ».

Les conditions ayant présidé à la création du PAM (parti Authenticité et Modernité) le suivront et lui nuiront toujours ; en effet, cette création, non naturelle, s’inscrivait dans une stratégie portant à dominer la vie politique marocaine et à s’opposer au PJD essentiellement… Aussi, après avoir échoué à exister en tant que coalition de partis, après le retrait des partis de Kadiri, d’el Ouazzani et d’el Alami, qui ont compris après leur adhésion à cette initiative que les objectifs manquaient de noblesse, car consistant à les absorber avant de les réduire à néant à la première occasion qui se serait présentée, voilà qu’interviennent les élections communales de 2009 qui ont conduit à de sérieuses interrogations sur l’avenir de la démocratie au Maroc et sur le devenir des partis politiques… Il est vrai qu’un parti créé trois mois avant le scrutin et qui se hisse à la première place à la suite de ce scrutin conforte quelque peu l’idée de la mise en place d’une « démocratie sur commande » et consacre l’instauration d’une stratégie de domination des processus électoraux de diverses manières…

De grandes inquiétudes étaient nées dans l’esprit de tous les démocrates quant au danger que représentait ce parti sur l’avenir de la démocratie au Maroc. Ces appréhensions n’émanaient pas de la force du parti sur le terrain, mais venaient plutot du fait qu’il était une sorte de coalition hybride entre « l’envoyé de l’Etat sur la scène politique », une partie de cette gauche imprégnée d’une culture opportuniste, éradicatrice, servie par des gens qui refusaient la différence et la coexistence avec d’autres personnes qui ne partageaient pas leurs pensées, et, enfin, une partie de la classe aisée et des notables qui n’aspiraient qu’à renforcer leurs positions et protéger leurs intérêts économiques et leurs fortunes à travers l’accès à des fonctions représentatives, au parlement ou dans les communes…

Cette expérience ne se fondait aucunement sur une vision idéologique claire, une vision qui pouvait être défendue et même attaquée, pas plus qu’elle ne reposait sur un référentiel politique véritable qui lui aurait servi de base dans sa pratique de la politique.

Il aura été donné à tout le monde d’observer comment certains centres d’influence ont pu s’immiscer et se glisser dans le champ politique, s’appuyant sur les moyens de l’Etat et s’aidant de toute sa logistique administrative et médiatique pour s’intégrer dans cette vaste stratégie de recomposition de la scène politique nationale, en utilisant des instruments non politiques matérialisés par deux éléments : le premier consiste à attirer, d’une part, une partie des notables du pays et des riches qui n’étaient animés par rien d’autre que le maintien de leurs privilèges et fortunes et, d’autre part, des opportunistes qui aspiraient à la gloire en empruntant des raccourcis pour l’atteindre, une pratique qui rappelle celle de l’ancien règne où l’on s’appuyait sur ces mêmes personnes – les notables et les riches – pour affronter les partis issus du mouvement national. Le second élément retenu par l’entreprise de restructuration du champ politique par le nouvel arrivant sur la scène partisane nationale se reflète dans ces mafias organisées qui font feu de tout bois, employant tous les moyens à leur disposition pour influencer, faire pression, sur des personnalités bien déterminées, dans l’objectif de renforcer les structures du parti en le truffant de cadres débauchés des autres formations, et attirés par la contrainte consistant en la menace de dévoiler leurs secrets et bien d’autres choses aussi les concernant…

Aujourd’hui, avec le printemps arabe, tout cela est derrière nous, et nul ne peut contester le droit des gens à créer leur parti. Mais, en contrepartie, il y a un véritable besoin moral et politique de voir le PAM entreprendre et mener son autocritique, puis se débarrasser de quelques individus qui ont marqué sa jeune existence par leurs méthodes mafieuses… Ce n’est qu’en procédant à cela, et uniquement après, que cette formation pourra se libérer du complexe qui l’accompagne depuis sa naissance et qui continuera de la tarauder tant qu’elle n’effectue pas cette rupture entre les conditions de sa création et celles imposées par le printemps arabe et le nouveau contexte qu’il a induit…

Cela est le conseil sincère d’une personne qui pense et croit qu’en politique tout est possible, mais à la condition expresse de disposer d’une crédibilité morale, d’abord et, ensuite, d’être clair et cohérent avec soi…

Mots Clefs:
Maroc

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