le message de condoléances du roi à Khalid Alioua bouscule la donne politique

le message de condoléances du roi à Khalid Alioua bouscule la donne politique

On ne peut que s’incliner devant la dépouille de feue la mère de M. Khalid Alioua, non pas en raison du fait qu’elle fut sa mère, mais parce que c’était une citoyenne marocaine, inconnue jusqu’à son décès, qui est devenu un acte politique par excellence, couvert par les médias et suivi par la classe politique dans son ensemble… Et pour éviter que la solennité de la mort ne nous conduise vers une certaine légèreté dans la gestion d’une affaire publique, il était, il est nécessaire d’apporter les remarques suivantes :

Khalid Alioua, un citoyen marocain, était devenu un leader politique de premier plan, au sein de l’USFP, sa famille politique d’origine, avant de devenir un ministre en vue, et d’être désigné ensuite pour présider aux destinées d’un grand établissement national de crédit…

Khalid Alioua est aujourd’hui un détenu soupçonné d’avoir mal géré cet établissement ; il fait l’objet d’un dossier qu’on dit épais et important, constitué entre les couloirs de la Brigade nationale de la Police judiciaire et ceux des tribunaux, un dossier qui comprend des documents, des auditions et des confrontations…

Khalid Alioua fait l’objet de fortes présomptions de culpabilité, ce qui a conduit le parquet à ordonner son incarcération préventive et le juge d’instruction à refuser sa libération conditionnelle, malgré les demandes incessantes de sa défensedans ce sens …

L’avocat de M. Khalid Alioua est son camarade de parti, et par ailleurs nouveau Premier secrétaire de ce parti… dont l’élection continue de faire couler beaucoup d’encre…

La conduite technique de l’instruction par l’institution du parquet ou du juge d’instruction entre dans le cadre de la pratique judiciaire, coercitive, contraignante et indépendante, et qui ne peut être contestée que par une autre pratique de même rang et de même niveau.

L’autorisation à lui faite d’être provisoirement remis en liberté pour assister aux funérailles de sa mère est également une décision judiciaire, indépendante, et entre dans le cadre de l’humanité de toute procédure pénale.

Fin du premier acte de notre analyse : Khalid Alioua est accusé, soupçonné, mais reste innocent jusqu’à preuve de sa culpabilité, par une cour de justice.

Mais, par ailleurs, sur un autre plan, et si nous donnons crédit à ce qui a été rapporté par la presse écrite, et surtout électronique, à savoir que le roi aurait adressé un message de condoléances à M. Khalid Alioua lequel message, en plus des traditionnelles condoléances, loue l’homme et ses qualités… si cela est vrai, alors nous nous trouverons face à un grand paradoxe dans la pratique politique marocaine…

Les lettres de condoléances sont porteuses de messages politiques, et ces lettres ont été également chargées de sens ces temps derniers, du fait même qu’elles aient été rédigées, ou non, et cela dépend de la qualité de la personne disparue ou de ses proches, de sa proximité ou non avec le cercle royal, de son positionnement politique ou de ses idées.

Le roi est, aux termes de la constitution et plus précisément de son article 56, le président du Conseil supérieur du Pouvoir judiciaire, et l’article 57 lui confère le pouvoir de nomination des magistrats…

Louer les qualités d’un homme, publiquement, revient à louer sa droiture et à exprimer son intégrité et il n’est pas possible de constater cela sans le lier à une sorte d’innocence prononcée en dehors des procédures judiciaires…

Ainsi, et même si M. Khalid Alioua retrouve sa cellule après l’autorisation spéciale qui lui a été donnée de la quitter, et même si l’instruction de son affaire et son procès se poursuivent selon les contraintes des procédures, la question de la neutralité et de l’impartialité de ses juges sera posée suite à cet acte royal louant l’accusé.

Dans cette affaire, les juges ne devraient-ils pas se placer sous la protection del’article 109 de la constitution qui précise que « Est proscrite toute intervention dans les affaires soumises à la justice. Dans sa fonction judiciaire, le juge ne saurait recevoir d’injonction ou instruction, ni être soumis à une quelconque pression » ?

Quel est donc ce juge qui, pendant qu’il examinera l’affaire de M. Khalid Alioua, oserait ne pas tenir compte du message royal… ce qui nous conduit à présager d’un classement de cette affaire, comme cela avait été le cas, précédemment, pour celle de Jamaâ Mouâtassim, ce dirigeant du PJD qui reste en principe poursuivi pour des indélicatesses et autres infractions urbaines enregistrées dans la ville de Salé… Cela remet en cause le fonctionnement de la justice dans son ensemble, dans sa globalité, et cela amène à s’interroger sur son efficience et sur sa réelle indépendance, sachant que le principe de la présomption d’innocence n’est nullement remis en cause ; aussi, nous pouvons nous interroger sur qui a fait quoi dans cette affaire, pour Khalid Alioua, pour l’USFP et pour le Maroc entier ?…

En tout état de cause, il ne reste plus qu’à exprimer des condoléances doubles, pour cette dame qui a quitté ce monde en attendant que son fils revienne de voyage, et pour la justice si peu respectée par nos politiques.

Mots Clefs:
Maroc

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