Le Maroc remporte une victoire diplomatique…

Le Maroc remporte une victoire diplomatique…

Le Maroc a réalisé une importante percée diplomatique et politique en réussissant à persuader les Etats-Unis de revenir sur leur précédente proposition pour le Conseil de Sécurité des Nations-Unies portant sur l’élargissement du mandat de la Minurso à la supervision des droits de l’Homme au Sahara. Les actions entreprises par le Maroc, conduites directement ou indirectement par le roi Mohammed VI, sont parvenues à la Maison Blanche et ont éloigné le spectre du controle des droits de l’Homme par la mission militaire onusienne. Des sources diplomatiques ont affirmé que les Etats-Unis ont opté pour un contact direct avec le Maroc pour examiner la question, sans passer par l’intermédiation française, et la nouvelle mouture de la résolution a été confiée par Washington au groupe des Amis du Sahara, constitué au palais de verre de New York.

Ce succès diplomatique marocain est apparu lors de la réunion du Conseil de Sécurité qui a été consacrée à la discussion autour du dernier rapport de Ban Ki-moon sur le Sahara. Selon les informations qui ont filtré de cette réunion, les Etats-Unis sont apparus plus ouverts sur l’introduction d’amendements à leur nouvelle proposition qui n’inclurait aucune mention sur les droits de l’Homme.

Ainsi, avant même l’ouverture du débat, les Marocains avaient lancé une vaste campagne et mené une lutte farouche en coulisses : Yousef Amrani, le ministre délégué aux Affaires étrangères, était à Washington pour une visite informelle au cours de laquelle il a entrepris diverses actions diplomatiques officieuses destinées à faire bouger les lignes. Pendant ce temps-là, le ministre de l’Habitat et de la Politique urbaine, Nabil Benabdallah, était à Moscou pour nouer des contacts avec les dirigeants russes dans l’objectif d’influer sur les Américains et le Conseil de Sécurité.

Selon une source française à l’ONU, les Américains auraient répondu aux sollicitations de Paris que Washington allaient prendre contact directement avec Rabat pour amender la proposition soumise, ce qui suppose que les Etats-Unis sont disposés à assouplir leur position. A l’issue de la réunion, un des chefs du Polisario a fait une déclaration virile, musclée, dans laquelle il suggère l’éventualité d’un retour aux armes, avec l’instabilité que cela peut apporter à l’ensemble de la région, si les droits de l’Homme ne figurent pas dans la prochaine résolution ; Omar Mansour, membre du Secrétariat national du Polisario, a affirmé que si le référendum n’est pas garanti par l’ONU et si les droits de l’Homme ne sont pas prévus dans la résolution à voter, « nous nous orienterons vers une guerre qui aura des répercussions sur la région », car un recul des Nations-Unies par rapport à leur projet initial d’imposer un controle des droits de l’Homme « fera basculer la zone entière dans un conflit armé ».

La séance de lundi, tenue à huis-clos et sans caméras, a duré deux heures et l’Envoyé spécial de Ban Ki-moon, Christopher Ross, a présenté son rapport, avant que la parole ne circule entre les 15 membres du Conseil. Mais, selon un diplomate marocain, « ce qui importe au Maroc est que les Etats-Unis, qui sont à l’origine du projet de résolution qui devait être voté, n’aient plus évoqué le sujet des droits de l’Homme, pas plus d’ailleurs que les autres membres présents ».

Pour sa part, une source médiatique marocaine résidente à New York a déclaré que l’ambiance générale de la réunion indique qu’ « une évolution notable a été enregistrée dans l’attitude américaine après les nombreux contacts établis par la diplomatie marocaine auprès des grandes chancelleries ». De plus, et toujours selon la même source, « la réaction du dirigeant du Polisario montre bien que ce à quoi s’attendait le Front et l’Algérie n’allait pas passer, et c’est ce qui explique l’extrême nervosité des diplomates sahraouis et algériens ». Le journaliste ajoute que le mutisme marocain est destiné à ne pas envenimer les choses et provoquer la partie adverse.

Samir Bennis, l’expert marocain, consultant auprès des Nations-Unies, a affirmé de son coté que cet optimisme est excessif car, selon lui, « les Etats-Unis n’ont pas retiré leur proposition parce que ce n’est pas ainsi que les choses se passent au Conseil de Sécurité ; en revanche, ce qui est certain, c’est que des changements seront introduits au projet initial, supprimant la proposition de créer un nouveau mécanisme de controle des droits de l’Homme et la remplaçant par l’idée espagnole de faire superviser ces droits au Sahara et à Tindouf par le Haut-commissariat aux Réfugiés ».

Samir Bennis note cependant que c’est la première fois que les Etats-Unis soumettent une proposition sur ce dossier ; la fois précédente, c’était l’Afrique du Sud, et avant elle, l’Ouganda. Selon Bennis, bien que les choses semblent bien se dérouler, rien n’est encore joué ni gagné car « le mode de fonctionnement de l’ONU permet de poursuivre les négociations et les concertations jusqu’au moment du vote final de la résolution ». Néanmoins, rappelle l’expert marocain, face à l’opposition de la Russie, de l’Espagne et surtout de la France au projet US, il aurait été difficile aux Américains de le maintenir en l’état car les Nations-Unies sont ainsi faites que si les Etats-Unis n’avaient pas reculé, les français et les russes auraient pu étendre le différend à d’autres questions, ce qui n’est nullement dans l’intérêt des américains.

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MarocSahara

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