Le Maroc multiplie ses efforts pour relever le défi de la Finance Islamique

Le Maroc multiplie ses efforts pour relever le défi de la Finance Islamique

Face aux problèmes de la finance conventionnelle notamment avec la crise mondiale actuelle qui frappe les grandes économies partenaires du Maroc et, surtout, les éventuels problèmes de liquidité, la finance islamique s’impose avec force à coté des banques traditionnelles.

Le gouvernement marocain se prépare ainsi à cette nouvelle ère en procédant à un diagnostic du marché de la finance islamique afin de déceler ses caractéristiques et faire un benchmark des expériences des pays qui ont adopté ce système pour en tirer des enseignements. Il s’agit en fait de mettre en Âœuvre un système adapté aux spécificités et aux choix du Royaume.

A ce sujet, l’expert international en finances et banques islamiques, M. Belkacem Boutayeb a signalé que si le Maroc ambitionne d’être un grand hub financier et bancaire pour l’Afrique et le Moyen-Orient, il est crucial de prendre en considération les expériences étrangères tout en tirant des enseignements utiles et adapter de façon intelligente l’exercice de ces nouvelles banques à l’environnement marocain , mais aussi en tenant compte des attentes des investisseurs étrangers et des promoteurs de ces nouvelles institutions.

Il est à rappeler à ce propos que les banques islamiques ont pu relancer le cycle économique dans le monde, en attirant une épargne financière de plus d’un trillion de dollars, enregistrant ainsi un taux de croissance de 23 pc annuellement, comme le soulignaient des participants à un séminaire organisé, en août 2012 à Meknès, sous le thème « la banque islamique au Maroc et le développement économique.

Même son de cloche chez le principal consultant du cabinet international Al Maali Islamic Finance Consultant, M. Mohamed Boulif qui a affirmé, lors d’un entretien publié le 29 novembre 2012 par l’hebdomadaire Finances, que la crise financière a mis en perspective une meilleure résilience du système financier islamique, qui n’a pas souffert des dérives inhérentes au système conventionnel , en signalant que plusieurs instances et experts ont recommandé l’inspiration des principes de la finance islamique pour réformer le système financier international.

Dans le même cadre, le ministre délégué chargé des affaires générales et de la gouvernance, Mohamed Najib Boulif a affirmé dans un entretien publié par le quotidien +Aujourd’hui Le Maroc+ que la finance islamique s’impose en tant que nécessité et les produits alternatifs islamiques ne peuvent être que vitaux pour l’économie marocaine tout en signalant que « si on veut éventuellement faire du Maroc un hub économique régional, il faut adopter ces nouveaux instruments ». Il s’agit de l’un des vecteurs de développement qui dopera le marché économique national, a-t-il assuré.

Ce système est défini comme étant un mécanisme financier qui lie le capital financier à l’industrie et au commerce sans utiliser un intérêt . Il s’agit donc d’un procédé qui permet aux techniques de financements islamiques d’établir des échanges commerciaux en empêchant l’intérêt, et ceci dans les règles de la Chari’a. La notion de partage des pertes et profits est un des éléments clés dans le concept de la finance islamique.

Dans son analyse de la situation actuelle des finances islamiques, M. Mohamed Boulif a assuré que le Maroc est dans une phase de transition, après l’expérience mitigée des produits alternatifs et l’attente de l’adoption de la nouvelle loi bancaire, qui prévoit un cadre nouveau pour les banques participatives. Tous les indicateurs montrent des perspectives intéressantes pour le Maroc. Cependant, le succès dépendra fortement du soutien des autorités de régulation et de l’engagement du secteur bancaire .

Ce constat est partagé par le PDG et le fondateur de Mena Finance (première société de conseil d’affaires en finance islamique en Afrique du Nord), M. Mohamed Ali Mrad qui a déclaré lors d’un entretien publié le 19 avril 2012 par l’hebdomadaire Finances, que le Maroc possède d’énormes atouts, dont en premier lieu l’indépendance de son marché financier qui est le 2ème en Afrique et le 1er dans la région MENA, outre les liens économiques, financiers et capitalistiques que le pays entretient avec le continent africain et notamment les pays à forte communauté musulmane. Ceci est une base et un atout pour le Maroc dans le développement du secteur de la finance islamique.

Le Maroc aurait tout à gagner dans l’élargissement de son paysage financier et bancaire. La finance islamique sera bénéfique par l’attrait de nouvelles ressources en provenance des pays membres du Conseil de Coopération du Golfe et d’Asie.

Elle permettra l’amélioration sensible du taux de bancarisation, pouvant arriver à 60 pc, mais aussi le financement des PME/PMI dans la culture de l’entreprenariat et du partage des risques et des résultats. Sur un autre volet, elle contribuera à la stimulation des banques conventionnelles pour améliorer leurs services et leur compétitivité, a affirmé M. Belkacem, également ex-directeur international de Dar Al Maal Al Islami.

Pour concrétiser les choses, un cadre législatif des banques islamiques est prêt depuis mardi 4 septembre 2012 et sera mis en application au cours de cette année. Il est intégré dans le projet de refonte de la loi bancaire soumis à l’appréciation des opérateurs.

Il prévoit la mise en place d’un comité Charia pour la finance dont le secrétariat sera assuré par Bank Al Maghrib et sera chargé de se prononcer sur la conformité à la Charia des opérations et produits offerts au public.

Ce projet de loi autorise les banques classiques et les sociétés de financement à exercer en totalité ou en partie l’activité de banques participatives mais sous réserve de disposer pour cela d’un agrément. Le texte institue un fonds de garantie des dépots pour indemniser les déposants et aussi pour venir en aide aux banques participatives en difficulté.

Au total, six produits sont prévus dans le projet de texte (article 56). Il s’agit notamment de la Mourabaha, un contrat par lequel une banque participative acquiert un bien meuble ou immeuble en vue de le revendre à son client plus une marge bénéficiaire convenue d’avance. Vient ensuite Ijara qui porte sur la location par la banque participative d’un bien meuble ou immeuble dont elle est propriétaire à son client.

Autre produit, la Moucharaka, qui est un contrat de participation de la banque dans un projet en vue de réaliser un profit.

Le projet de loi s’arrête aussi sur la Moudaraba qui est définie selon l’article 56 comme tout contrat mettant en relation une banque participative (Rab el Mal) qui fournit des fonds et un entrepreneur (Moudarib) qui fournit son travail en vue de réaliser un projet. La responsabilité de la gestion du projet repose entièrement sur l’entrepreneur. Les bénéfices réalisés sont partagés selon une répartition convenue entre les deux parties et les pertes sont assumées exclusivement par Rab el Mal sauf en cas de fraude commise par le

Moudarib .

En ce qui concerne les défis à relever, M. Belkacem a préconisé que le Maroc devra se préparer de manière pragmatique et judicieuse en assurant la formation des formateurs et des encadrants qui auront pour mission, dans les 5 prochaines années, de fournir des cursus et des modèles de mise à niveau technique, juridique et théologique pour les futurs cadres des nouvelles banques dites participatives.

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Maroc

À propos Abdellah Miloudy

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