Le « hayek »

Le « hayek »
0 commentaires, 10/06/2013, Par , Dans Chroniques, Couverture

Voilà quelques années, la chanteuse libanaise Haïfa Wahbi était venue sous nos cieux, et avait chanté sur un bateau durant 20 minutes, pour l’honnête somme de 1,2 million de DH. La voix de cette femme n’est pas un miracle de la création, mais on dit que l’intense activité de chirurgie plastique qui est constamment pratiquée sur son corps et son visage en a fait la chanteuse la plus chère en terres arabes… Ainsi, si elle avait gardé ses premières formes et ses premiers traits, il ne fait aucun doute que personne ne lui aurait proposé le quart de ce qu’elle a touché pour cette fameuse soirée embarquée.

Ce que fait Haïfa est exactement pareil que ce que font ses semblables artistes ; ainsi donc de Nancy Ajram, ou encore sa sœur de lait Elissa, et bien d’autres encore, toutes partageant équitablement leur temps entre leurs déhanchements sur scène et leur passage chez les plasticiens.

Et il y a encore quelques jours, la chanteuse égyptienne Sherine était dans nos murs, ou plutot ceux de Mawazine ; elle est venue, elle a chanté, elle a empoché quelque intéressante somme d’argent, puis elle est repartie. On dit que Sherine, étant jeune, ressemblait vaguement à Quasimodo, la bosse en moins, et si la légende est vraie, elle n’aurait même pas été autorisée à passer place Jemaâ el Fna.

Les artistes se font belles pour gagner plus, encore plus, toujours plus, mais le problème est que cette propension à s’offrir au bistouri de chirurgien s’est étendue à de très nombreuses femmes dans le monde arabe pour lesquelles Haïfa, Nancy et Elissa sont devenues les modèles, les canons absolus de beauté. On dirait qu’avant l’apparition de la chirurgie réparatrice et/ou esthétique, les femmes arabes étaient toutes des guenons.

Mais cette propension à se faire belles, pour les femmes, n’est pas une exception arabe. En inde, par exemple, ces dames entreprennent de louables efforts pour blanchir leur peau et pour ce faire, elles prennent des poudres et autres lotions en quantité industrielle, au point de ne plus savoir au juste quelle est leur couleur de peau, blanche, olivâtre, plus blanche, moins olivâtre…

En Chine, au Japon et en Corée, les femmes rêvent d’agrandir un peu leurs yeux, bien qu’il ne reste plus grand-chose à voir en ce bas-monde, et de mouler un peu mieux leurs formes. Si ces dames avaient contracté un accord de libre-échange avec les femmes arabes, le monde en aurait été de toute évidence meilleur… les Arabes donnant aux Asiatiques leurs corps, et les Asiatiques leur envoyant en retour de la cervelle… Cette région du monde qui est la notre se développerait ainsi en 5 jours, sans doute ni aide.

La recherche de nouveaux canons de beauté n’est pas une activité récente ; elle est même bien enracinée dans l’histoire, et elle a pris des formes diverses, certaines évoluées, d’autres plus primaires et/ou primitives. Les Africaines, par exemple, se sentent heureuses, sont vraiment heureuses quand elles ne parviennent plus à s’asseoir sur une chaise ordinaire. Les Mauritaniennes s’évertuent à laisser grossir une partie précise de leur anatomie parce que c’est là un moyen infaillible d’attirer les hommes. Et il existe aussi des Africaines qui ont entrepris de concurrencer les girafes en matière de longueur du cou, pendant que d’autres prennent exemple sur les oreilles des éléphants pour agrandir les leurs.

Dans le passé, les dames craignaient d’avoir des nez trop longs car celle qui avait tel organe était considérée comme menteuse, forcément menteuse. Mais la chirurgie plastique est là, et a transformé la pire des mythomanes en chantre de la vérité. Dans les nations développées, les femmes prennent exemple sur les célébrités. Les Américaines vont chercher leurs modèles du coté d’Hollywood, et c’est la raison pour laquelle les chirurgiens plasticiens ornent leurs salles d’attente de photos de stars, afin de laisser le chaland choisir… A d’autres moments, une femme considérant qu’elle peut encore embellir, va chez le médecin qu’elle voudrait charger de la besogne, lui exhibe sous le nez l‘image de quelqu’un et lui dit : « Je veux devenir comme elle ».

Au Royaume-Uni, un véritable engouement est né pour la personne et les traits de Dame Kate Middleton, l’épouse du prince William, lui-même digne fils de son père le prince héritier Charles. Les gens aiment le nez de Kate. Les gens aiment le sourire de Kate, bien qu’elle ait gardé quelque part un air campagnard et bien que quand elle sourit, on a la vague sensation qu’elle veut vous vendre quelque produit de supermarché dont vous pourriez avoir l’usage.

Au Maroc, cette mode de l’esthétique est en passe de devenir un vrai phénomène, mais le plus curieux est que nos compatriotes aspirent à ressembler et à reproduire les modèles libanais et syrien, sachant que l’histoire peut témoigner que les successeurs des Omeyyades envoyaient de nombreuses demandes en mariage aux magnifiques femmes qui vivaient alors dans ce qui est aujourd’hui le Maroc.

La beauté en nos contrées est une chose complexe, un mélange de nombreuses cultures et de civilisations diverses, dont l’andalouse qui a puisé dans l’Orient, en Ibérie ainsi que dans plusieurs parties de l’Europe. Mais lorsque des centaines de milliers de femmes sont venues en Afrique du nord, elles se sont trouvées en rude compétition avec les beautés imazighen qui s’y trouvaient déjà.

Aujourd’hui, la femme marocaine s’est mondialisée, et donc, en conséquence, elle cherche les canons mondiaux de la beauté, où qu’ils soient. Dans le passé, elle portait le « hayek » blanc immaculé, ce tissu qui recouvre le corps et la tête, ne laissant qu’une petite ouverture pour permettre à l’œil de voir où on met les pieds ; et quand l’homme regardait cet œil, ou ces yeux, et qu’il essayait de deviner le reste, il était pris d’une véritable frénésie et d’un tournis non moins violent. Mais de nos jours, le hayek est parti au musée, cédant la place à la culotte de Jessie J sur la scène de Mawazine… et la frénésie est toujours là… mais en sens inverse.

Mots Clefs:
Maroc

À propos IBERGAG

Auteurs Anonyme contribuant a l'actualité sur le site communautaire http://ibergag.com

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *